Valéry Giscard d’Estaing, ancien président de la République, est mort

Valéry Giscard d’Estaing, ancien président de la République, est décédé le deux décembre 2020, au CHU Trousseau de Tours. « VGE » avait 94 ans.

Né le 2 février 1926 en Allemagne, Valéry Giscard d’Estaing s’engage à 18 ans dans la Première Armée, qui participe à la reconquête du territoire français (1944-1945), et se voit décoré de la Croix de guerre. Brillant élève, il reprend ses études juste après guerre, étudie à l’École polytechnique puis à l’Ecole nationale d’administration (ENA) avant d’entrer à l’inspection générale des finances en 1952.

Longévité au gouvernement

Le haut fonctionnaire entame une carrière politique en 1956, date de son élection comme député du Puy-de-Dôme. Poulain d’Edgar Faure, ancien président du Conseil, il entre au gouvernement en 1959. Nommé secrétaire d’Etat chargé des Finances puis ministre des Finances et des Affaires économiques du général de Gaulle (1962-1966), il revient au gouvernement avec Georges Pompidou, comme ministre de l’Économie et des Finances (1969-1974).

Georges Pompidou décédé, Valéry Giscard d’Estaing se lance dans la course à l’Elysée. Il est élu président de la République à 48 ans, devenant le plus jeune président de la Ve République – un record battu en 2017 par Emmanuel Macron, entré à l’Elysée à tout juste 39 ans.

Modernité, jeunesse, libéralisme, Europe, VGE souhaite incarner la rupture. C’est sous son septennat qu’est abaissée la majorité à 18 ans, et qu’est adoptée l’interruption volontaire de grossesse, un texte porté par la ministre de la Santé Simone Veil. C’est lui qui décide, en 1977, de transformer une ancienne gare parisienne en musée. Le musée d’Orsay sera inauguré en 1986.

Homme de communication dont le modèle est John Fitzgerald Kennedy, VGE n’hésite pas à se mettre en scène ainsi que sa famille à l’Elysée. Une image qui, pourtant, s’écorne. Raillé pour son incarnation monarchique de la fonction présidentielle, il est l’objet de scandales, dont le plus retentissant reste les diamants de Bokassa (1979), cadeau du dictateur de Centrafrique où il a plusieurs fois séjourné pour y pratiquer la chasse. Son silence sera interprété comme du mépris.

En campagne pour sa réélection en 1981, VGE est battu par le socialiste François Mitterrand, candidat qu’il avait défait sept ans plus tôt en lui lançant la célébrissime pique : « Vous n’avez pas le monopole du cœur ».

Son départ de l’Elysée reste un autre moment de télévision, où le malaise atteint des sommets. A la fin d’une allocution télévisée, le 19 mai 1981, il lance un « au revoir » avant de quitter sa chaise et de disparaître de l’écran. Une scène de quelques secondes qui semblent durer une éternité. « La Marseillaise » retentit dans cette immense pièce vide, devant une chaise.

VGE a 55 ans, mais cette défaite ne signe pas la fin de sa carrière politique. Il souhaite revenir au sommet. Il redevient député à l’issue d’une élection législative partielle en 1984, et devient, avec Jacques Chirac, l’une des figures de l’opposition. Fondateur de l’Union pour la démocratie française en 1978, il préside la formation de centre-droit entre 1988 et 1996.

L’un de ses grands chantiers est l’Europe. Œuvrant à la création du Comité pour l’Union monétaire de l’Europe (1986) avec l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, VGE est député au Parlement européen de 1989 à 1993, avant d’être nommé président de la Convention européenne chargée d’élaborer une Constitution pour l’Europe en 2001. Il reçoit cette même année la médaille d’or de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe.​ ​

L’élu pro-européen garde toujours des fonctions nationales, comme député (1993-2002). Il préside longtemps la région Auvergne (1986-2004), une terre qui abrite une fondation dédiée à son septennat, mais aussi le parc Vulcania, qui représente l’un de ses grands projets. Valéry Giscard d’Estaing arrête la politique active en 2004, rejoignant alors au Conseil constitutionnel où il est membre de droit. Il soutient Nicolas Sarkozy en 2007 puis en 2012, avant de considérer avec bienveillance Emmanuel Macron en 2017.

Pratiquement jusqu’à la fin de sa vie, l’ancien président de la République a continué d’intervenir dans les médias. En 2020, à la veille du 80e anniversaire de l’appel du 18 juin 1940, Valéry Giscard d’Estaing avait évoqué sur RTL ses rapports avec le général de Gaulle, dont il a été ministre pendant sept ans, confiant au passage son « estime » pour Edouard Philippe, Premier ministre alors sur le départ.