Politique Front social, Economie, gouvernance… : Macky pris dans une tempête

Les tenants du pouvoir se seraient sans doute passés d’une parenthèse aussi difficile. Depuis quelques semaines, Macky Sall et son gouvernement sont au milieu d’une marmite qui bout à cent degrés.

Le régime de Macky Sall traverse actuellement une parenthèse difficile. L’Apr et ses alliés sont acculés de toutes parts sur différents dossiers brulants sur lesquels l’Etat a du mal à convaincre. Depuis décembre déjà, le climat social est assez tendu du fait de l’augmentation jugée injustifiée du prix de l’électricité.

Les citoyens pensent que les tenants du pouvoir ont menti pour avoir annoncé une hausse en fin 2019, alors que la promesse était d’aller vers une baisse en début 2020. Ainsi, de nombreux intervenants au débat public affirment que le régime veut faire payer aux consommateurs ses dépenses excessives durant la campagne électorale.

Depuis lors, le collectif Noo lank maintient la pression sur le gouvernement. Une pression d’autant plus permanente que l’un des membres les plus éminents, Guy Marius Sagna, est arrêté et maintenu en prison depuis le 29 novembre, date à laquelle il s’est accroché aux grilles du palais de la République. Depuis lors, les différentes demandes de mise en liberté provisoire ont été rejetées, alors que ses co-détenus ont tous été libérés. Même si, par ce geste, le pouvoir isole un gros morceau de la lutte, il n’en demeure pas moins que cette stratégie a son côté pervers en ce sens qu’il fédère les autres forces.

Cette hausse du prix de l’électricité est d’ailleurs assez symptomatique des difficultés financières que connait le gouvernement. C’est désormais un secret de polichinelle que l’Etat n’arrive plus à faire face à ses dépenses. Les hausses successifs des produits comme le carburant, le riz, l’huile et le lait en sont une parfaite illustration. 2019 était déjà une année asociale et 2020 s’inscrit dans la même dynamique de hausse généralisée des prix.

A l’image des consommateurs, les entreprises aussi sont dans la galère. Pendant que le Btp pleure une ardoise assez salée d’arriérés de paiement, Oumar Faye de Leeral Askan-wi dénonce « un pompage financier sans raison et à haut débit (des) comptes bancaires » des entreprises.

Montée de tension dans l’Education et la Justice

Dans le secteur de l’éducation, le G7, regroupant les syndicats les plus représentatifs, commence à multiplier les mouvements pour exiger le respect des accords. Le G20 qui réunit les syndicats les moins représentatifs est lui aussi dans une logique de combat. Et la concurrence entre les deux entités ne fera que rajouter à la surenchère.

Au même moment, les acteurs de la justice s’apprêtent à déterrer la hache de guerre. Le Sutjust qui a déposé un préavis de grève exige « la mise en œuvre définitive du protocole d’accord du 17 octobre 2018 ».

Et c’est dans ce contexte que les rapports de la Cour des comptes sont venus éclabousser davantage les tenants du régime. Après presque 5 ans sans rapport, la Cour des comptes, longtemps sous le feu des critiques, a enfin publié les résultats de ses travaux.

Et le moins que l’on puisse dire est que la mal gouvernance du régime de Macky Sall est encore mise à nu. Aser, Cices, Ofor, Ipres, Sirn, Anamo, Asepex…, la prévarication des ressources a été relevée dans toutes les institutions contrôlées.

Campagne de banalisation des rapports

Mis à rude épreuve, le régime a initié une campagne de banalisation des rapports et des institutions de contrôle et même de diabolisation de ceux qui les incarnent. Le Chef de l’Etat a été le premier à dénoncer, le 3 février dernier, les appréciations faites sur les rapports de la Cour des comptes.

Pour Macky Sall, le travail des corps de contrôle n’a pas pour autre objectif que de souligner des manquements sur les procédures, notamment le respect du code des marchés publics, avec des corrections, grâce aux recommandations. Rien de plus !

« Voilà la bonne lecture qu’il faut en faire, c’est moins ceux qui s’épanchent dans la presse comme ça. (…) Il est très important qu’on remette dans son contexte le sens des rapports de la Cour des comptes, de l’Ige… », fulmine Macky Sall.

