Le Sénégal perd l’un des plus éminents gardiens de son patrimoine oral. Babacar Mbaye Ndaak, président fondateur de l’Association des conteurs du Sénégal (Leeboon ci Leer), est décédé dans la nuit du 26 au 27 juillet 2026 à Dakar, selon une annonce faite par Dr Massamba Gueye de Kër Leyti.
Professeur d’histoire et de géographie, conteur, formateur et défenseur infatigable des traditions orales, Babacar Mbaye Ndaak était une référence incontournable dans l’univers des arts du récit. Pendant plusieurs décennies, il a œuvré à la sauvegarde et à la transmission du patrimoine immatériel sénégalais, faisant de la parole un puissant outil d’éducation, de mémoire et de cohésion sociale.
Né à Ngourane, dans l’ancien Kajoor, au sein d’une famille de traditionnistes, il héritait d’une longue lignée de généalogistes. Son grand-père paternel et son père figuraient parmi les grands dépositaires de cette tradition. Il appartenait à la grande famille des griots wolofs, dont les centres historiques sont Ndaat, Mbelgoor et Maareen.
Après une enfance passée entre Ngourane et Dakar, il poursuit ses études à l’école Saint-Pierre-Julien-Eymard, à l’école Fann-Gueule Tapée, au lycée Blaise-Diagne, puis à l’Université de Dakar. Passionné de sport, il s’illustre également comme champion du Sénégal scolaire et universitaire en triple saut et en saut en longueur, avant d’évoluer comme basketteur au Dakar Université Club (DUC).
Très tôt, Babacar Mbaye Ndaak se consacre à l’art du conte, qu’il érige en véritable école de transmission des savoirs.
Avec son association Leeboon ci Leer, il contribue à redonner toute sa place à la tradition orale dans les espaces éducatifs, culturels et artistiques. Il parcourt le Sénégal, l’Afrique et plusieurs pays du monde pour partager sa vision de l’homme, de l’Afrique et de l’oralité auprès des enfants comme des adultes, s’adressant, selon sa propre formule, « à tous ceux en qui il est resté un coin d’enfance ».
Son engagement en faveur de la culture a également marqué les milieux artistiques. Babacar Mbaye Ndaak a formé plusieurs générations de comédiens, de conteurs et de communicateurs. Il a accompagné de nombreux artistes sénégalais dans leur parcours et contribué à révéler de nouveaux talents, laissant une empreinte durable sur la scène culturelle nationale.
Dans un hommage empreint d’émotion, Dr Massamba Gueye a salué la mémoire d’un homme qu’il considérait comme un mentor. « Le Maître de la Parole, dernier des Mohicans, le fils de Ndack vient d’être rappelé à Allah », a-t-il écrit, évoquant la disparition d’un « Jëwriñ, un guide, un grand frère, une boussole et un protecteur ».
Le fondateur de Kër Leyti a prié pour le repos de son âme, souhaitant qu’en ce mois de Safar, Allah lui accorde « Son meilleur paradis ». Il a également présenté ses condoléances à son épouse Marème, à leurs enfants, à El Hadj Dame Mbaye, ainsi qu’à l’ensemble de la famille culturelle du Sénégal, d’Afrique et du monde, en particulier à la communauté des arts oratoires.
Rts.sn
