A SA GRANDEUR, LE ROI MACKY SALL par Boubacar Sadio

Monsieur le Président le Président de la République, tout d’abord, permettez à ma très modeste personne de vous souhaiter une bonne et heureuse année, une santé de fer, davantage d’empathie et de considération envers vos concitoyens, plus de lucidité et de sagesse dans vos décisions.

Une année, 2020, s’est dissipée avec des moments fugaces de joie, de plaisir et de bonheur, mais surtout et par-dessus tout, avec son lot de malheurs, son chapelet de désillusions et de déceptions et son énorme cortège de difficultés et de désagréments de toutes sortes. 

Votre régime aura marqué au fer rouge les Sénégalais ; notre vaillant peuple a été vraiment en peine devant les peines que vous lui avez infligées depuis votre accession à la magistrature suprême. Les lueurs d’une nouvelle aube apparaissent, timidement, avec une énorme charge d’espérance dont le Sage disait « qu’elle est une harpe à la voix douce entendue, seulement, de DIEU et de celui qui en joue, mais que ces deux auditeurs ont plus de poids que l’humanité toute entière ».Puisse ALLAH, Le Tout-Puissant, Maitre de l’univers et de nos fragiles destins d’êtres ignorants et insignifiants, ne point décevoir nos espoirs. Qu’IL Couvre de Sa Grace éternelle tous nos compatriotes et Répande Sa Miséricorde infinie sur l’ensemble du pays. Je ne saurais ne pas avoir une pensée pieuse pour les disparus et exprimer toute ma compassion à l’endroit des malades et de tous ceux qui vivent ou traversent des moments difficiles et pénibles.

Monsieur le Président de la République, au soir du 31 Décembre 2020, juste après votre adresse à la Nation, vous avez cru devoir organiser une conférence de presse pour faire étalage de vos modestes réalisations à vos compatriotes dont la plupart avait d’autres préoccupations que de vous prêter une oreille attentive.

En réalité, vous nous avez gratifiés d’un one man show insipide, d’un spectacle sans relief, d’un cinéma de mauvais gout avec, malheureusement la complicité de journalistes compétents et de grande qualité professionnelle, mais trop complaisants à l’occasion. 0n peut les comprendre dans la mesure où le format adopté ne leur permettez guère une forme quelconque de liberté, en effet, les questions ainsi que les réponses ont été préparées à l’avance, il n’y avait aucune spontanéité, aucune chaleur dans les échanges entre la vedette du jour et ces contradicteurs triés sur le volet. Le sentiment général qui s’est dégagé nous donne un air de précampagne électorale pour une troisième candidature à un troisième mandat impossible.

Monsieur le Président de la République, permettez-moi, avant de poursuivre, d’adresser mes très vives et sincères félicitations à votre homologue du Niger, le Président Mahamadou Issouphou, un noble, un homme d’honneur et de parole qui a brillamment relevé le niveau de considération et de respect de toute la communauté internationale vis-à-vis du brave peuple nigérien dont la fierté et la dignité ont été rehaussées par le comportement exemplaire de son Président qui aurait pu, par des « Ndiouth ndiaths », s’accrocher au pouvoir à l’instar de ses homologues de la Cote d’Ivoire et de la Guinée qui, toute honte bue, ont violé manifestement leurs constitutions, provoquant des centaines de morts. Ces deux Chefs d’Etat sont certes restés au pouvoir avec les manifestations extérieures de leurs prérogatives usurpées, mais sachez qu’ils sont en très grande souffrance morale, mentale et psychologique pour avoir dans la conscience ces nombreuses vies humaines dont, certaines,fauchées à la fleur de l’âge. Il n’y a pas pire prison que celle d’une mauvaise conscience perturbée, assaillie par les remords, les regrets et les repentirs ; il n’y a pas pire supplice que cet œil de Cairn qui vous poursuit, vous épie et vous harcèle jusque dans votre tombe. 

Le Président de la République du Niger, Mahamadou Issuofou, est entré dans l’histoire de son pays et du monde par la grande porte, de manière magistrale, digne et honorable, en ne faisant qu’ une toute petite chose aux conséquences grandioses, respecter sa parole ; « La parole c’est l’homme » dit l’adage. La parole donnée est une vertu universelle, empreinte de sacralité que l’on retrouve dans tous les codes d’honneur, même, celui des bandits de grands chemins qui, eux, considèrent un homme qui manque à sa parole comme une véritable crapule qu’ils éliminent sans état d’âme. Vous mettez les Sénégalais dans une situation inconfortable devant les Nigériens qui, désormais vont pouvoir se gausser de notre prétendue démocratie majeure qui, en vérité n’est que celle d’une république bananière. Le  Sénégal, pays d’une longue tradition démocratique, à l’école du Niger, pays qui n’a connu que des coups d’état militaires ; aujourd’hui, on demande aux Sénégalais de s’inspirer des Nigériens et au Président de la République du Sénégal, Macky Sall de prendre modèle et exemple sur son homologue du Niger, Mahamadou Issoufou. Quelle régression démocratique ! Quelle dégringolade !