Me Oumar Youm, son ancien chef de cabinet devenu ministre des Transports, va lui emboiter le pas dans cette entreprise de banalisation. « C’est de simples rapports qui préservent la présomption d’innocence. Il n’y a que la justice qui peut dire qui est responsable et qui ne l’est pas », déclare celui qui a été le premier à critiquer Nafy Ngom Keïta pour le rapport 2014 de l’Ofnac.

La gifle de Philippe Lalliot

Et pour boucler le tout, l’ancien Premier ministre Mahammed Dionne, décidé à défendre Cheikh Oumar Hann, a déversé sa bille sur l’ancienne présidente de l’Ofnac, Nafi Ngom Keïta.

« Il y a de faux sains et des fausses saintes à qui on donnerait la terre entière alors qu’ils ne font que tromper le peuple», déclare Dionne qui qualifie le rapport de ‘’fromage d’hollande’’, avec ‘’plus de trous que de gruyère’’.

Non comptant de s’attaquer à madame Keïta, le secrétaire général de la présidence dénie à l’un des experts de l’Ofnac, Pape Ibra Kébé, sa nationalité sénégalaise et le qualifie de ‘’toubab’’.

« Le chef de mission de vérification de ce rapport est un Français. Il est rentré. Il a démissionné. Je ne sais pas, d’ailleurs, qui l’a fait venir et pourquoi. En tout cas, il a fait le rapport et il est parti nous laissant ici ce bruit qui ne mérite pas qu’on s’y attarde », charge Dionne.

Reste à savoir si les ‘’répondeurs automatiques’’ de l’Apr auront la même verve pour répondre à l’ambassadeur français à Dakar. Invité du Grand Jury de la Rfm, ce dimanche 9 février, Phillipe Lalliot a contredit le pouvoir qui avait annoncé le démarrage du Train express régional en avril.

« Je ne pense pas qu’il puisse y avoir une mise en service commercial du Ter en avril. C’est en tout cas, ce que me disent les entreprises françaises. Il va y avoir un laps de temps pendant lequel il va falloir tester le train », déclare Philippe Lalliot.

Pour le moment, c’est presque silence radio. Or, cette sortie vient fragiliser davantage la parole déjà éprouvée de l’autorité par la question du 3è mandat. En plus, elle met de l’eau dans le moulin de ceux qui dénoncent la mainmise française sur l’économie sénégalaise.

« Si le fils du président Macky Sall était parmi nous… »

Et pendant que le régime se débat au milieu de tous ces fronts, voilà que le coronavirus vient corser l’addition. Face à la maladie très mortelle, des étudiants sénégalais en Chine ont demandé à être rapatriés à l’image de leurs camarades du Maroc, de la Tunisie, de l’Algérie et de la Mauritanie voisine.

Mais la réponse du locataire du palais va anéantir leur espoir d’un seul trait. «Leur rapatriement requiert et demande une logistique tout à fait hors de portée du Sénégal », tranche Macky Sall.

Depuis lors, les critiques fusent de partout, à commencer par les étudiants bloqués en Wuhan et laissés à eux-mêmes. « Si le fils de Aly Ngouille Ndiaye ou celui du président Macky Sall était parmi nous, l’État allait affréter un charter pour venir les chercher ici. Mais nous, nous sommes des fils de pauvres, nous les ‘’domu badolo’’, c’est pourquoi ils ne lèvent pas le plus petit doigt », s’insurge l’un d’eux sur Dakaractu.

La fin du triomphalisme

D’ailleurs, les arguments de Macky Sall sont rapidement battus en brèche par des acteurs de la société civile. « Aucun argument technique, politique ou diplomatique ne saurait justifier ou légitimer le refus du Président de la République d’organiser le rapatriement des jeunes Sénégalais pris au piège du coronavirus à Wuhan », déclare Cheikh Tidiane Dièye.

Moundiaye Cissé, lui, regrette surtout la communication jugée désastreuse du chef de l’Etat. « Parfois, le président de la République parle comme s’il était un Sénégalais lambda. (…) Il doit considérer les Sénégalais comme ses propres fils et d’égale dignité. La communication devait d’abord commencer par les rassurer », soutient Moundiaye Cissé de l’Ong 3D. Quant à Birahim Seck, il se demande si le non rapatriement relève d’un manque de moyen ou plutôt d’un déficit de volonté.

Quoi qu’il en soit, le régime est aujourd’hui plongé dans une zone de forte turbulence qui n’épargne presque aucun secteur. On est loin du triomphalisme noté en début 2019, aux premières heures de la victoire à la présidentielle.

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