Révélations et contre-attaques : Yakham Mbaye balance l’audio sur Ousmane Sonko

« L’audio évoqué par Mansour Faye date du 29 septembre 2020, à 13h29, et est de Ousmane Sonko »
 
C’est un renfort de taille que le ministre Mansour Faye enregistre dans sa bataille avec Ousmane Sonko. Le polémiste en chef du parti au pouvoir, Yakham Mbaye, dans cet entretien qu’il nous accorde, jette un énorme pavé dans la mare du président de Pastef. Le Directeur général du quotidien national Le Soleil, qui ne s’embarrasse pas de langue de bois et de formalités lorsqu’il s’agit de défendre son camp et Macky Sall, révèle, preuve à l’appui, ce que Ousmane Sonko a nié : l’audience entre ce dernier et le beau-frère du Président de la République. Une révélation et un rebondissement carrément renversants. Lisez !
Monsieur le ministre, qu’est-ce qui motive votre prise de parole dans une affaire qui ne vous concerne pas directement, surtout que vous êtes aphone depuis plusieurs mois et votre choc avec le député Moustapha Cissé Lo ?
Deux considérations me motivent.
D’une part, tout ce qui touche à la gouvernance du Président de la République me concerne et m’engage. Toute critique négative à l’endroit d’un membre quelconque de la majorité présidentielle m’interpelle. Davantage s’il s’agit d’un ami et proche comme Mansour Faye. Nous sommes tous embarqués dans une même pirogue avec un rameur en chef, Macky Sall.
D’autre part, trop souvent, on a beau vouloir se taire, se boucher les oreilles, détourner le regard, pour ne pas céder à la tentation de répliquer aux énormités que débite le genre d’Ousmane Sonko, finalement vous ne le pouvez pas, car, ce que vous entendez et voyez vous révulse et vous révolte.
Selon ces gens qui n’existent politiquement que depuis 2017 depuis leur entrée à l’Assemblée nationale, grâce au plus fort reste, le Sénégal, c’est deux camps antagoniques.
D’un côté, les bons, eux, et au premier rang desquels ceux de Pastef. De l’autre, les mauvais, tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, singulièrement les partisans de Macky Sall.
Ce sont eux les patriotes, nous autres les traîtres. Nous ne méritons, à leurs yeux, qu’insultes et calomnies, en attendant d’être jetés en prison ou conduits au peloton d’exécution comme l’a clairement souhaité et promis Ousmane Sonko.
Par un accident de l’Histoire nourri par notre incurie à bien traiter politiquement le cas Ousmane Sonko lorsqu’il s’est signalé à nous, entre 2014 et 2015, nous voilà confrontés, aujourd’hui, à une meute.
Vous semblez dire que si Ousmane Sonko en est à ce stade, c’est quelque part de votre faute…
C’est ma conviction. J’ai été témoin oculaire de certains comportements de personnes qui sont en notre sein lorsqu’il s’est agi de stopper efficacement Ousmane Sonko, alors qu’il était au cœur de l’Administration et se permettait tout. Les uns tergiversaient. Les autres tenaient des discours du genre : « Non ! Il ne faut surtout pas le sanctionner. Ce serait le martyriser. » Enfin, il y en avait qui ne voulaient pas se mouiller. Jusqu’à ce que le Président de la République agisse, alors qu’il y avait X personnes qui devaient le faire.
Et après, depuis six ans que ça dure, je n’ai jamais compris un état de faits : pourquoi on rechigne à démasquer Ousmane Sonko, alors qu’il traine un quintal de casseroles ? pourquoi s’embarrasser de formalités lorsqu’il est impératif de démontrer aux Sénégalais que ce monsieur est le champion inégalé des contre-vérités.
 
Pouvez-vous nous donner un exemple ?
Je vais vous en donner deux.
En 2015, dans son bureau, après avoir pris connaissance d’une lettre que Ousmane Sonko lui avait adressée pour demander des centaines de mètres carrés au niveau de la Foire, j’ai dit à Mamour Diallo, qui était alors Directeur des Domaines, d’agir. Il était la cible du même Ousmane Sonko qui l’accusait et tout le pouvoir avec lui d’être des prédateurs fonciers. Mon argumentaire était le suivant : il faut vilipender ce monsieur qui se fait passer pour vertueux. Il ne m’a pas suivi. Et lorsque trois années après, il a voulu user de cette même lettre pour porter la réplique à Ousmane Sonko dans l’affaire des 94 milliards de francs Cfa, ce n’était plus opérant. Nombre de Sénégalais ont alors cru que c’était pour salir le président de Pastef.
