« Le paradis des riches est fait de l’enfer des pauvres. » Cette phrase de Victor Hugo semble aujourd’hui résonner avec une force particulière dans de nombreuses sociétés africaines, notamment au Sénégal.
Pendant qu’une partie du peuple lutte chaque jour pour survivre, une autre vit dans un confort financé par les ressources publiques. Les travailleurs qui portent réellement le pays (ouvriers, enseignants, infirmiers, forces de défense et de sécurité, chauffeurs, commerçants, techniciens, agriculteurs, etc…) affrontent des difficultés permanentes : loyers élevés, transport coûteux, soins de santé difficiles d’accès, factures d’eau et d’électricité étouffantes, chômage des jeunes et pouvoir d’achat en chute.
Dans le même temps, les hautes sphères de l’État donnent souvent l’image d’un univers séparé du vécu populaire : fonds spéciaux, véhicules luxueux, bureaux prestigieux, avantages multiples, résidences coûteuses et salaires de plusieurs millions.
Ce contraste nourrit un profond sentiment d’injustice sociale.
Le problème n’est pas seulement l’existence de privilèges institutionnels. Le vrai problème apparaît lorsque les sacrifices demandés au peuple ne semblent pas être partagés par ceux qui dirigent. Une nation ne peut durablement appeler ses citoyens à l’effort pendant que ses élites donnent l’impression d’échapper à cette même rigueur.
Le Sénégal ne manque ni de compétences ni de courage. Ceux qui tiennent l’économie réelle du pays travaillent déjà énormément. Ce qui manque souvent, c’est une gouvernance capable d’incarner la sobriété, l’exemplarité et la justice sociale.
Un État fort ne se mesure pas au luxe de ses dirigeants, mais à la sécurité sociale de ses citoyens. La grandeur d’une République se voit dans la dignité accordée aux travailleurs modestes, dans la qualité des écoles publiques, des hôpitaux, des transports et dans la capacité des familles à vivre décemment de leur travail.
Quand les écarts deviennent excessifs, la confiance entre le peuple et ses dirigeants s’effrite. Et lorsqu’un peuple commence à penser que ceux qui le gouvernent vivent dans un autre monde, c’est la cohésion nationale elle-même qui se fragilise.
Le véritable patriotisme ne consiste pas seulement à prononcer de grands discours sur la souveraineté ou le développement. Il consiste aussi à construire un système plus juste, où les ressources publiques servent d’abord à améliorer la vie de ceux qui portent le pays au quotidien.
Car aucun peuple ne peut accepter éternellement que les sacrifices soient collectifs… pendant que les privilèges restent réservés à quelques-uns.
Soreu Malick Diop, citoyen engagé pour le Sénégal
