Il y’a des gestes qui, sous le feu de la passion, trahissent bien plus que l’instant. Piétiner le drapeau d’un pays, c’est profaner une mémoire, une histoire, une dignité. Ce que de jeunes Congolais ont cru bon de faire à l’égard du Sénégal, sous prétexte d’une rivalité footballistique, dépasse largement le cadre du sport. C’est une offense à l’éthique, à la fraternité africaine et à l’intelligence collective que le football devrait incarner.
Le Sénégal, dans sa grandeur sportive, n’a jamais été un ennemi du Congo. Il est un miroir, un rival noble, un aiguillon qui a permis à la RDC de se dépasser, de rêver, de vibrer. Grâce à cette rivalité, des Congolais ont pu détourner un instant leur regard des douleurs de la guerre, des silences de l’exil, des plaies ouvertes de l’histoire. Le ballon rond, dans sa magie, a offert des respirations là où l’air manquait, dans un pays en proie à des conflits profonds.
Alors, comment comprendre que l’on foule du pied ce qui nous a permis de tenir debout ?
Comment justifier que l’on humilie un drapeau, alors que ce même drapeau a souvent été le partenaire involontaire de nos joies partagées ? Le Sénégal n’est pas l’ennemi. Il est un frère, un voisin, un compagnon de route dans cette grande aventure qu’est le sport africain.
À ces jeunes hommes, il faut dire ceci : le football n’est pas une arène de haine. Il est une scène de beauté, de dépassement, de communion. Il ne doit jamais devenir le prétexte d’un malheur, d’un mépris ou d’une dérive. Car lorsque le sport perd son âme, c’est la société tout entière qui vacille.
Respecter le drapeau du Sénégal, c’est respecter le Congo. C’est respecter l’Afrique. C’est respecter l’idée même que nous pouvons nous affronter sans nous détruire, nous défier sans nous avilir, nous surpasser sans nous renier.
Le geste est grave et mérite réparation, afin qu’il serve de leçon. Il doit susciter une prise de conscience, une parole publique, un acte symbolique. Car l’honneur ne se mesure pas à la victoire sur le terrain, mais à la grandeur dans la défaite, à la noblesse dans le geste, à la lucidité dans l’émotion.
Enfin, que le football reste ce qu’il doit être : une fête, une lumière, un pont entre les peuples. Et que jamais plus, au nom d’un but marqué ou manqué, on ne piétine ce qui constitue l’identité d’un peuple et la fierté d’une Nation.
