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Me Wade m’avait-il limogé à cause de mon discours sur «Le Joola» comme le dit une certaine presse?

PBy P29 septembre 2017Aucun commentaire9 Mins Read
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Voilà quinze années que, près de 2000 personnes ont perdu la vie lors du naufrage du bateau « Le Joola ». A l’occasion des funérailles nationales, organisées sur le site, devenu celui de la Place du Souvenir Africain, j’avais tenu un discours qui avait été, selon une certaine presse, la cause de mon limogeage par le Président Abdoulaye Wade.  Je tiens de ce dernier qu’il n’en était rien. Le lynchage médiatique dont j’avais fait l’objet à l’époque ne faisait que couvrir une manœuvre plus subtile. Les différents protagonistes se reconnaîtront.

Je publie, quinze ans après, l’intégralité du texte lu alors, en hommage renouvelé aux victimes, et pardonne à tous ceux qui ont porté des jugements de valeur sur ce discours qu’ils n’avaient jamais ni lu, ni entendu. J’en assume, à ce jour, chaque ligne. Et je crois qu’il est temps de remettre toutes les pendules à l’heure, notamment en rendant à la Place du Souvenir Africain sa fonction initiale de lieu de mémoire vive, pour la postérité, de notre souffrance ainsi que de notre foi en l’avenir.

« Les paroles s’envolent, mais les écrits restent ».  

« Monsieur le Président de la République,

(Lecture liste protocolaire)

Dans votre adresse à la Nation suite à la tragédie qui a emporté plus d’un millier de nos compatriotes et endeuillé toutes les familles du Sénégal, vous avez invité notre Peuple à un examen de conscience, une introspection. Depuis, vous avez inlassablement rappelé qu’il revient à chacun d’entre nous de mesurer l’ampleur du drame, mais au-delà, de relever la tête en se disant plus jamais ça !

Lors de la rencontre des poètes et écrivains de la Paix vous avez dit, en insistant, que cette tragédie “nous accuse” collectivement.

Votre cri du cœur, à Ziguinchor, conviant tous les sénégalais à s’unir autour de l’essentiel résonne encore dans nos esprits et a déjà trouvé des échos favorables auprès de larges couches de notre société. On en parle dans les foyers et sur les lieux de travail, dans les transports en commun et autour des Grand-Place.

Monsieur le Président de la République, vous indiquez par-là, que le temps des remises en causes courageuses et des ruptures nécessaires est arrivé. Vous appelez à restituer aux mots leur sens véritable. Vous nous invitez tous à tenir le langage de la Vérité.

Le moment de situer les responsabilités et, conséquemment, de sanctionner les fautifs pour ce qui concerne le Naufrage du Joola viendra ainsi que vous l’avez annoncé, sans précipitation, à la suite d’investigations sereines et contradictoires. Justice et équité. Transparence et responsabilité.

Mais il faut par ailleurs, c’est le sens de votre appel et c’est le plus grand hommage que nous devons à la mémoire des victimes, se livrer à une véritable analyse des causes profondes de l’indolence générale qui a laissé droit de cité à des comportements laxistes, à tous les niveaux, au point que ce qui est anormal soit devenu la règle

Nous voudrions avec votre permission, Monsieur le Président de la République, vous dire que, depuis cette catastrophe et pour être à la hauteur de votre interpellation, nous portons tous un regard nouveau alentours et prenons conscience, à chaque instant, de l’ampleur du chantier et de l’urgence à le démarrer. Et c’est pour cela que, par-delà l’émotion, nous pensons que la seule manière de rendre honneur aux victimes et de redonner dignité aux vivants, c’est de fonder, sur notre douleur, l’ouverture d’une nouvelle page de l’Histoire de notre pays en exorcisant, à jamais, les démons de la complaisance et de la médiocrité. Cela suppose une prise de conscience collective et une farouche détermination à revisiter de manière « haute, lucide et conséquente », nos torts et nos travers. Cela suppose que cet exercice s’exhausse des traquenards politiciens et des règlements de compte sordides, pour prendre en charge le combat gigantesque du développement, avec une ambition de grandeur et d’accomplissement à laquelle le potentiel d’intelligence de notre Peuple nous donne le droit prétendre.

L’heure est grave. Et pourtant elle indique, si nous savons en saisir le message, une opportunité pour notre Peuple. Le « masla » et le « grawoul », complicité moralisante et banalisation hâtive de faits et de situations souvent d’une gravité extrême, ont plongé le Sénégal, depuis des décennies, dans une léthargie interrompue par le sursaut qui a abouti à l’alternance politique survenue le 19 mars 2000. Il faut refuser, après cela, de se laisser engourdir au point de passer à côté des attentes du Peuple souverain qui a fait un pari sur l’avenir à l’orée du troisième millénaire. Vous incarnez, Monsieur le Président de la République, son idéal et ses espérances.