Monsieur le Président de la République, revenant sur votre fameuse conférence de presse, les Sénégalais, très impatients de connaitre votre position sur la seule et unique question qui pouvait les intéresser, à savoir le troisième mandat, ont été profondément et largement déçus par votre réponse sibylline et votre argumentaire très léger, notamment votre référence à Birima. Cette allusion inappropriée à Birima montre à suffisance que semblez ignorer la dignité et l’éminence de vos fonctions présidentielles. Votre réponse sur le troisième mandat montre à quel point vous manquez de considération pour votre peuple ; ce pays ne vous appartient pas du tout, alors pas du tout ; vous ne l’avez pas héritez de vos parents. Il ne vous appartient pas de dire si vous avez le droit ou non de solliciter un troisième mandat, ce n’est pas une affaire personnelle ; cela relève de la souveraineté populaire et le peuple s’est déjà déterminé à travers une réforme constitutionnelle que vous lui avez proposée en 2016 avec un article 27 qui stipule clairement dans son alinéa 2 que « Nul ne peut faire plus de deux mandats consécutifs », c’est net, clair et précis. La problématique du troisième mandat est une question éminemment majeure et cruciale qui ne dépend ni ne relève de votre bon vouloir encore moins de vos désirs. Le 31 Décembre 2018 vous avez déclaré publiquement et solennellement que 2024 consacrera la fin de vos fonctions présidentielles, ajoutant que vous en serez à votre second et dernier mandat ; et en 2020, à peine deux après, vous semblez vouloir verser dans l’abjuration et le parjure, livrant les Sénégalais, tout un peuple à la risée du monde entier.

Monsieur le Président de la République, pourquoi et au nom de quoi, le peuple souverain, seul détenteur du pouvoir légitime qui vous en a fait qu’un simple délégataire, doit-il etre suspendu à vos lèvres  pour etre fixé sur la question du troisième mandat ; voudrait-on dire que notre pays est régi par une constitution mal rédigée par des ignares, aux contours flous et apocryphes qu’on ne s’y prendrait autrement. C’est scandaleux que dans un pays qui se respecte, dans une démocratie majeure, le Président de la République ne soit pas capable de dire  honnêtement, sincèrement, clairement et sans « ndiouth ndiath » à son peuple si la constitution lui permet ou non de briguer un troisième mandat. Un Président de la République doit entretenir avec ses concitoyens des rapports civilisés, de respect réciproque et de confiance ; il se doit d’etre honnête, sincère, transparent, clair et loyal avec les populations qui doivent etre informées de ses projets, ses objectifs, parce que, tout simplement il agit en leur nom. C’est une question de valeurs éthique et morale. Rien ne vous revient de droit et rien ne vous appartient en propre. Beaucoup de  Sénégalais pensent, à tort ou à raison, que vous avez un comportement très condescendant vis-à-vis de votre peuple, en les narguant ou en les toisant. Vous vous comporteriez comme un roi devant ses sujets, alors que nous sommes en République. Seriez-vous un demi-dieu, comme semblent vouloir nous le faire croire vos affidés ? Ou prétendriez-vous etre sorti des cuisses de Jupiter, comme n’hésiteraient pas à l’affirmer certains de vos thuriféraires ? ?

Monsieur le Président de la République, à ma connaissance, vous êtes né à Fatick, à l’époque, une bourgade située dans le Sine,  issu d’une famille pauvre, je ne le dis pas par méchanceté, et ce n’est point une stigmatisation négative, encore moins une tare ni un objet de honte, mais tout juste un rappel amical pour vous faire sortir de votre bulle, vous ramener sur terre et surtout, pour éviter, ce qui serait très grave, d’etre en quête inutile d’une nouvelle personnalité , d’une nouvelle référence identitaire; vous êtes libre de privilégier et de favoriser les compatriotes installés dans votre «  titre foncier » du nord et de vous y faire de nouveaux amis, mais sachez que vous devez beaucoup à Fatick et énormément aux Fatickois, alors ne les oubliez pas , ce sont des populations qui ont une haute idée de leur dignité et de leur fierté légendaires. Vous n’êtes ni le plus intelligent des Sénégalais, ni le plus instruit, ni le plus compétent, ni le plus beau ; vous n’êtes ni d’une meilleure naissance ni d’une plus noble extraction sociale. Vous devez votre position actuelle à un grand homme, au grand cœur et d’une grandeur d’âme hors du commun qu’est le Président Abdoulaye Wade, même s’il a , par beaucoup de ses abus et dérives, une grande part de responsabilité dans ce qui nous arrive aujourd’hui ; sans sa générosité, sans son aile protectrice, vous seriez toujours resté à vous morfondre dans un petit bureau de Prétrosen en qualité de simple chef de service, ce qui, selon Souleyemane Jules Diop, était votre plus grand rêve. Soyez plus modeste et plus humble avec les Sénégalais dont vous êtes le serviteur voire l’esclave ; nous ne vous devons rien, absolument rien, c’est vous qui nous devez tout, absolument tout. « Danga niou wara diamou goudy ak beuthieuk », sinon rendez au peuple ce qu’il vous a confié momentanément, son pouvoir légitime.