En ce qui concerne Mansour Faye, en dépit du fait qu’il soit un très proche ami, je lui aussi dit que sa démarche n’était pas indiquée. Avec Ousmane Sonko, il ne faut pas s’embarrasser de formalités. Malgré les apparences, parce que nous le connaissons, il est un émotif qui panique vite et est effrayé par les répliques rapides et rudes. A mes yeux, il n’était pas indiqué de tenir une conférence, encore moins de lui demander son feu vert pour rendre public l’élément sonore en question.
Les exemples en ce qui concerne les fourberies de Ousmane Sonko sont légions. Il est l’exact opposé de ce qu’il dit être.
Mansour Faye a été trop policé avec Ousmane Sonko. Je n’ai cessé de dénoncer, depuis des années, les convenances que nous nous imposons lorsqu’il s’agit de démasquer les flibusteries d’Ousmane Sonko.
Vous semblez dire que cette audience révélée par Mansour Faye a bien eu lieu ?
Mais évidemment ! Cette audience a bel et bien eu lieu au siège de la Dgsn (ndlr : Délégation générale à la solidarité nationale) que dirigeait alors Mansour Faye, avant son entrée dans le gouvernement le 06 juillet 2014. Étaient présents ce dernier, Ousmane Sonko et Cheikh Issa Sall, alors Secrétaire général de la Dgsn, aujourd’hui, Directeur général de l’Adm (ndlr : Agence de développement municipal), par ailleurs camarade de promotion du président de Pastef.
Ousmane Sonko se moque des Sénégalais. Il est un pur produit du « système » qu’il dénonce, et que Macky Sall s’évertue à démanteler depuis 2012, au grand malheur du président de Pastef. C’est ça la vérité et rien d’autre. Ousmane Sonko s’autoproclame parangon, alors qu’il n’est pas éloigné d’un forban qui excelle dans l’art de rouler dans la farine des Sénégalais, particulièrement ceux qui sont engagés à ses côtés.
Et que démontre l’histoire de cette audience ? Celui qui a habitué les Sénégalais à ses calomnies contre les magistrats supposés corrompus et inféodés au pouvoir exécutif, avait été dans le bureau de Mansour Faye pour quémander une intervention du Président Macky Sall dans le but de tordre le bras aux magistrats qui devaient juger son parrain et protecteur, Tahibou Ndiaye.
Est-ce que vous pouvez éclairer notre lanterne à propos de l’enregistrement qui aurait été fait à cette occasion, rencontre dont la tenue est démentie par Ousmane Sonko ?
Aucun enregistrement n’a été fait lors de cette rencontre. Depuis que Mansour Faye a évoqué cet élément, de partout ont fusé des articles de presse et déclarations l’accusant d’être une personne fourbe, qui se plaît à enregistrer ses interlocuteurs à leur insu. Ni lui ni Cheikh Issa Sall n’ont enregistré Ousmane Sonko.
Maintenant, si aucun enregistrement de cette rencontre n’existe, de quel élément sonore parle Mansour Faye ?
L’élément sonore en question, qui est une preuve matérielle irréfutable de tout ce que soutient Mansour Faye, dévoile la vraie nature d’Ousmane Sonko. Il a une durée de trente secondes.
Qu’est-ce qui nous prouve que tout ce vous dites là est fondé ?
Tenez et écoutez. (Ndlr : il ouvre son téléphone, active un fichier audio qu’il nous fait écouter et réécouter ; manifestement, il n’y a aucun doute que c’est Ousmane Sonko qui parle).
Et savez-vous ce qui est désolant et que vos deux dernières questions illustrent à merveille ? Trop souvent, tous les mensonges à l’endroit du pouvoir débités avec une insoutenable légèreté par certains opposants, passent sans qu’on n’exige de leurs auteurs des preuves qui fondent leurs déclarations ; à contrario, si nous nous attelons à démontrer que ce sont des mensonges, on nous reproche de verser dans des polémiques inutiles.
La teneur de cet enregistrement que vous venez d’écouter est claire et sans équivoque. Ousmane Sonko y dit à son camarade de promotion Cheikh Issa Sall toute sa désolation d’entendre Mansour Faye révéler cette audience qui date de plusieurs années. Un aveu de taille qui ne l’a pas empêché de soutenir, le lendemain, aux premières heures de la matinée, que « Mansour Faye ment froidement ».
