25e edition du Fespaco, les ‘’Soldats’’ du Sénégal à Ouagadougou

Dakarmidi – La 25e édition du festival panafricain du cinéma et de l’audiovisuel (Fespaco) souvre ce week-end à Ouagadougou. Six Sénégalais prennent part à la compétition officielle et dans diverses catégories. EnQuête vous fait découvrir les visages des ‘’soldats sénégalais’’ à la plus grande rencontre cinématographique du continent.

Alain Gomis : L’espoir sénégalais

D’un père sénégalais et d’une mère française, Alain Gomis est un jeune et brillant réalisateur. Ses racines européennes font dire à certains qu’il est plus français que sénégalais. Seulement, dans ses films, il raconte des réalités bien africaines. Aussi, sur les podiums, il ne parle jamais de la France. Il n’a de paroles que pour sa patrie le Sénégal. Pour une seconde fois, il va représenter le Sénégal au Fespaco. Après ‘’Tey’’ qui s’était adjugé en 2013 l’étalon d’or de Yennenga, il revient cette année avec ‘’Félicité’’. Ce dernier est récemment primé en Allemagne, à la Berlinale. ‘’Félicité, libre et fière, est chanteuse le soir dans un bar de Kinshasa. Sa vie bascule quand son fils de 14 ans est victime d’un accident de moto. Pour le sauver, elle se lance dans une course effrénée à travers les rues d’une Kinshasa électrique, un monde de musique et de rêves. Ses chemins croisent ceux de Tabu…’’. C’est le résumé de l’histoire qui est contée par Alain Gomis. Sa distinction à la Berlinale laisse croire à certains qu’il pourrait sortir primé de la compétition à Ouagadougou. D’autres, plus prévenants, sont d’avis que ce prix n’est pas gage de succès à Ouagadougou parce que les publics et les jurys ne sont pas les mêmes. Donc, les perceptions peuvent différer. Quoi qu’il en soit, on reste optimiste. Et Alain Gomis a encore du chemin à faire. A 49 ans, il en est à sa quatrième production et pourrait faire d’autres films et avoir d’autres prix en tant qu’ambassadeur du Sénégal.

Moussa Touré : Réalisateur fécond

Né en 1958 à Dakar, Moussa Touré est l’un des représentants du Sénégal à la 25e édition du Fespaco. Un festival qu’il connaît bien pour y avoir concouru à plusieurs reprises. Réalisateur brillant et fécond, il présente cette année ‘’Bois d’Ebène’’. Un film qui revient sur quelques pans de l’histoire de l’esclavage. ‘’Du XVe au XIXe siècle, un gigantesque trafic d’êtres humains se met en place entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique. Des millions d’hommes, de femmes et d’enfants sont arrachés à leur terre d’Afrique et transportés de l’autre côté de l’Atlantique, pour être vendus comme esclaves aux planteurs du Nouveau Monde. Le synopsis du film retient le chiffre de 12 millions de déportés ; les spécialistes de la question comme la démographe humaine Louise Marie Maes Diop (récemment disparue) évaluent à 200 millions de personnes le nombre global de victimes. Récits d’esclaves, carnets de bord de capitaines et lettres d’armateurs forment la trame vibrante d’une histoire de l’esclavage et donnent vie aux destins de Yanka et Toriki, nés libres dans un village du Golfe de Guinée. La traite et l’esclavage seront définitivement abolis le 27 avril 1848, en France’’. Tel est le synopsis de ce docu-fiction. Présenté aux journées cinématographiques de Carthage en octobre passé, le film n’a reçu aucun prix. Espérons qu’il n’en soit pas ainsi à Ouagadougou ; et que comme en 2013, Moussa Touré rentrera avec un prestigieux prix. En effet, lors de la 23e édition, grâce à ‘’La pirogue’’, il avait gagné l’étalon de bronze. Ce qui ne constitue pas son premier prix. Des succès, Moussa Touré en connaît depuis son premier long-métrage, ‘’toubab bi’’, qui a reçu beaucoup de lauriers.

Ousmane William Mbaye : A la quête d’un second sacre

Il fait partie de l’équipe gagnante de 2013. Grâce à son film ‘’Président’’, il avait reçu le troisième prix de la catégorie documentaire. Il concourt dans la même catégorie à cette présente session du Fespaco avec le film ‘’Kemtiyu, Seex Anta’’. Une production qui reçoit elle aussi depuis quelque temps des prix de grands festivals du monde. Le dernier en date est celui que lui a décerné le ‘’panafricain film’’ de Los Angeles.

Né à Paris en 1952, William est le fils de la première femme journaliste sénégalaise Annette Mbaye D’Erneville, à qui d’ailleurs elle a dédié un film, ‘’Mère bi’’. C’est dire qu’il travaille beaucoup sur des films de mémoire. Car, la création en compétition au Fespaco revient sur les grandes lignes de la vie du parrain de l’université de Dakar, Cheikh Anta Diop. ‘’Portrait de Cheikh Anta Diop, personnage controversé, vénéré par certains et décrié par d’autres, mais largement méconnu. Né en 1923 au Sénégal, cet historien, scientifique et homme politique a consacré sa vie à la mise en valeur de l’Afrique. Ses recherches, notamment sur l’Egypte ancienne, et ses ouvrages ont contribué à donner ou à redonner à l’Afrique conscience historique et dignité’’. Ainsi, est libellé le synopsis de ce film.

