Mali, un coup d’Etat citoyen…

Hier le président Ibrahim Boubacar Keïta (2013-2020) était tout ; aujourd’hui, il n’est plus rien. En effet, le huitième chef d’État malien a eu faiblesse de croire que la légalité constitutionnelle suffisait. Il en savait bien peu, fort peu, trop peu sur la capacité d’indignation de son peuple. Par conséquent, il dormait confortablement dans l’illusion du pouvoir ; or la réalité du pouvoir était entre d’autres mains religieuses et citoyennes à la fois.

Avant ce 18 août 2020, un autre président, Blaise Compaoré avait ouvert l’outre aux vents en octobre 2014. Après 27 ans de pouvoir le « Bismarck du Sahel » était « chassé » du pouvoir, en moins de 48 heures.
Comment en est-on arrivé là ?
Mais parce que, de plus en plus, des millions de jeunes Africains, rongés par une révolte saine, revendiquent bruyamment la démocratie, la vraie, celle qui est basée sur la franche amélioration du quotidien, la stricte égalité des chances, la juste gouvernance et la bonne redistribution des richesses.

Cette profonde mutation commence à faire courir un nouveau frisson démocratique que nous nommerons « le coup d’Etat citoyen ».
Une rapide comptabilité ne sera pas de trop.
Au départ était le coup d’Etat militaire : une trentaine en 1970 ; une vingtaine en 1980 ; une quinzaine en 1990, une dizaine en 2010 ; un en 2014, et enfin un dernier en 2020. Encore que l’année n’est pas finie. Suivez notre regard dans l’espace CEDEAO ?
Aujourd’hui, nous vivons dans le cycle tumultueux des révolutions démocratiques avec son p’tit manuel du coup d’Etat citoyen qui est, au fond, d’une simplicité bouleversante.
Comme en Tunisie, en Égypte, en Ukraine, au Burkina Faso, le président élu, Ibrahim Boubacar Keïta, (IBK) est « chassé » par des manifestations populaires. Une bonne partie du peuple – les mains nues – investit les places fortes, s’érige en bouclier de la démocratie.

Puis l’étau se resserre autour du chef qui est, à la fin, exfiltré.
Avant « la tentation Compaoré et IBK», la plupart des élus étaient dans un état d’ébriété électorale, habitaient au-dessus d’eux-mêmes et couverts d’une légalité factice. Or cette démocratie en trompe-l’œil est faite de tripatouillages et de bidouillages : voilà la tragique erreur démocratique commise par IBK et sa coterie.
En 2020 et même après, l’urne ne sera plus une garantie contre les accidents démocratiques. A la vérité, les dirigeants africains seront condamnés à prévoir… l’imprévu démocratique. La légalité démocratique ne compensera jamais la légitimité démocratique.

Dr Cheikh DIALLO
Docteur en Sciences Politiques
Expert en Communication
Directeur de l’Ecole d’Art Oratoire et de Leadership