ALERTE A NDOUMBÉLANE : LES DRAGONS ARRIVENT ! (Par Alassane Khodia Kitane)

Dakarmidi- Le malheur ne vient jamais seul dit l’adage : en plus d’une crise financière très grave et d’une vie de plus en plus hostile à l’épanouissement des populations, on a désormais à faire face, à Ndoumbélane, au DRAGON. Heureusement que la fantaisie n’a pas de limite, sinon la réalité allait nous tuer plusieurs fois. Il faut dire que vivre à Ndoumbélane est aujourd’hui presque une propédeutique à l’enfer. Les stars sont les seules à bien vivre sous les cieux désolés de cet étrange pays : il faut donc devenir star à tout prix. Pourquoi rester dans l’anonymat si la bêtise permet d’être célébre ? Cette prouesse dont tout le monde est capable a plus de droit dans notre cité que l’intelligence. L’« anarchie mentale » est toujours source de créations fantomatiques aussi bien dans l’esprit que dans la réalité sociale. L’anarchie dans les rues de Ndoumbélane et dans les relations sociales n’est que le pendant de l’anarchie mentale de ses habitants. Et voilà que cette façon de vivre produit un voyeur de dragon !

Tandis que Baudelaire, raillant les réalistes, disait que « la nature est laide » et qu’il préfère les « monstres » de sa « fantaisie » à la « trivialité positive », nous avons à Ndoumbélane un certain Vilain-de-laire qui dissout la réalité non pour lui substituer de beaux monstres, mais par un épouvantable dragon. Dragon d’autant plus épouvantable qu’il n’existe que dans la fantaisie de cet artiste en perdition dont la maxime est une parodie de Baudelaire « la nature est laide et je préfère le dragon de ma fantaisie à la réalité effective ». On est tous des fous à Ndoumbélane, la raison nous a boudé depuis fort longtemps.

Après l’arachide, le phosphate, le zircon, le pétrole, le diamant, le fer, et bien sûr la langue bien pendue, Ndoumbélane a maintenant un dragon. Il est là, non là-bas… afin… je ne sais pas, mais il doit forcément être quelque part puisque quelqu’un l’a vu de ses propres yeux (intérieurs quand même !). Mais il l’a vu et c’est l’essentiel. CEY NIUN ! De toute façon ce pays est un paradis de voyeurs et de « vision-neurs » : nous sommes devenus une société de vision-mania. Il ne se passe plus un seul jour sans qu’un quidam vienne nous raconter ses visions fantasmagoriques. Saviez-vous qu’il y a plus d’apparitions de saints dans ce pays que dans toute la planète et pour toute l’histoire de l’humanité ? Des visions tout le monde en a dans ce pays où les « Saltigué » ont fait des émules jusque parmi les gouvernants…

Peut-être que notre brave gars a été dragonné par la police de Ndoumbélane et que les séquelles de sa mésaventure le déterminent à confondre dragon de police et dragon de la mythologie. Mais apparemment le problème est loin d’être un phénomène isolé : Ndoumbélane est probablement encore dans l’état théologique (Auguste Comte). Selon la loi des trois états de Comte, l’esprit humain passe de l’état théologique (recherche de l’essence des choses en se référant au surnaturel) à l’état positif (l’avènement de l’esprit scientifique) en passant pas l’état métaphysique (le siècle des Lumières avec ses abstractions universalistes telles que le contrat social, le droit naturel, etc.).

Le moins que l’on puisse dire, à la lumière de cette théorie de Comte, c’est que notre Ndoumbélane n’est pas concerné par cette évolution de l’esprit : on est resté confiné dans notre état théologique. Chacun de ces états de l’esprit correspond à une situation sociale. Comte parle justement d’« anarchie mentale » (pour les deux états précédents) dont le corrélat est l’« anarchie sociale » (caractérisée par la conviction que le surnaturel gouverne tout, principalement les évènements de la vie sociale). L’ignorance des masses, la paresse intellectuelle et la corruption des élites, favorisent cette anarchie sociale qui encourage et entretient le fatalisme. L’homme de Ndoumbélane refuse de prendre son destin en main, il compense l’épaisseur de son ignorance par l’affabulation, la fantaisie.

C’est quoi ce pays où tout le monde voit des anges tous les jours ? On dirait que dans leurs pérégrinations à travers les cieux, les anges sont forcés de faire escale chez nous. Qui sait ? Peut-être que comme nous les humains dans notre conquête de l’espace, ils ont leur propre station spatiale intersidérale chez nous. Peut-être aussi que les dragons, comme les monstres, ont toujours existé, mais pas là où nous les croyons : ils sont en nous. Chacun a son monstre et veut qu’on l’exorcise pour qu’il soit en paix avec lui-même.

Pendant ce temps, devinez ce qui se passe à Ndoumbélane ! La DÉLÉGATION à L’ENRICHISSEMENT RETORS aurait financé de mauvais payeurs. Ne croyez surtout pas que cette nouvelle qui alimente la presse de Ndoumbélane depuis une semaine est une information. Que nenni : il s’agit plutôt de communication politique ! Si vous gobez cette pseudo information, vous avez avalisé un vol, vous avez passé au compte de pertes et profits une escroquerie politico-financière sans précédent. On cherche à faire passer ce crime auprès de l’opinion comme la conséquence d’un amateurisme dans la politique de financement de l’État. Pensez-vous qu’un pays comme le Sénégal, avec toute sa tradition de financement des jeunes depuis Diouf, puisse à ce point manquer d’ingénierie dans les stratégies et les études de projets bancables ?

Au meilleur des cas, il s’agit d’un marché de dupes tacite entre des jeunes dépités, prêts à brûler les rues et un État en faillite dans la prise en charge de la demande sociale. Les deux parties savaient implicitement qu’on n’enverrait personne en prison s’il déclarait avoir fait faillite dans son entreprise. Au pire des cas, il s’agit d’une stratégie de blanchiment des folies de campagne électorale. Inventer une monstruosité pareille à quelques encablures des élections, ce n’est autre chose qu’une gigantesque entreprise d’achat de consciences. Cette information n’est donc pas une information, c’est une communication politique destinée à faire accepter une fatalité provoquée et bien organisée.

La politique est le seul métier où c’est la triche qui détermine les lauréats : ce n’est donc pas un hasard si les plus grands tricheurs à l’école deviennent très souvent les plus grands politiciens. Ces tricheurs au pouvoir à Ndoumbélane sont la seule barrière entre le rêve d’un Ndoumbélane prospère et la réalité.

Le Casse-pieds de Ndoumbélane