Ainsi fort heureusement grâce royale du Souverain chérifien vient-elle mettre fin au calvaire de nos compatriotes supporters retenus après les incidents de la CAN 2025 du Maroc. Ce geste d’apaisement, d’humanité et de fraternité vient rétablir le sens traditionnel d’harmonie, de paix et de solidarité,qui a toujours présidé aux relations entre nos deux pays, ibérant par là et les rassurant en même temps tous ceux et celles très nombreux, qui étaient affectés par ce malheureux coup du sort qui, sous la funeste passion sportive incontrôlée du moment, ébranla le socle d’un solide édifice de relations, de coopération et d’échanges bâti au cours d’une histoire pluriseculaire.Il peut être sans doute surprenant que ce regrettable fait survînt dans le cadre d’un événement que beaucoup,par sa fugacité et sa frivolité,classaient hier dans les genres mineurs mais qui,depuis, est devenu un phénomène considérable du monde moderne, charriant comme un fleuve torrentiel, passions et intérêts de toutes sortes, luttes et antagonismes de bon ou mauvais aloi, sécrétant les bons sentiments pour renforcer les relations humaines ou ouvrant la voie aux chauvinismes exacerbés pour fracturer les bons climats apaisés entre les sociétés humaines. Tel est le football qui s’est développé à l’échelle mondiale,fait d’enthousiasme, de passion, d’ambition et de rêve de domination. Sans doute cette capacité qu’a le football de rehausser le prestige d’un pays, de procurer joie et fierté et, par le nationalisme sportif qu’il développe,de réactiver le sentiment d’identité nationale, joue-t-elle comme un moteur de soutien,de défense et d’accélération dans les antagonismes sportifs ponctuels.
Le supporter,par son vif engagement,sa mobilisation et sa forte détermination,y joue son rôle majeur, comme quelqu’un qui s’identifie aux joueurs qu’il soutient et pousse de toutes ses forces vers la victoire. Nos supporters de Rabat ont courageusement, dignement et fièrement rempli leur contrat, même si la suite ne fut ni gaie,ni facile pour eux-mêmes et pour nous tous, jetant ainsi une ombre pâle sur un triomphe qui aurait pu être plus dense et plus lumineux.Heureusement que la grâce royale du Souverain chérifien corrige tout cela et permet à nos compatriotes de rentrer au pays et de retrouver leurs familles et proches.On peut y ajouter que l’accueil par le Chef de l’Etat, l’expression de la reconnaissance de la Nation qu’il a su leur traduire, l’hommage public et solennel à eux, rendu, peuvent, à mon sens largement panser les peines et souffrances endurées pour leur pays.
Maintenant, il convient de tourner résolument la page,en remerciant et rendant hommage au Roi et au grand peuple marocain.Le Maroc dont tout le monde sait qu’après l’éclipse de l’UNION AFRICAINE,de plusieurs années, aussitôt revenu dans le giron continental, a repris sa part d’Afrique,en organisant les, Jeux africains de 2019. Le même Maroc qui entre 2025 et 2026 a accueilli sur son sol la plupart des compétitions de plusieurs catégories de la CAF et d’autres disciplines, dans une tradition fortement ancrée dans le royaume. Incontestablement, le Maroc a été, est, et restera toujours un grand d’Afrique.Pour ma part, je m’honore qu’un tel pays, si valeureux et si fidèle à ses relations et à ses amis, ait toujours accordé tant de fraternité, d’amitié et d’égards à tout ce qui touche la vie politique, économique, sociale et culturelle du Sénégal (Gamou, Magal, rayonnement islam,investissement, culture, commerce etc.) et qui dans les moments difficiles, s’est toujours résolument tenu à nos côtés.Tout cela résulte d’une histoire vibrante et vivante, tissée par des hommes et des femmes, à la profonde et fine culture, à l’élégance,la générosité et la courtoisie des faits et gestes, à la marche rivée sur les pendules de l’histoire d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Le rôle et la part du ROI Feu HassanII et sa participation à l’ouverture de la Grande Mosquée de Dakar sont consignés dans notre histoire. La sympathie du Roi Mohamed VI pour le Sénégal et ses nombreuses visites dans notre pays, témoignent à suffisance de l’attention exceptionnelle de ce monarque pour notre peuple. Aussi n’est-il pas peu de rappeler il y a près de vingt cinq ans, sous la présidence de Me Abdoulaye Wade, l’accueil exceptionnel et triomphal à lui reservé et qui à mon sens,n’a pas été renouvelé pour aucun autre visiteur.
