Affaire Lamine Diack : Réflexions sur la délinquance du modèle social sénégalais

Dakarmidi – Quand je lis à travers la presse le compte rendu proprement scandaleux des deals et autres combines ayant valu au doyen Lamine Diack son placement sous contrôle judiciaire, je ne puis m’empêcher de penser : voilà l’éducation donnée à leurs enfants par ceux qui sont élevés au rang de modèle par notre société et fêtés comme des patrimoines vivants.

Lamine Diack n’est malheureusement pas le seul, au palmarès de soit disant hauts dignitaires qui ont raté l’éducation de leurs enfants, et prétendent nous proposer un modèle social parfait.

En effet, combien de fils de ces hauts dignitaires ont fait les choux gras de la presse à scandale?
La liste est longue, de ces petits morveux qui se sont tristement illustrés, qui en volant les millions cachés par son pater dans la maison, qui pris en flagrant délit de conduite en état d’ivresse, qui drogué à mort brandissant un pistolet dans une boîte de nuit.
Le Sénégal notre pays est malade de certaines de ses élites politiques, qui étalent à travers le comportement proprement scandaleux de leurs enfants leur incapacité à gérer ne serait ce que leurs familles et qui pourtant revendiquent tout haut un statut de leader bien sous tout rapport.

Lamine Diack ne me fait pas pitié, il a en effet assumé publiquement le costume de héros national taillé sur mesure par le gotha influent du tout Dakar, de Youssou Ndour à El Hadj Mansour Mbaye.

La horde de coyotes qui vous taillent une réputation parfaite sur mesure.
Notre pays est malade de ces gens.

On trouve en effet chez nous une catégorie bien particulière de personnes prétendument respectables en tous points dont on ne connait d’autres activités que la parlotte, et qui y ont si bien réussi que rien ne se fait sans eux ; ils ont tous les honneurs, car on honore leur langue.

C’est une exception sénégalaise. Oui, on préfère chez nous le bien dire au bien faire.

Changeons de paradigme. Il est temps.

L’enfant qui grandit en voyant son père cacher des millions dans son armoire et s’en gausser car il les a volés à la caisse de l’Etat n’aura aucun scrupule à le voler à son tour. Il le volera d’autant plus qu’il démystifiera par la même occasion son père qu’il descendra de son piédestal, car il aura réalisé en découvrant que ce père qui semble exemplaire, respecté et vénéré au dehors n’est en réalité qu’un petit voleur.

C’est en commençant par manquer de respect à ces parents lâches et couards qui s’aplatiront devant ses caprices tout en cachant ses excès et autres premières rapines que les enfants apprennent à ne plus respecter personne, quand ils mettent le pied dehors.

Et c’est ce qui explique aussi leur comportement. La détestation profonde de leurs parents engendre une rage folle du fait d’une frustration névrotique due à l’effondrement du mythe du père parfait d’où germe une violence sourde qui est en l’espèce un exutoire.
Ce basculement est exacerbé à l’extérieur du domicile familial par l’alcool, la drogue, et tous les actes potentiellement attentatoires à leur vie, comme les excès de vitesse, et jeux dangereux avec les armes à feu.

Quand on est arrivé à ce point, il n’y a plus de barrières qui tiennent.

Tout s’effondre autour de soi.

A commencer par sa propre existence qui n’est plus qu’un compte à rebours vers la mort.
C’est sur ce même terrain qu’évolue le gosse de la banlieue. Dont le père a renoncé à son éducation depuis fort longtemps, depuis en fait le moment où le sort ne lui permet plus de le nourrir, et de légitimer son statut de dépositaire de la violence légitime dans la famille, en sa qualité d’éducateur.
Chez nous en effet, quand l’on perd les attributs fonctionnels liés à son statut social, de facto on perd sa place dans la hiérarchie sociale. On cesse d’exister.
Soyez chômeur dans la maison. Vous êtes automatiquement rétrogradé au dernier rang. Bien après le petit nourrisson qui vient de naitre.
Vous n’existez plus. On vous ignore. Vous n’avez plus droit au chapitre. C’est l’indifférence totale envers vous.
Tout le monde sait malheureusement que l’homme peut résister à tout sauf à l’indifférence. Nier votre existence, c’est vous exclure du jeu social.
Quelle autre alternative s’offre alors aux jeunes qui vous regardent et entendent les quolibets dont vous êtes attifés chaque jour ? Faire tout pour ne pas vous ressembler. Pour ne pas connaitre votre sort. Faire tout pour exister.
Cette rage nourrit en ces jeunes défavorisés une force prête à ravager tout sur son passage.
Ce jeune homme ou cette jeune fille qui quitte sa maison dans cet état d’esprit est prêt à tout, pour exister, avoir sa place dans le jeu social.
Et c’est cette situation qui fait basculer ces jeunes, dans la drogue, dans la prostitution, dans le grand banditisme.
Regardez simplement pour vous en convaincre les bandes d’agresseurs qui sèment le trouble dans nos quartiers huppés ou dans nos villes.
Ils ont tous structurés de la même manière. Gosses de riches fils à papa, jeunes des banlieues défavorisés, et objets sexuels féminins toujours issus de milieux défavorisés, dont les parents ont abdiqué toute volonté de les éduquer.
C’est un processus de transformation tragique d’une société qui grandit trop vite, et dont personne n’appréhende les véritables enjeux, chacun croyant encore s’en tirer vainement tout seul.
Ce n’est pas possible.
Il faut poser le débat de notre orientation sociale, et ne pas penser simplement que réaliser l’émergence rendra notre société meilleure.
Notre pays est malade. Et si nous n’y prenons garde, nous crèverons tous, mangés par le lion de la cruauté.
Cissé Kane NDAO
Président A.DE.R