Monsieur le Président de la République, comme l’a dit la dame Mimi Touré, ancienne Présidente du Conseil économique, social et environnemental, la question du troisième mandat est dépassée au Sénégal depuis longtemps. Il est vrai que j’en veux terriblement à cette dame pour s’etre acharnée sur Khalifa Sall et Karim Wade, exécutant certainement vos instructions, mais il faut lui reconnaitre une certaine constance par rapport à la question du troisième mandat ; c’est une des rares personnes parmi les responsables de l’APR a osé répéter et reprendre, sur elle et pour elle, c’est-à-dire à son compte, vos déclarations antérieures sur le troisième mandat, tous les autres, par lâcheté, par couardise et par malhonnêteté intellectuelle refusent de se prononcer clairement et se réfugient derrière une éventuelle saisine du Conseil constitutionnel qui devra arbitrer le débat, un débat qui n’a pas sa raison d’etre au Sénégal , puisque définitivement tranché et clos par vous-même, le 31 Décembre 2018, à l’occasion de votre adresse solennelle à la Nation. En votre double qualité d’abord de croyant, devant ALLAH, ensuite de « Gor », devant vos « Nawlés », vous avez reconnu, déclaré et écrit officiellement et solennellement que vos fonctions présidentielles prendront obligatoirement fin en 2024, au terme de votre second et dernier mandat ; vouloir vous agripper au pouvoir en sollicitant un troisième mandat, serait une attitude indécente, un comportement déshonorant, un revirement spectaculaire et  pourrait, à la limite, constituer une honte indélébile dont le poids et l’ignominie pourraient peser très lourdement et très négativement dans le legs immatériel que vous laisserez à votre postérité. Et pour leur éviter une telle épreuve, susceptible de devenir un véritable supplice moral et psychologique pour eux, il vous suffit de faire une toute petite chose qui ne demande pas beaucoup d’effort, respectez votre parole tout simplement. 

Je me rappelle bien que lors de votre première campagne vous ne cessiez de dire, de répéter et de seriner que l’éthique doit prévaloir dans la politique et vous ajoutiez que l’éthique dans la politique c’est surtout le respect de la parole donnée ; alors respectez votre parole du 31 Décembre 2018 et vos propos consignés à la page 165 de votre livre « Le Sénégal au cœur…de la parole trahie». 

Et c’est, certainement, cette parole donnée qui a incité des milliers de Sénégalais à vous investir de leur confiance et vous accorder leurs suffrages ; ne pas la respecter serait, pour eux, constitutif d’un acte de trahison.

Monsieur le Président de la République, prenez garde et méfiez-vous, comme de la covid-19, de tous ces individus, ces énergumènes, sans éthique ni morale qui vous poussent, au besoin en titillant votre égo, à briguer une troisième candidature à laquelle vous n’êtes point éligible selon les termes clairs et sans équivoques de notre constitution. Aucun d’eux ne vous aime ni ne vous porte dans son cœur ; vos vrais amis, soucieux de votre parcours politique qu’ils voudraient honorable, des perspectives qui peuvent s’offrir à vous sur le plan international et de la tranquillité de votre famille, s’échineront à vous dissuader de tenter une aventure périlleuse en sollicitant un troisième mandat. Vous ne vous rendrez compte de leur lâcheté, de leur fausseté et leur hypocrisie que lorsque vous aurez perdu le pouvoir ; ce ne sont que des larbins, des gens sans conviction, des parasites, des profiteurs, des sangsues et des écornifleurs patentés et incorrigibles qui ne songent qu’à préserver leurs avantages, leurs situations de rente et les différentes et nombreuses opportunités d’affaires que favorisent la proximité avec vos proches et l’appartenance à votre coalition politique. Ils seront les premiers à vous renier et à vous quitter pour aller rejoindre les vainqueurs sous le fallacieux prétexte de vouloir servir l’intérêt général ou de répondre à l’appel de la Nation ; ils vont s’activer à vous dénigrer et à noircir votre gestion dont ils auront été très largement les grands bénéficiaires.

