Dakarmidi – Il fait partie intégrante des anciens footballeurs qui ont, sur les fonts baptismaux, porté le rayonnement du football sénégalais. Technicien de charme avec un coffre physique inépuisable, il évoluait sur le terrain comme un prestidigitateur capable, dans toutes les positions, de dompter la balle, de l’apprivoiser pour en devenir le maître incontesté.
Je l’ai vu jouer plusieurs fois en équipe nationale avec son allant et son alacrité, haranguer ses coéquipiers en bon capitaine sans se départir de ce sourire scotché au coin des lèvres, même dans les moments où il traversait des zones de turbulences.
Et que dire de son intelligence de jeu. Une seconde d’avance sur tout le monde. Il lisait les espaces comme d’autres lisent une partition. D’un crochet, il effaçait un pressing. D’une passe, il ouvrait des autoroutes là où il n’y avait que des murs. Il ne forçait jamais, il convainquait. Le ballon lui obéissait parce qu’il le respectait.
Au-delà du talent, c’est l’homme qu’on retient. Droit, généreux, fidèle aux couleurs. Il jouait pour le maillot, pour le peuple dans les gradins, pour les gamins des rues de Dakar qui refaisaient ses gestes pieds nus sur la terre battue. Il a tracé la voie. Il a montré qu’on pouvait allier élégance et combat, grinta et fair-play.
Marié au football pour l’éternité, il dirige aujourd’hui une académie de football née de son club de cœur, le Jaraaf de Dakar, là où il a écrit les plus belles pages de son aventure.
C’est tout un symbole. Revenir au berceau, non pas pour se reposer sur ses lauriers, mais pour transmettre. Sur les mêmes pelouses où il a appris à dribbler la vie, il apprend maintenant aux jeunes à dompter leurs rêves. Avec la même exigence, la même patience, le même sourire qui désarme.
En formateur, Amadou Diop retrouve son métier de meneur. Sauf que cette fois, il mène des générations. Il leur enseigne le geste juste, la tête levée, le respect du ballon et des autres. Il leur inculque ce supplément d’âme qui fait qu’un joueur du Jaraaf ne triche pas avec le maillot.
Tout présage qu’il réussira dans cette mission. Parce que transmettre, pour lui, c’est une seconde nature. Et parce que le football sénégalais a besoin de repères, d’hommes qui ont connu les sommets et qui acceptent de redescendre pour tirer les autres vers le haut.
Ainsi, l’histoire boucle la boucle. Le boy bandit d’hier devient le maître d’aujourd’hui. Et demain, à travers les enfants qu’il façonne, le nom d’Amadou Diop continuera de faire vibrer le Jaraaf, Dakar, et tout le Sénégal.
Doyen Majib Sène
