Dakarmidi – Le football sénégalais, à l’heure actuelle, se trouve dans des zones de turbulences qui semblent s’amplifier dangereusement depuis notre piètre participation à la coupe du monde de football 2026. Une organisation calamiteuse, des dirigeants qui se crêpent les chignons, une folle intendance et beaucoup d’autres anomalies organisationnelles qui nous font, aujourd’hui, regretter Augustin Senghor, ancien président de la fédération sénégalaise de football.
Sous son mandat, la maison avait ses défauts, mais elle tenait debout. Les lignes bougeaient peu, les décisions se prenaient sans tambour ni trompette, et l’équipe nationale avait au moins la décence d’arriver à une compétition avec un bus, un programme et un état d’esprit. On pouvait critiquer le manque d’audace, on ne pouvait pas accuser le vide.
Aujourd’hui, le vide a pris toute la place. La qualification pour le Mondial 2026 devait être une fête. Elle ressemble à un enterrement. Entre les retards de primes, les conflits d’égo au comité exécutif et une communication qui vire au silence radio dès que ça chauffe, la FSF donne l’impression d’un navire sans capitaine. Les clubs crient à l’abandon, les centres de formation réclament des moyens, et les supporters, eux, regardent ailleurs.
Le paradoxe est cruel. L’ère Senghor était taxée de conservatisme. On lui reprochait de gérer le football comme une administration. Mais cette administration-là livrait des CAN, une qualification régulière en Coupe du monde, et une image de stabilité qui rassurait sponsors et partenaires.
Aujourd’hui, on a voulu du changement, du sang neuf, de la rupture. On a eu la cacophonie. On a voulu accélérer, on a freiné partout. On a voulu moderniser, on a perdu les fondamentaux : rigueur, anticipation, respect des acteurs.
Regretter Senghor n’est pas encenser le passé. C’est constater que, dans le désordre actuel, son style, même pesant, fait figure de repère. Et tant que la fédération continuera de régler ses comptes en public pendant que le football, lui, meurt à petit feu dans les stades vides de Dakar et des régions, la question reviendra : à quoi bon tourner la page si c’est pour écrire plus mal ?
Au fond, le débat n’est pas de ressusciter un homme, mais de retrouver une méthode. Le football sénégalais n’a pas besoin de nostalgie, il a besoin de cap. Tant que les querelles de personnes primeront sur l’intérêt du jeu, tant que l’improvisation remplacera la planification, chaque échec viendra raviver le souvenir d’une époque jugée moins brillante mais plus solide. Regretter Augustin Senghor ou pas importe peu. Ce qui presse, c’est de bâtir une gouvernance à la hauteur des ambitions d’un pays de football, avant que les turbulences d’aujourd’hui ne deviennent le naufrage de demain.
Doyen Majib Sène