Abdou Lahad Wone : ‘’Prophète’’ en Afrique

‘’Nul n’est prophète chez soi’’, dit un adage. Abdou Lahad Wone en est la parfaite illustration. Il a trimé pour financer la première saison de sa série ‘’Tundu Wundu’’. Ce qui avait un peu déteint d’ailleurs sur la qualité de la production. N’empêche, elle était bien meilleure, aussi bien du côté technique que du côté scénario, que beaucoup de séries diffusées à l’époque. Après production, il était difficile pour lui de trouver un diffuseur. Finalement, il s’était entendu avec la télévision Futurs médias pour la diffusion de la première saison et qu’ils partageraient ensemble les recettes publicitaires générées par ‘’Tundu Wundu’’. Et même si la première saison a eu du succès, elle n’a pas su décider les investisseurs locaux.

Le bouquet Canal à travers A+ a sauté sur l’occasion en soutenant Lahad Wone et son équipe. D’ailleurs, c’est cette chaîne qui la diffuse, celles locales n’ayant pas pu réagir à temps pour avoir cette opportunité. Aujourd’hui, Lahad Wone et les acteurs de ‘’Tundu Wundu’’ sont sous les projecteurs. Et le réalisateur considère cette nomination comme une récompense. ‘’Même si on ne gagne pas de prix, on est satisfait’’, a-t-il dit. EnQuête lui souhaite bonne chance.

Fatou Touré : L’élève de Moussa Touré

Elle est l’élève de Moussa Touré et tient beaucoup de lui. Elle le dit souvent d’ailleurs sur un ton fier. Fatou Touré participe pour la première fois au Fespaco. Son film ‘’La promesse’’ qui a gagné le premier prix en septembre dernier, au Clap Ivoire, est sélectionné dans la catégorie ‘’court-métrage’’. Un film qui ne souffre d’aucun défaut au plan technique. Il raconte l’histoire d’un couple qui a bravé bien des tempêtes avant de connaître une certaine stabilité. Seulement, c’est au milieu de cette ambiance de bonheur que l’époux a choisi de prendre une seconde épouse. Ce que sa première femme n’arrive pas à s’expliquer et le considère comme une trahison. Car, monsieur lui avait promis de ne jamais prendre une deuxième femme. La surprise passée et après de chaudes larmes, madame a décidé de prendre son destin en main. Elle se fait belle et décide de sortir, au moment où monsieur arrive. Elle monte dans son taxi sans même un regard à l’endroit de son époux. Une fin qui suggère différentes conclusions.

Fatou Touré est une ex-pensionnaire du Média Centre de Dakar qui commence à tisser sa toile dans le milieu du septième art. Et même si elle est novice dans la compétition, elle peut compter sur l’expérience de son ‘’maître’’ Moussa Touré qui sera à Ouaga comme elle, et sur le soutien de Lahad Wone avec qui elle a eu à travailler.

Ndiaga Fall : le plus jeune des compétiteurs

Ndiaga Fall alias Matamoura en est lui aussi à sa première participation au Fespaco. Mais il pourrait aussi briller. ‘’Dans le bus’’ est sa première production et le film indexe le manque de civisme de certains Sénégalais. ‘’A travers les barrières’’ est le titre de la réalisation qui lui vaut aujourd’hui sa sélection dans la compétition officielle. ‘’C’est l’histoire d’un jeune couple qui voulait se marier et vivre leur amour. Le garçon Modou Thiam décide alors d’aller demander la main de sa copine Awa Ndiaye. Mais à sa grande surprise, les parents de cette dernière refusent de lui donner en mariage leur fille, sous prétexte que le garçon est ‘’casté’’. Pis encore, ils interdisent à Awa de revoir Modou Thiam. Voulant coûte que coûte vivre leur amour, les deux tourtereaux décident de passer à l’acte’’, ainsi se résume le scénario. C’est avec cette histoire, tirée de réalités bien sénégalaises, contée en quelques minutes, que Ndiaga Fall va tenter sa chance dans la catégorie ‘’films des écoles africaines de cinéma’’.

Réalisateur en herbe et en 3e année de formation à Sup’Imax, Matamoura n’est pas intimidé par l’enjeu de la présente session. ‘’Je pense avoir toutes les chances de remporter le prix comme Pape Abdoulaye Seck. Parce que pour moi, si le film est sélectionné, c’est parce qu’il a des chances de sortir premier’’, estime-t-il. Sa foi est inébranlable parce que rien n’était évident dans son projet. A l’entame, afin de le ‘’pousser à bien faire’’, l’un de ses professeurs, Christian Thiam, lui disait qu’il n’était pas capable de faire un film qui pourrait être sélectionné dans un festival. Après réalisation, M. Thiam a changé d’avis et le Fespaco l’a réconforté dans ce choix. Il a poussé son jeune étudiant à déposer sa candidature. Et même si Ndiaga Fall ne gagne pas de prix, cette sélection constitue à ses yeux un encouragement.

BIGUE BOB