Décès en garde à vue : la longue liste des bavures policières

Que les forces de sécurité se le tiennent pour dit, désormais aucune bavure policière ne restera impunie. Le ministre de l’Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye, a donné cette assurance lors de la cérémonie de sortie de la 44ème promotion de l’Ecole nationale de la Police et de la formation permanente qu’il a présidée hier, mardi 31 juillet, dans l’enceinte de l’établissement à Dakar. Cette déclaration intervient à un moment où des cas de bavures policières occupent les devants de l’actualité. Et l’une des dernières en date remonte à moins de deux semaines.  En effet, le 19 juillet dernier, les médias ont annoncé la mort, en garde à vue, du jeune Saliou Sarr alias Pape au Commissariat de Police de Thiaroye. Âgé d’une trentaine d’années, Pape a perdu la vie à l’hôpital Principal Dakar après une altercation avec la Police de Thiaroye. Si au niveau de la Police les agents refusent tout commentaire, la famille de la victime accuse le Force de l’ordre de maltraitances à l’origine de ce décès.

Selon les proches du défunt qui «qui élevait quatre moutons», c’est une affaire de vol de bétail qui est l’origine de tout. «C’est suite à la plainte d’une dame qui a perdu ses moutons dans le quartier, que les policiers ont fait une descente avant de procéder à l’arrestation de Saliou… Après avoir été torturé, il sera conduit au Commissariat avec ses quatre moutons et un de ses amis», soutiennent-ils. Du côté de la Police, la commissaire de Thiaroye, interpellée alors sur cette affaire, a déclaré: «je ne fais que suivre les consignes. Il y a trop de commentaires sur le décès du jeune homme. La structure habilitée à communiquer reviendra sur les faits».

En attendant d’y voir plus claire, l’Observateur national des lieux de privation de liberté (ONLPL), Mme Josette Marceline Lopez-Ndiaye, a ouvert une enquête dont les rapports seront mis à la disposition du procureur de la République. Auparavant, un mois plus tôt, la Police a encore fait parler d’elle dans un cas similaire. Suite à son arrestation musclée à son domicile à la Médina, le mardi 19 juin dernier, pour recèle présumé, le commerçant Madou Diop, alias Seck Ndiaye, âgé de 42 ans, a trouvé la mort à l’hôpital Principale de Dakar où il a été admis directement après qu’il a signalé, dans la voiture de police qui le transportait, suite à son interpellation, des difficultés à respirer, selon la Police. Une thèse qu’a réfuté sa famille, insistant que Seck Ndiaye a trouvé la mort au Commissariat central suite à des tortures qui lui ont été infligées.

A en croire le rapport d’autopsie du médecin légiste, Modou Diop est décédé suite à des «traumatismes multiples notés au niveau de son crâne, associés à de multiples lésions de contusions cutanomusculaires et d’hémorragie interne à la suite d’objet contondant». Et la Police qui n’est pas près à endosser cette responsabilité a reconnu qu’il y a eu échanges de coups entre ses éléments et la victime. Non sans préciser que lors de son arrestation, le commerçant, de «forte corpulence», «rompu aux techniques de combat», aurait opposé une farouche résistance et «brandi une arme à feu». Et d’ajouter que les policiers ont dû s’y employer à plusieurs reprises, avec force, pour maîtriser Seck Ndiaye, soulignant qu’au cours de la bagarre, ce dernier a cogné les escaliers. D’où le traumatisme crânien relevé par l’autopsie du défunt.

Le procureur de la République, Serigne Bassirou Gueye, s’est autosaisi de l’affaire, suite au tollé qu’elle a suscité. Quid des décès, par «suicide» à l’aide d’un drap, selon la version de la Police, d’Elimane Touré, 42 ans, démarcheur au Port autonome de Dakar, survenus le dimanche 19 février 2017, dans les locaux de garde à vue du Commissariat Spécial du Port et d’Amadou Dame Ka, dans la nuit du lundi 5 au mardi 6 février 2015, au Commissariat central de Thiès où il était placé en garde à vue ? La liste est loin d’être exhaustive.

SudQuotidien