LA CEINTURE !!!??
Monsieur le Président, vous n’étiez pas élu pour que les gouvernés serrent les ceintures.
Il est des phrases qui finissent par sonner comme une fatalité : « Il faut se serrer la ceinture. »
À chaque tension budgétaire, à chaque difficulté économique, l’appel au sacrifice revient.
Mais une vérité s’impose : un Président n’est pas élu pour organiser l’austérité du peuple. Il est élu pour organiser son relèvement.
Dans une démocratie, l’élection est un mandat d’espérance.
Elle est la promesse d’un mieux, la traduction d’une confiance accordée.
Lorsque les gouvernés sont sommés de supporter davantage de charges, pendant que les sphères du pouvoir semblent épargnées, le contrat moral vacille.
L’effort doit être juste ou il ne sera pas accepté
Oui, la rigueur peut parfois être nécessaire.
Aucun État ne peut ignorer les équilibres financiers. Mais l’essentiel n’est pas seulement budgétaire, il est moral :
Qui porte l’effort ?
Qui assume les conséquences des choix passés ?
Dans un pays où le panier de la ménagère s’alourdit,
Où les jeunes cherchent un emploi digne,
Où les fonctionnaires réclament simplement le respect de leurs droits,
Demander encore plus de sacrifices sans réformes structurelles profondes revient à exiger l’impossible.
On ne peut demander à ceux qui ont déjà peu de donner davantage.
Gouverner, ce n’est pas gérer la pénurie.
Un chef d’État n’est pas élu pour expliquer les contraintes ; il est élu pour les surmonter.
Gouverner, ce n’est pas administrer la rareté, c’est créer les conditions de l’abondance partagée :
Rationaliser les dépenses publiques,
Réduire le train de vie de l’État,
Promouvoir le mérite,
Encourager la production nationale,
Restaurer la confiance.
Serrer les ceintures ne peut être une doctrine.
C’est au mieux une étape transitoire vers un redressement équitable.
Pendant que le peuple attend une lueur d’espoir, une vision claire, des mesures structurantes, il observe aussi autre chose :
Des militants devenus nouveaux privilégiés,
Transformés en intermédiaires de faveurs,
Distribuant des ndogu, suukër koor, financements dindes, parrainages populistes
Et autres « offrandes » politiciennes.
Comme si la dignité citoyenne pouvait se réduire à des gestes ponctuels.
L’espoir ne se distribue pas en « offrandes ».
Une nation ne se construit pas sur la charité politique.
Elle se construit sur des droits, des opportunités et une justice équitable.
Les citoyens n’ont pas besoin d’aumônes partisanes ;
Ils ont besoin d’institutions fortes et d’un État impartial.
Lorsque la politique devient un système de redistribution clientéliste,
L’espérance se fragilise.
Le peuple ne demande pas des miettes ;
Il réclame sa part légitime du progrès national.
Le sacrifice est acceptable lorsqu’il est partagé.
Il devient insupportable lorsqu’il est asymétrique.
Si les dirigeants réduisent réellement leurs privilèges,
Combattent le gaspillage et incarnent la sobriété qu’ils exigent des autres,
Alors l’appel à l’effort national peut trouver un écho.
L’exemplarité avant l’exigence !
Mais sans exemplarité, la rigueur ressemble à une injonction injuste.
Monsieur le Président,
Vous n’étiez pas élu pour que les gouvernés serrent les ceintures
Pendant que d’autres élargissent les leurs.
Vous avez été élu pour transformer l’essai démocratique en progrès tangible.
L’histoire ne retient pas ceux qui administrent la privation.
Elle retient ceux qui restaurent la dignité collective.
Le peuple n’attend pas des « offrandes » politiciens
Il attend un cap, une justice réelle
Et un développement qui ne soit pas réservé à quelques-uns.
Car gouverner, c’est rendre l’espoir structurel, pas circonstanciel.
Soreu Malick Diop, citoyen engagé pour le Sénégal
