Sheikh Alassane Sène écrit pour la première fois au Président Macky Sall

Excellence,

J’ai pris le temps nécessaire pour vous écrire, dans un moment où notre pays a plus que jamais besoin de retrouvailles et de dialogue. Le simple citoyen que je suis a le droit de s’adresser au père de la nation que vous êtes, mais il a aussi l’obligation morale de vous alerter sur la situation du pays même s’il ne détient qu’une petite cloche au son si faible, mais au moins, il se serait acquitté humblement de son exaltante mission.

À chaque fois que je suis informé de vos recueillements en Arabie Saoudite, je ne peux m’empêcher de me souvenir de nos discussions sur la vie ô combien sublime du Prophète (psl) ; vous donniez souvent l’impression de quelqu’un qui méditait, cependant vous étiez persuadé que seule sa noble lumière pouvait guider vos pas jusqu’au Palais de la République. Et j’ai remarqué à chaque étape de votre vie à la tête du pays, même souvent teintée de difficultés, vous prenez le temps d’aller à son mausolée à Médine et à la Kaaba, ce lieu magnifique qu’il a rendu à Dieu sans souillure ni effusion de sang. Avec intelligence il a amené ses ennemis à douter de leur force et à croire à la suprématie des troupes qui avaient quitté Médine avec lui pour « l’assaut final » sur les sphinx idolâtriques.

Oui Monsieur le Président, le pays que vous dirigez depuis 2012 a besoin de thérapie collective, vous même avez besoin de participer à cette séance, car elle aidera à aller de l’avant et à éviter que l’irréparable ne se produise.

Monsieur le Président, avez-vous conscience des fins de règne du puissant Hosni Mubarak et de Suzanne son épouse, de Leila Trabelsi et de Ben Ali, du couple Gbagbo, de la terrible chute de Nicolas et Elena Ceausescu?

L’histoire ne fait que se répéter, elle englobe en son sein, une succession d’événements qui se ressemblent et s’enchevêtrent, qui rappellent le passé, qui témoignent du présent et qui projettent ses fils dans le futur sans jamais trouver matière dans de nouvelles particules.

Une Umra est un moment fort de recueillement, acceptez Monsieur le Président qu’il n’y a pas plus grand sage que l’homme que vous avez visité il y’a quelques jours.

Il a, dans la plénitude de la foi et de l’endurance, pardonné à ses plus farouches ennemis, même s’il y’a eu souvent mort d’homme, sa grandeur, au-delà de toute mesure, est inégalable. Et ces qualités intrinsèques qui suintent de son noble comportement doivent naturellement vous parler et vous amener à de meilleurs sentiments pour l’intérêt général, celui d’ailleurs pour lequel vous avez été placé à la tête du pays.

En partant à la Mecque, vous avez laissé derrière vous un patriarche, un homme qui s’est entièrement sacrifié pour son pays, le Président Wade. Vous même me disiez un jour que son parcours avait déchiré les limites de l’excellence et sublimé les hommes généreux et épris de liberté.

Alors Monsieur le Président, tout un peuple attend votre tête-à-tête avec ce grand homme de l’histoire. La dernière en date remonte à 2012, ne nous privez pas d’un tel événement majeur qui ne ferait que rehausser l’image de notre pays et lui procurer de nouvelles perspectives.

Loin de toute tactique politique, le Sénégal a besoin que ses fils se retrouvent, se réunissent, dialoguent, et vous n’avez pas le droit, Monsieur le Président de priver notre si beau pays de cette phase si importante qui garantit la stabilité nationale et l’intégrité territoriale.

N’écoutez pas ces hommes qui vous parlent de schéma politique ou de politique « algébrique », écoutez plutôt la sagesse de l’homme du Hijaz que vous venez fraîchement de visiter et laissez sa lumière guider vos pas vers le pardon et la miséricorde divine, si vous êtes encore convaincu que le pouvoir est uniquement entre les mains de Dieu l’Exalté. Vous avez eu malgré votre vie tumultueuse, souvent marquée de trahison, la chance de présider à la destinée de 14 millions de sénégalais, et sous votre magistère, la colère, la haine, le mépris sont des mots malheureusement que les camps adverses se partagent. Prenez de la hauteur et faites comme lui, réunissez votre grande famille, le peuple Sénégalais, autour d’un idéal, parlez lui, ne freinez pas son élan, évitez lui le pire, car cette division même, se fait sentir aujourd’hui avec dangerosité dans nos foyers religieux et dans nos ethnies, ces principaux socles de notre République. Vous avez le devoir moral de tout redresser avant que de telles divisions ne s’emparent du peu d’espoir qui nous reste et ne nous emportent.

Un grand érudit du 16é siècle disait à propos du dialogue qu’il est une prière sacrée qui éloigne l’hommes de la mésintelligence

Parlez nous à votre retour de vacances, Monsieur le Président, ce congé que nous avons payés, et que nous ne sommes pas en mesure de nous offrir puisqu’étant loin au dessus de nos maigres moyens. Monsieur le Président, vous êtes un sacré privilégié!

Ne laissez pas le Sénégal sombrer dans le chaos puisque vous en êtes le gardien, arrêtez l’hémorragie et sauvez le pays car Dieu a fait de vous, en vous choisissant à la tête de ce pays, celui qui devra rendre compte au nom du peuple qui vous a hissé à ce sommet si prestigieux.

Redevenez l’homme affable que j’avais côtoyé avant 2012, prêt à servir tout le monde avec respect, égard et hospitalité. Dépassez tous ces événements de part et d’autre, et montrez qu’en revenant de la Mecque et de Médine, vous pouvez être ce patriarche dont nous rêvions voir en vous, empreint de sagesse puisée des sources du Meilleur des hommes. C’est ce petit citoyen que je suis qui a bien voulu vous parler avec humilité sans aucune prétention.

Je tenais seulement à vous rappeler, Monsieur le Président que la prison m’a forgé loin de toute haine, et j’ose espérer que la Première Dame aura elle aussi pleinement mordu à la sagesse de Khadija (ra), cette noble dame qui a effacé avec doigté toutes les peines et péripéties sur les allées où devait défiler, en résistant au temps, l’histoire merveilleuse du Prophète Muhammad (psl).

Respectueusement

Sheikh Alassane Sène