Facebook, une machine qui « déchire le tissu social » ?

Dakarmidi – De plus en plus d’ex-collaborateurs de Facebook dénoncent son impact sanitaire et social sur ses 2 milliards d’utilisateurs. Simple stratégie ou réelle volonté de changer ? La direction a réagi mardi dans une déclaration rare.

C’est une prise de parole inhabituelle pour Mark Zuckerberg. Après les déclarations de Chamath Palihapitiya, Sean Parker ou encore Roger McNamee, vent debout contre les méfaits sociopsychologiques de Facebook, le jeune PDG et la direction du groupe se sont départis de leur discrétion légendaire, pour répondre à leurs détracteurs, mardi 12 décembre.

« Chamath n’est plus chez Facebook depuis plus de six ans. (…) En grandissant, nous avons réalisé à quel point nos responsabilités avaient grandi également. Nous prenons notre rôle très au sérieux et nous travaillons dur pour nous améliorer », justifie Mark Zuckerberg, affirmant que son entreprise avait collaboré avec des experts et des universitaires pour comprendre les effets du réseau social « sur le bien-être ».

Dans un communiqué, la firme assure qu’elle « [fait] également des investissements conséquents en ressources humaines, technologies et processus, et – comme Mark Zuckerberg l’a dit dernièrement –, nous sommes prêts à réduire notre profitabilité pour être sûrs que les bons investissements seront faits ».

Facebook « détruit la façon dont la société fonctionne »

Puis il y a un mois, le sulfureux Sean Parker assène à son tour un véritable coup de massue en résumant le mandat de Facebook à « l’exploitation de la vulnérabilité de l’humain et sa psychologie”. Et de confier sans retenue : « Dieu seul sait quel impact [Facebook] peut avoir sur les cerveaux de nos enfants ».

Pour l’heure, Facebook, fidèle à sa stratégie usuelle de communication, avait préféré la discrétion, laissant ses (nombreux) détracteurs déblatérer. Jusqu’à la sortie de trop : celle de Chamath Palihapitiya le 13 novembre, lors d’une intervention filmée à la Stanford Graduate school of business. « Les boucles de réaction à court terme, dopaminergiques, que nous avons créées [notamment avec le bouton ‘j’aime’] sont en train de détruire la façon dont la société fonctionne », a-t-il lâché, avouant qu’il ressentait une « énorme culpabilité » d’avoir contribué à la création d’une machine qui « déchire le tissu social » plutôt que de le fédérer.

Chamath Palihapitiya, qui a quitté l’entreprise en 2011, est même allé jusqu’à encourager les internautes à abandonner Facebook, lui-même ayant renoncé aux réseaux sociaux car il refuse, dit-il, d’être « programmé » et souhaite conserver son « indépendance intellectuelle ».