Tout cela pour dire qu’après cette regrettable parenthèse fermée par la magnanimité du Roi, l’heure est maintenant à l’apaisement,au réchauffement et à la relance de rapports qui ne doivent point souffrir de gel, d’indifférence ou de temps mort, encore moins de pesanteurs ideologiques d’un autre âge et d’un autre monde. Il est vrai que face aux dérives, dérapages, gaspillage et dissipation des ressources publiques, il convient d’adopter les mesures les plus fermes et les plus appropriées pour la sauvegarde de nos biens et intérêts mais cela dans le respect strict des règles et procédures justes et équitables du droit pour sanctionner et punir quand il le faut et surtout promouvoir une forte éthique dans l’engagement au service de l’État et de la Nation. Nos diplomates, experts et techniciens de toutes sortes peuvent amplement s’y attacher et procéder à la défense de nos intérêts et biens dans tous les secteurs avec tous nos partenaires de tous horizons. Ainsi, en rééquilibrant l’état de nos relations économiques, financières, techniques et autres avec tous nos partenaires au mieux de nos intérêts, nous veillerons à sauvegarder les liens privilégiés avec nos amis et alliés traditionnels. Singulièrement parmi eux ,les grands pays du monde auxquels nous unissent des liens traditionnels d’histoire commune, d’amitié et de coopération.Dans ce cadre,il est remarquable de noter combien dans ces grands pays, nous avons des dizaines voire des centaines de compatriotes, hommes et dames, pétris des cultures et systèmes de ces territoires, engagés au plus haut niveau dans leurs secteurs de pointe et capables au pied levé, de siéger avec aisance et efficacité dans le top management de leurs grandes entreprises et même dans leur gouvernement. Un peu comme tous nos brillants et valeureux footballeurs de notre équipe nationale qui évoluent à demeure dans ces pays et qui à l’occasion,reviennent pour défendre nos couleurs avec un niveau et des moyens techniques et tactiques hautement affinés. Il n’est ainsi pas bénéfique de se couper du soutien et de l’effet d’entraînement de tout ceux qui pourraient tirer nos pays vers le haut.
La parenthèse du séjour prolongé de nos supporters à Rabat, après la CAN est, on le voit, riche de beaucoup d’enseignements et de nombreuses lectures que pour des raisons évidentes,on ne peut évoquer qu’avec beaucoup d’euphémisme. Avec l’apaisement consécutif à la mansuétude royale, sans doute, tous ceux et celles affectés par la survenance de l’affaire, en appellent maintenant au dépassement, au réchauffement et à la relance des liens multiformes et pluriséculaires avec notre grand pays frère du Nord. En février 2001, au stade de Rabat où je conduisais la délégation sénégalaise à l’occasion du match comptant pour les éliminatoires de la Coupe du monde de football 2002, le Secrétaire général de la Fédération royale de football avec qui je m’entretenais dans le salon d’honneur, quelques minutes avant le coup d’envoi du match, me disait: « Vous savez,cette qualification en coupe du monde 2002 dans ce groupe, c’est nous ou vous ». C’est dire quelle proximité, quel choix résolu alors que justement dans ce groupe, il y’avait les grands du football du monde arabo-africain (Algérie, Egypte).
La suite c’est de l’histoire que tout le monde connaît : première et brillante qualification du Sénégal en coupe du monde, retentissante entrée avec le coup de tonnerre face à la France le 31 mai à Séoul, l’aventure de continuer le 6 juin à Daegu face au Danemark, le 11 juin a Suwon face à l’Uruguay et puis le formidable exploit face à la Suède le 16 juin à Oita avant le brutal ressac face à la Turquie à Osaka.
Au moment où se profile le début de la prochaine Coupe du monde, la communauté sportive peut espérer et rêver que nos gars iront encore plus loin que ce qui reste à ce jour, le meilleur résultat à ce niveau et dont le cycle avait été ouvert sous l’ère Metsu en janvier 2001 a Kampala, avec l’actuel Sélectionneur Pape Thiaw, alors joueur, comme premier buteur, à côté du talentueux Fadiga et d’autres joueurs de renom, et notre regretté et inoubliable El hadji Malick Sy Souris, comme Président de la FSF.
Dakar,le 24 mai 2026
Très sportivement
Adama THIAM
Ancien Conseiller à la Primature
Ancien Directeur de Cabinet du MJS
Ancien Directeur de la Haute Compétition