Notre Peuple aspire, profondément, à un changement qualitatif de ses conditions de vie. Il l’a exprimé de façon constante et responsable au travers des différents scrutins, portant au pouvoir des hommes neufs, pour une manière nouvelle de gérer le pays à tous les niveaux. Cette aspiration doit prendre corps, au quotidien, dans le vécu de nos citoyens. Vous en avez la volonté Monsieur le Président de la République. De cela aucun sénégalais de bonne foi ne doute. Dès lors, il apparaît urgent de redorer la dignité de notre administration par une amélioration notable de ses conditions de travail et le respect, par tous, de son autorité. Si des disfonctionnements graves sont souvent notés, ici ou là, les racines du mal sont aussi à chercher dans la démotivation progressive des agents, las de voir la médiocrité promue, les fautes non sanctionnées, des richesses mal acquises impunies. Si nous voulons une administration de développement qui puisse générer, à temps, les mécanismes d’alerte et de secours indispensables à la préservation de la Sécurité des citoyens, il faudra procéder à des changements en profondeur de nos attitudes quant aux valeurs de la République, au sens étymologique du terme. C’est à ce prix que nous allons restaurer l’autorité de l’Etat en le rendant apte à transformer notre pays et à traduire, dans les faits, votre vision, votre rêve d’un Sénégal prospère dans une Afrique unie et conquérante.

C’est sur ce chantier que doivent converger les énergies de tous les sénégalais, autour de vous, Monsieur le Président de la République.

De notre point de vue, le naufrage du Joola est un signe majeur, qu’il faudra interpréter à sa juste valeur, pour donner le signal de la Renaissance pour notre pays.

Qui parmi nous n’a perdu un être cher, une amitié fidèle, un amour d’enfant, une épouse, un compagnon ? Puisons dans la pureté inaltérable de leur souvenir la semence d’un sénégalais nouveau.

Rien ne doit plus être comme avant !

Et disons à nos morts, avec Khalil Gibran : « Nous avons beaucoup aimés. Mais notre amour était muet et voilé. Mais maintenant, il vous appelle à haute voix et voudrait se révéler à vous. Et il en a toujours été ainsi de l’amour, il ne connaît sa profondeur qu’à l’instant de la séparation.»

Disons leur notre Amour en agissant différemment pour vivre ensemble autrement !

Il appartient à toute la classe politique, qui depuis le drame a fait preuve d’un sens aigu de ses responsabilités, de se retrouver et de prendre la pleine mesure des enjeux de l’heure. Qu’il ne s’agisse pas seulement cette fois d’une combinaison d’états-majors, mais d’une véritable communion des cœurs et des esprits, entre les militants à la base, autour d’une union sacrée pour le salut de la République et des valeurs de la démocratie. La société civile et toutes les forces vives de la Nation devront s’engager autour de ce pacte républicain pour sortir notre pays, définitivement, de l’ornière du sous-développement. Et cela est à notre portée. Traquer la médiocrité, dénoncer le laxisme mais surtout sanctionner, de manière exemplaire, les corrompus et les corrupteurs, les malhonnêtes et les dangereux, restaurer le mérite et le sens du Devoir, réhabiliter les valeurs éthiques et morales fortement ébranlées par le culte du paraître dans une société en perpétuelle représentation, telles sont les axes d’une refondation de la société sénégalaise.

Gravissons, tous ensemble, par-delà les clivages fragiles et factices de la politique politicienne, les pentes ardues d’une remise en cause nécessaire de nos certitudes et de nos lassitudes. Méditons, à chaque instant, la solitude abyssale de ceux que nous avons tant aimés, leurs corps entrelacés dans la diversité ethnique et religieuse de notre nation et au-delà, de ces citoyens d’autres races et d’autres nations, morts d’avoir aimé notre pays et son Peuple, et dont le martyr doit être l’aiguillon qui nous engage sur les chantiers de l’espérance.

C’est cette profession de foi que nous souhaitions lancer en guise d’oraison, en ce lieu désigné par vous, Monsieur le Président de la République, comme étant le lieu de la mémoire de nos héros et celle de nos martyrs. Bientôt, cet espace symbolisera, par un aménagement adéquat et une œuvre d’art évocatrice, et nos douleurs et notre espoir. Car, ainsi que le disait André Malraux, « L’art vit de sa fonction qui est de permettre aux hommes d’échapper à leur condition d’hommes non par une évasion mais par une possession. Tout art est un moyen de possession du destin. » Aux familles des personnes, de toutes nationalités, qui ont péri dans ce naufrage, nous disons notre affectueuse solidarité. Les êtres qu’ils ont perdus sur notre terre l’ont beaucoup aimée. Les eaux sénégalaises auront scellé, dans la douleur, et pour l’Eternité, cet amour. Nous garderons, dans nos cœurs et dans nos prières, le souvenir vivace de leur martyr.

