Dakarmidi – Il y a des parcours qui résistent aux vents contraires de la politique sénégalaise. Celui d’Aïssata Tall Sall en fait partie. De Podor, sa ville natale, aux ors de la diplomatie, la trajectoire de cette avocate de formation force le respect, non par la facilité, mais par la constance.
Ministre de la Communication et porte-parole sous Abdou Diouf entre 1998 et 2000, elle devient plus de vingt ans plus tard la première femme à diriger les Affaires étrangères du Sénégal. Entre-temps, elle aura été maire de Podor de 2009 à 2022, députée à l’Assemblée nationale, puis Garde des Sceaux. Des fonctions qu’elle a exercées avec une parole directe, parfois tranchante, qui lui vaudra le surnom de « Lionne du Fouta ».
Car Aïssata Tall Sall n’a jamais cultivé l’art de l’esquive. Socialiste revendiquée, elle a préféré l’affrontement des idées à la transhumance politique. Elle imprime sa marque : celle d’une femme qui assume ses ambitions dans un espace encore largement masculin.
Aujourd’hui députée, elle reste une voix qui compte. Son parcours rappelle qu’en politique, la longévité ne tient pas qu’aux alliances du moment. Elle tient aussi à une forme de fidélité à soi, à ses convictions, à son territoire. Podor n’est jamais loin, même quand on parle au nom du Sénégal devant le monde.
Dialecticienne et rhétoricienne émérite, elle illumine sa trajectoire de vie par son incandescence intellectuelle, sa sagacité, son humanisme de bon aloi, son patriotisme éclairé et son devoir bien accompli.
Au-delà des titres et des fonctions, Aïssata Tall Sall incarne cette rare alchimie entre l’exigence du droit et le souffle de l’engagement. Dans une époque friande de postures, elle rappelle que la politique peut encore être un sacerdoce quand elle est portée par la rigueur, la fidélité et le courage de dire.
Son sillage n’appartient déjà plus à Podor seulement. Il trace, pour les générations qui viennent, l’idée qu’on peut être enracinée et universelle, ferme et humaine, puissante et digne. C’est cela, peut-être, la marque des grandes figures : partir un jour, mais laisser une lumière qui continue d’éclairer le chemin.
Je garde en mémoire le souvenir de son défunt père, un ami sincère et loyal, généreux et résilient qui a légué à sa postérité les plus belles leçons de vie et de solidarité agissante.
Pensées affectueuses très chère Maître et bonne continuation.
Doyen Majib Sène
