Le président Macky Sall au carrefour de l’histoire de notre si jeune République!

Dakarmidi – « Un grand homme n’a pas le droit de cultiver la sagesse, il a l’obligation morale de s’ériger en sage »

L’histoire du Sénégal est souvent galvaudée par des interprétations teintées d’ambiguïté et par de spécieux récits, qui ont par ailleurs égratigné et déformé ses sources, y laissant de vilaines balafres, ineffaçables dans la memoire collective.
Lat Dior avait dit non au colon et il tomba dignement à Dekhelé le 27 Octobre 1886, sans même que l’on ne soit convaincu de la succession des faits qui ont conduit à cette fin où, l’empire du Cayor avait subi sa plus drôle défaite, souvent cousue de contre-vérités et d’extrapolation. Qui avait piégé Lat Dior Ngoné Latyr Diop? Ses proches ou les services de renseignement du colon?

Quant à la révolution Torodo sous Thierno Suleyman Baal dans le 18è siècle, c’est à travers une grande sagesse et un esprit principiel raffiné qu’il a sondés l’histoire de notre pays, en empiétant même sur ses perspectives. Il était plus que convaincu, que le Fouta ne pouvait s’épanouir que dans des mesures d’équité et de transparence dans la gestion des affaires de la cité.

Il lança un vaste mouvement de réforme islamique en créant un État théocratique fondé sur un idéal de justice, s’opposant notamment à la pratique de l’esclavage.

C’est à des degrés divers qu’il a analysés puis donnés à l’histoire de notre pays, une essence et une richesse qui, sans l’apport de ses qualités morales basées sur une élégance ascétique, ne saurait voir le jour et résister à l’ermite dans la durée.

Dans les années 80, il a fallu au grand Senghor, chercher son stylo qu’il tenait pourtant dans sa main, pour qu’il se rende compte qu’effectivement l’heure de partir avait sonné. La sénescence avait frappé à sa porte, bien ancrée dans ses tréfonds, comme la sagesse aussi ne l’avait jamais quitté.

Il avait choisi parmi tant d’héritiers, Abdou Diouf, lui laissant deux principaux legs : une République organisée (Sénégal) et un opposant de taille, rusé et endurant, Me Abdoulaye Wade.

Mais il l’avait laissé aussi au milieu de grands dictateurs africains, qu’il devait côtoyer entre autres Jean Bedel Bokassa, Mobutu Sese Seko Wa Za Banga, Moussa Traoré, Sékou Touré, Hosni Moubarak, Ben Ali, et avec qui, il devait traiter. Et Abdou Diouf avait la chance et le génie de ne pas les imiter dans leurs démarches de spadassins. Etant donné qu’il n’avait pas réduit le débat à sa propre personne, ni à un clan, ni même à une dynastie, mais l’avait plutôt ouvert de manière inclusive, avec la naissance du multipartisme intégral, chose que ne s’imaginaient guère la plupart des chefs d’Etat de son époque. Ce faisant, il aura en face de lui des événements d’une extrême violence, marqués souvent par des atrocités.

Isolé dans son bureau, au palais de la République, seul face à l’histoire, face à son destin, il aura été grand au moment de prendre des décisions majeures, pour la stabilité du pays, et qui l’ont même par moment fragilisé. Son fameux coup de fil à Abdoulaye Wade lors du second tour de la présidentielle sénégalaise en 2000, continue de lui valoir plus de sympathie de la part des sénégalais et du monde en général.

Pour sa part, Abdoulaye Wade en tant qu’opposant à l’époque, avait subi beaucoup d’injustice, allant de l’irrespect que lui portaient souvent les barons de la République au manque de considération que lui vouaient les proches de Diouf.
Il était d’ailleurs vu comme un marginal, qui voulait déstabiliser le pays, un « bandit » en quelque sorte, et rien de cela était vrai, il fallait seulement scotcher sur cet adversaire de taille, le maximum et de vilenies.

Et sonna Mars 2000! Pour aller vite en besogne, il avait surmonté avec grandeur ses épreuves passées, les avait dépassées et surpassées, ne regardant que devant lui, oubliant tout le mal qu’on lui avait fait subir durant plus de deux décennies de combat mené d’arrache-pied. Pour lui, le Sénégal était plus important que ces persécutions qu’il avait endurées. Cependant il s’était vengé, mais par le pardon, par la sagesse, par de gros efforts pour un sursaut national, car il savait nettement que la vengeance sous ses formes laides, dans ses contours acerbes était une dangereuse raison.