À l’écoute de cet enregistrement, on sait qui des deux « ment froidement ». Il est clair que c’est Ousmane Sonko. « Je ne savais pas que vous autres de l’Apr êtes dangereux à ce point. (…) Je ne savais pas que vous êtes capables de vous rabaisser à ce niveau. (…) Tu étais présent et c’était en 2013 avant que je ne m’engage en politique. » Le Ousmane Sonko que vous entendez dans cet élément sonore avec un rire gêné, bafouillant, est aux antipodes du leader de Pastef qui aime pérorer avec un ton suffisant, hautain et insolent.
De quand date cette audio ?
Les choses se seraient arrêtées aux révélations de Mansour Faye à la 2Stv confirmées par Cheikh Issa Fall, que vous verriez une multitude conforter Ousmane Sonko en soutenant que c’est une invention pour le salir. Mais, comme Dieu est juste, Il l’a confondu.
Cet enregistrement date d’il y a moins de dix jours et c’est Ousmane Sonko qui s’est lui-même enregistré, comme vous pouvez le constater.
Le mardi 29 septembre 2020, après que Mansour Faye a vilipendé Ousmane Sonko, révélant que ce dernier avait sollicité et obtenu une rencontre pour demander que le Président Macky Sall intervienne dans le dossier judiciaire de Tahibou Ndiaye, le Président de Pastef, qui ne s’attendait pas à ça, a tout simplement paniqué.
Quelques heures après, il a tenté de joindre Cheikh Issa Sall pour se désoler du fait que Mansour Faye ait révélé un secret vieux de sept ans. N’ayant pu le joindre, il lui envoie alors, à 13h29, le message audio whatsapp que vous venez d’écouter. Toute la journée et la soirée du mardi 29 septembre 2020, Ousmane Sonko n’a pas tenu sur place. Et ce n’est que le lendemain, mercredi, aux premières heures de la matinée qu’il a publié sur sa page Facebook un post dans lequel, comme à son habitude, il insulte copieusement Mansour Faye, soutenant qu’il a « menti froidement ».
Ce genre d’imprudence digne d’un amateur, Ousmane Sonko en est coutumier, lui qui s’autoproclame le meilleur des Sénégalais dans tous les domaines. Alors que, contrairement aux légendes qui circulent, il n’est ni propre ni articulé. C’est un gros émotif.
Est-ce que vous pouvez mettre cet enregistrement à notre disposition ?
Je suis disposé à le faire, et avec plaisir. Mais, avant, il me tient à cœur d’interpeller publiquement Ousmane Sonko, qui a qualifié Mansour Faye de menteur, pour lui adresser une seule et unique question : est-ce qu’il confirme ou infirme avoir envoyé à Cheikh Issa Sall, mardi dernier, juste après la déclaration de Mansour Faye, une audio WhatsApp dans laquelle il se désole de la divulgation de cette affaire ? S’il infirme, je mets à votre disposition cet enregistrement, alors les Sénégalais sauront qui ment dans cette affaire. Seulement, je crois qu’il n’osera pas le faire. Sans doute, il va actionner les insulteurs professionnels qui pullulent dans son entourage comme cette sorte d’ouistiti qui m’a traité de chien la dernière fois que j’ai parlé de Pastef. Mais, c’est peine perdue, car je suis immunisé pour avoir encaissé, en juillet dernier, une bordée d’insultes jusqu’à l’overdose.
Vous ne craignez pas une procédure judiciaire pour divulgation de ce genre de données personnelles ?
Ousmane Sonko et Pastef, leur tribunal c’est Facebook. Une « juridiction » qui effraie nombre de gens, mais pas moi, car, le qu’en dira-t-on, les insultes et les éventuels stigmates sur mon image que peuvent provoquer mes prises de position, me laissent de marbre.
Je suis totalement engagé aux côtés de Macky Sall. Et sans calcul. Aussi, fort de cette posture, je me suis toujours appliqué une maxime : advienne que pourra.