A toutes les familles éplorées, je devrais dire à La famille Sénégal meurtrie, la République dit sa douleur et sa compassion, sa foi et son engagement.

Et je dis, avec Léopold Sédar Senghor :

« Dormez O Morts ! 

Et que ma voix vous berce

Ma voix de courroux que berce l’espoir » 

Et que Dieu protège le Sénégal ! »

Par Amadou Tidiane WONE,

Ancien Ministre de la Culture

 

 

 

 

 

 

 

Amadou Tidiane Wane Dakarmidi Joola
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Il a su lier la rigueur de la loi religieuse visible (la charia, la Sunna) aux profondeurs de la mystique soufie. Ce qui avait étonné le colon chez Maodo, c’était cette forme d’éducation mystique religieuse qu’il avait fait essaimer dans les quatre coins du pays. Alors qu’au même moment, les peuples de l’Occident étaient agités, l’église érigée en contrepouvoir, fragilisée. La France n’a pas succombé à cela, naturellement, mais elle a cédé beaucoup plus de droits à ses citoyens au-delà des exigences de la 3e République, loin de la survivance des lois monarchiques. Maodo Malick a créé un espace religieux qui a permis de regrouper tous les hommes qui étaient à la recherche d’énergie en Dieu le Glorifié. Il était un miroir par lequel le visage de Cheikhou Tijan (ra) s’affichait clairement. Dans sa démarche ésotérique (les profondeurs de la mystique soufie – Tassawouf), d’où sa puissance de mystique avérée, étoffée par une science exotérique, il avait fait de ses enseignements des levains immuables pour accéder au Divin, l’Ineffable. Le soufisme prôné par Maodo s’est incarné dans le corps culturel de notre pays, une évidence supralogique au-delà du corps transparent de l’homme et à l’hypertrophie du droit colonial évincé par la quête de Dieu sur nos terres. Il s’était installé à Tivaouane jadis envahie par les vices et les laudateurs païens. Mais par sa haute stratégie, il réussit à transporter tout ce monde dans un voyage vers Dieu à travers les symboles de la philosophie de Cheikh Tidjan. Et cela rappelle le Hijaz du 7e siècle, le Prophète Muhammad (psl) avait un devoir de réorganiser les consciences et de transposer chez chaque être Dieu avec un entendement progressif du Livre Saint. Il a réussi à calibrer les hommes, de sorte qu’ils n’oublient point les faits inhérents à leur foi, à leur amour, à leur tolérance et à être les disciples d’un homme autre que lui, dont lui-même est tombé amoureux, Aboul Abass (ra). Il avait d’ailleurs fini par avoir accès à son intimité mystique. Il a restauré le pacte initial du Prophète sur cette terre devenue sainte (Tivaouane) grâce à lui, se présentant comme la synthèse de deux hommes, avec l’intériorisation d’un message sous sa forme la plus pure loin de toute distanciation à opérer, et uniquement à se focaliser sur le message de Cheikh Tidjan Cherif (ra) qui parle de métaphysique (Dieu en tout) et de cosmophysique (la nature en son Prophète). Maodo a su apprendre à ses disciples avec élégance comment percer les voiles de la science extérieure de l’unicité de Dieu et comment pénétrer l’état intérieur de cette unicité en passant par les canaux de la Tarikha Tijan. D’où ce nœud fécond qui lie l’ésotérisme (quand l’initié est sur le point de manier ce qu’il ressent) et l’exotérisme (quand il s’applique dans sa démarche initiatique soufie). Maodo fut par excellence l’archétype du savant soufi. Avec une haute discrétion, il avait réglé les crises spirituelles de beaucoup d’hommes agités, qui cherchaient Dieu sans réellement avoir en main la bonne posologie des secrets qu’ils détenaient. Il avait fini par se saisir des mystères du Cosmos et des essences de la lumière Muhammadienne, qu’il a diffusées avec une science raffinée partout dans le pays sous l’œil impuissant du colon. À travers l’épistémologie soufie, il enseigna la gustation complète de la Salatul Fatihi à tout homme cherchant à assainir son paysage et ensuite la dégustation mystique des résultantes de la première étape. 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