L’une des qualités premières de Dieu est fondée sur son élégance, qui est le socle même de sa force de frappe, lourdement miséricordieuse. Il est, certes le tout-puissant, mais il n’a jamais exercé cette grosse artillerie sur ses créatures, pour des raisons cachetées que ni le corps, ni l’âme ne maîtrisent le mystère et son herméneutique. Si la sagesse est un « drame », le rôle qu’elle joue dans les portillons d’un leader est un tissu fin mais inusable, qui mène à l’exaltation de la grandeur de l’homme qui l’incarne.

Vient alors se greffer à l’histoire du Sénégal, la seconde alternance, auteur de la chute du « dernier des Moyikans », Me Wade, faut-il aller à Canossa pour le présenter? Il aura durant 26 années de combat, privé un sommeil paisible à Senghor et à Diouf, et pendant 12 années à la tête du pays marqué de manière indélébile ses profondes mutations structurelles et architecturales, et ce, malgré une panoplie considerable de remous politico-sociaux!

L’homme qui l’aura détrôné s’appelle Macky Sall, son « élève », né après l’indépendance, qui a été formé par ce même leader à l’expérience et à l’expertise notoire. La chute de Wade est passée entre ses mains Et lui, est arrivé au pouvoir, au moment où le monde connait de profonds chamboulements, où le terrorisme fait de nombreux ravages, où les pays du Golf ont changé de stratégie dans leur manière de nouer des partenariats, car le prix du baril de pétrole a dégringolé de presque 65%, et les puits de cet or noir sont sur le point de tarir, investir alors dans les énergies renouvelables est devenu primordial chez eux, aux fins de se préparer à l’après pétrole.

C’est dans cette zone de turbulence, ce contexte sombre où les grandes puissances doutent de leurs capacités à prendre en charges leurs populations, où la place de la première puissance du monde, occupée par les Etats-Unis, est revendiquée par la Chine et la Russie, que Macky Sall a lancé audacieusement son PSE (plan Sénégal émergent), plan encouragé par ces mêmes puissances, même s’il rencontre sur son chemin, naturellement, de sérieuses difficultés pour sa mise en œuvre.

Pendant ce temps, le Sénégal est entouré de pays en proie à des crises ou qui cherchent à se relancer. La Côte d’ivoire guérit peu à peu de ses blessures et de ses meurtrissures, un de ses fils, Laurent Gbagbo est traîné à la Cour pénale internationale (CPI), son épouse Simone est condamnée à 20 ans de prison. Le Mali est comme atteint par une malédiction provoquée par des hommes incultes, sans aucune éducation religieuse, avec ses lots d’attentats qui frisent le désastre et le chaos total. La Guinée Bissau, quant à elle, traverse une crise politique sans précédent, qui n’a point épargné la haute hiérarchie de son armée, ses ethnies et sa classe politique. La Guinée Conakry cherche à assainir son espace politique, et y arrive petit à petit avec ce nouveau dialogue instauré par le Pr Alpha Condé et pris au rebond par le leader de l’opposition Cellou Dalein Diallo. La Mauritanie est empêtrée dans une crise raciale profonde et est secouée par de nombreuses incongruités engendrées par le manque de discernement de son président Aziz. La Gambie vit toujours un cauchemar avec un dictateur à sa tête depuis 20 ans, et qui soutient régulièrement la rébellion en Casamance.

Voilà le contexte extrêmement fragile dans lequel, Macky Sall a hérité du pouvoir. Nul doute que s’il fait parler la sagesse, en faisant appel à une « intelligencia politique », il pourra conduire à bon port le train de l’émergence. Et s’il décide d’emprunter la voie de ces hommes dont les actes ont rendus impopulaires leurs images, alors il aura tout simplement rendu un mauvais service à Senghor, à Diouf et à Wade, qui ont sacrifié de gigantesques pans de leur vie pour que leur histoire reste intimement liée à celle du Sénégal, terre des hommes épris de paix et de justice.

Alors Président, vous avez la parole et entre vos mains, une infime parcelle de pouvoir divin, face à un peuple, certes exigent mais tellement serein.
Peut-être détiendriez-vous l’esprit fertile, l’éloquence, l’élégance et la sagesse de Kocc Barma Fall? Et si tel est le cas, vous serez hautement en mesure de réaliser nos rêves étalés sur un chemin déjà balisé par vos prédécesseurs!

La Rédaction