Avec Mansour Faye, je défends, à la fois, un camarade et ami qui n’a jamais varié à mon endroit, même au temps où, entre 2012 et 2013, j’avais rompu avec Macky Sall. Quasiment toutes les personnes avec qui je m’étais engagé aux côtés du Président, entre 2008 et 2012, me fuyaient comme la peste. Exceptés Pape Samba Diop, Abdoulaye Daouda Diallo, Mansour Faye et la Première Dame qui a finalement réussi à recoller les morceaux. Que ça soit durant cette période ou à la fin de l’année 2017 lorsque j’ai démissionné de l’Apr, Mansour Faye est toujours venu à ma rescousse durant des épreuves. Alors, quoi de plus normal que je le défende, surtout sachant qu’il dit la vérité. A travers lui, je défends aussi notre régime. Nous sommes tous embarqués dans la même pirogue menée par un rameur en chef, Macky Sall.
La discipline militante et les injonctions du Président qui n’aime pas les polémiques et querelles me contraignent parfois à certaines postures déplaisantes consistant trop souvent à me taire face aux mensonges de ceux qui nous combattent. Mais Dieu sait que je n’approuve nullement cette stratégie lorsque nous sommes confrontés à des ennemis comme Ousmane Sonko, qui sont tous des pourris se plaisant à chanter la vertu. Le leader de Pastef est un manipulateur hors pair, adepte des compromissions et des rencontres secrètes.
Manifestement, vous semblez en vouloir à Ousmane Sonko…
Nous sommes en politique qui admet et se nourrit assez souvent des adversités. Ousmane Sonko n’est pas dans ce registre. Il est un cas à part dont l’esprit semble baigner dans une sorte de vendetta permanente qui fait qu’il nous considère comme des ennemis. Honnêtement à l’entendre parler, on a l’impression que des braises consument son cœur et son esprit. Nonobstant ces constats alarmants, je le considère comme une personne dépositaire des suffrages de 675 677 Sénégalais qui ont cru en lui, lors du dernier scrutin de la Présidentielle de février 2019. Je respecte leur choix.
Seulement, contrairement à lui, je ne considère pas comme nuls et non avenus les suffrages des 2 525 052 Sénégalais qui ont réélu Macky Sall, leur Président, à 58%, au premier tour, l’année dernière. C’est près de quatre fois son score.
Contrairement à lui, je ne considère pas que la Représentation nationale, particulièrement ceux de la majorité parlementaire, qui sont mieux élus que lui – il vient du plus fort reste – sont « de petits députés corrompus qui ne savent rien de la conduite d’un Etat ».
Contrairement à lui, je ne considère pas que les trois Présidents qui sont après le père-fondateur, feu Léopold Sédar Senghor, à savoir Abdou Diouf, Abdoulaye Wade et Macky Sall doivent, demain, être passés par les armes.
Contrairement à lui, je ne crois pas que vouloir faire prospérer nos ambitions et exprimer notre égo de pauvres mortels autorise qu’on joue avec l’unité nationale et la stabilité d’une partie du pays, la Casamance, qui a tant souffert ces dernières décennies jusqu’à ce que le Président Macky Sall accède au pouvoir et, sans tambour ni trompette, y fasse revenir la paix, aujourd’hui encore fragile. Aux yeux d’un patriote digne de ce nom, le caractère indivisible de son pays doit relever du sacré.
La Casamance si chère au Sénégal n’est pas le bastion de Ousmane Sonko. Sauf à vouloir considérer qu’elle se résume à la région de Ziguinchor qu’il a remportée lors à la dernière Présidentielle avec 101 938 contre 68 951 à Macky Sall.
Car, la Casamance, c’est aussi les régions de Sédhiou et de Kolda qui ont donné à Macky Sall respectivement 70 142 et 104 470 voix contre 44 450 et 28 395 voix à Ousmane Sonko. Au total, c’est Macky Sall que la Casamance a choisi en février 2019 avec 243 563 suffrages ; Ousmane Sonko venant loin derrière avec 174 783 voix.
En somme, ma conviction est que le propos caricatural de Voltaire résume ce monsieur : « Il est triste que souvent, pour être bon patriote, on soit l’ennemi du reste des hommes. » Le projet de société de Ousmane Sonko se résume à deux thématiques : promouvoir la haine ; diviser les Sénégalais. En ce qui nous concerne, fidèles à la dialectique du Président Macky Sall, nous œuvrons pour la paix des cœurs et l’atteinte du mieux-être au moyen du Plan Sénégal émergent.
Nonobstant l’orgie d’insanités et de mensonges qu’il déverse sur nous, je n’éprouve aucune haine à l’endroit d’Ousmane Sonko. Pour preuve, il y a quelques mois, je suis passé par une connaissance commune pour tenter de l’inviter à s’exprimer dans les colonnes du Soleil. Il avait promis de réagir. J’ai attendu en vain.