Dakarmidi – Ceux de ma génération se souviennent sans doute de cet homme excellent dans les combats de boxe, dont la lumière a brillé si fort, mais dont l’âme a été si cruellement éprouvée. Mais son déséquilibre mental l’avait empêché de prendre conscience de sa valeur intrinsèque de boxeur que la nature avait doté de beaucoup de dons. À l’époque, le stade Iba Mar Diop, pendant les week-ends, abritait les séances du noble art où la vedette était Lamane Sow, le géant du ring, le seigneur des cordes. Il était le sosie de Cassius Clay alias Mohamed Ali, le plus grand boxeur de tous les temps, et il en portait l’aura. Lamane imitait ce fabuleux boxeur dans sa candeur et ses gesticulations envoûtantes comme le coucher du soleil sur la mer, laissant les foules en extase. Il gagnait tous ses combats la plupart du temps par KO, sonnant la fin de ses adversaires avec une précision chirurgicale. Sur le ring, il se métamorphosait en machine guerrière, savait frapper là où ça faisait très mal avec une précision séduisante, laissant ses adversaires sans défense. Ses pas de danse sur le ring, ses fausses pistes et ses esquives désorientaient l’adversaire qui se transformait malgré lui en une proie facile. Il était le chouchou des enfants de la médina qui l’acclamaient à tout rompre, leur héros, leur idole. Comme seul abri, il dormait sous les tribunes du stade Iba Mar Diop sur des cartons étalés à même le sol, mais son cœur était rempli d’un feu qui le consumait. Il mangeait souvent de bonnes choses grâce à la bienveillante générosité de Madame Awa Mbaye appelée la Lilloise pour son appartenance à l’Union Sportive Coréenne, une famille pour lui dans un monde cruel. Rongé par la maladie, il rendit l’âme un jour d’été au moment où le soleil allait se coucher dans les lits crépusculaires, laissant derrière lui un vide immense. Il aura laissé son empreinte indélbile dans les annales de la boxe sénégalaise, un héritage qui ne mourra jamais. Repose en paix, cher Lamane, tu es et resteras à jamais dans nos cœurs.
On n’oubliera jamais que tu fus médaillé d’or aux jeux de Brazzaville en 1959 ,et plusieurs fois médaillé d’or aux semaines nationales de la jeunesse du Sénégal.
Doyen Majib Sène
