L’Ethiopien Eskinder Nega, « Je suis coupable de journalisme, pas de terrorisme »

Ethiopian jounalist Eskinder Nega, who was given an 18-year prison sentence in 2012 on accusations of links to the banned Ginbot 7 group, gestures from a car after being released from Kaliti Prison in Addis Ababa on February 14, 2018. Ethiopia released a jailed opposition leader and journalist on February 14 and dropped charges against a group of bloggers in a wave of prisoner releases and pardons. / AFP PHOTO / Yonas TADESSE

Dakarmidi -L’Ethiopie à cran (3). Libéré de prison en février à la faveur d’une amnistie gouvernementale, le journaliste se dit prêt à reprendre la plume.

Quand le journaliste Eskinder Nega et d’autres prisonniers ont été relâchés, le 14 février, une foule enthousiaste les attendait à la sortie de la prison de Kaliti, en périphérie de la capitale Addis-Abeba. La veille, à Adama, à 90 km, des milliers de jeunes célébraient la libération de leur « héros » Bekele Gerba, une figure de l’opposition éthiopienne. « On ne méritait pas un tel accueil. Mais les gens ne nous célébraient pas. Ils exprimaient leur espoir de changement. Nous étions juste un symbole », raconte, ému, Eskinder Nega. Depuis sa sortie de prison après plus de six ans de détention, un ballet discontinu de supporteurs égaye sa résidence d’Addis-Abeba.

Présentation de notre série   L’Ethiopie à cran

Alors que ses geôliers ont bien tenté de lui arracher de fausses confessions, Eskinder Nega a été relâché, comme des milliers de prisonniers depuis janvier, dans le cadre d’une amnistie gouvernementale. « Je ne m’y attendais pas du tout », reconnaît cet homme long et mince, flanqué d’une veste de costume trop grande. Eskinder Nega, 48 ans, est un habitué des prisons éthiopiennes. Il y a été enfermé « huit ou neuf fois ». En 2012, il avait été condamné à une peine de dix-huit années d’emprisonnement pour « haute trahison et infractions liées au terrorisme ».

« Lettre du goulag »

Juste avant sa condamnation, il avait dénoncé dans un article en ligne l’absence de liberté d’expression dans son pays. Sa carte de presse lui avait été retirée quelques années plus tôt. « J’étais coupable de journalisme, pas de terrorisme. Le gouvernement éthiopien utilise ce mot pour museler les dissidents », déplore-t-il. Les Etats-Unis s’étaient alors dits « profondément déçus. » Amnesty International l’avait qualifié de « prisonnier d’opinion ». « Je n’ai jamais choisi d’être défenseur des droits humains. J’ai été forcé d’agir ainsi car je ne pouvais pas pratiquer le journalisme dans mon pays en raison de l’absence de démocratie », explique Eskinder Nega

Le Monde.fr