Monsieur le Président de la République, votre stratégie pour la troisième candidature est très claire, elle a été longtemps murie. Sa mise en œuvre a commencé depuis belle lurette et se décline comme suit : vous avez mis à profit un séminaire portant sur une prétendue réorientation communicationnelle de votre coalition pour donner des instructions très fermes interdisant à vos membres d’évoquer la question du troisième mandat. Quelques jours à peine, certains de vos partisans, sur instructions, ont commencé à débattre du sujet en émettant la possibilité constitutionnelle de vous présenter pour la troisième fois. 

D’autres, parmi vos fervents partisans, honnêtes, sincères et courageux mais naïfs, ont voulu vous prendre au mot en déclarant, se fondant sur vos propres arguments, que vous n’êtes pas éligible à une troisième candidature. Votre réaction asymétrique et partiale a été de sanctionner immédiatement, sévèrement et sans ménagement les opposants au troisième mandat et d’adouber les hérauts dont les  discours allaient dans un sens favorable à votre troisième candidature. Cette attitude vous a permis de dompter le reste de la troupe ; s’en est alors suivi votre discours imprécis et fluctuant du « ni oui ni non », devenu un élément de langage de vos partisans. 

La mise en place d’une task-force chargée de la communication gouvernementale entre dans ce cadre ; il s’agit en réalité d’une équipe de propagande pour valoriser vos actions et autres réalisations en vue de justifier votre prochaine candidature. IL sera fait appel à des patrons de presse déjà corrompus, à des journalistes stipendiés, de même qu’à des marabouts ayant vendu leur âme au diable. D’éminents experts, notamment dans le domaine juridique seront mis à contribution ; c’est tout un arsenal qui sera déployé. La notoriété tout comme l’expertise et les diplômes peuvent etre monnayés, cela dépend de la vénalité des dépositaires. L’étape suivante consistera à la création, tous azimuts, sur l’ensemble du territoire national et au niveau de la Diaspora, d’une multitude de mouvements de soutien à votre troisième candidature ; une prolifération telle qu’on aura l’impression d’une requête plébiscitaire. Dans un premier temps, vous allez vous montrer, indifférent, impassible, à la limite, placide devant ces manifestations que vous aurez vous-même orchestrées ; ensuite, vous saisirez une opportunité quelconque, pour expliquer votre embarras devant ces appels et, plus tard, votre décision d’y répondre favorablement par amour pour votre patrie et pour la stabilité du pays, en somme, une réponse à la Ouattara. Et, pour faire bonne figure et se faire passer pour un légaliste, vous allez solliciter l’avis de vos amis du Conseil constitutionnel qui, repus grâce à vos largesses et à votre générosité, n’hésiteront pas une seule seconde à vous délivrer le quitus nécessaire pour la validation de votre candidature à l’élection présidentielle de 2024. Et le tour est joué.

Monsieur le Président de la République, votre plan ourdi, il vous reste le plus difficile à obtenir, l’agrément du Tout-Puissant. Quant au peuple, il saura assumer ses responsabilités historiques et nous y mettrons du notre ; ainsi participerons-nous à l’organisation d’un très vaste mouvement de résistance populaire et patriotique pour la défense de notre Constitution. Il sera mené de très larges campagnes d’information, de sensibilisation, notamment, auprès des masses rurales afin que soit mieux conscientisé le peuple qui s’engagera facilement  et répondra spontanément aux appels à la mobilisation générale. Nous développerons la résilience de la population face à l’oppression et sa capacité à transcender la peur de la répression ; il s’agira de la mise en œuvre d’une nouvelle dynamique oppositionnelle citoyenne et d’une efficace entreprise d’éveil civique pour mettre un terme définitif aux parjures, aux abjurations, aux mensonges, aux « ndiouths ndiaths » honteux, aux dols, aux malversations, aux détournements de deniers publics, au pillage de nos ressources naturelles, à l’hypothèque de notre souveraineté nationale à la corruption, à la concussion, à la pédophilie, à l’homosexualité de certains dirigeants notoirement connus, à la patrimonialisation de l’Etat, aux violations répétées de notre Constitution, à la vassalisation de l’Assemblée nationale, à l’instrumentalisation de la justice, à la domestication de la presse.

Le pouvoir au peuple, les servitudes aux gouvernants. TERMINUS 2024.

Dakar le 02 Janvier 2021.                        

 

Boubacar SADIO

Commissaire divisionnaire de police de

Classe exceptionnelle à la retraite.