Texte liminaire de la Conférence de presse du Collectif des Animateurs Polyvalents des cases des tout petits : le préscolaire public en jeu

Dakarmidi – Après onze (11) jours passés à Dakar, cinq (05) arrestations, trois (03) tentatives vaines de rencontrer la directrice de l’agence nationale de la petite enfance et des cases des tout petits et une (01) sortie médiatique de cette dernière, nous, animateurs polyvalents des cases des tout petits avons le devoir de nous adresser à l’opinion publique pour informer, expliquer notre lutte et solliciter la solidarité de tous les démocrates.

SUR LA FORME

Une cinquantaine d’animateurs polyvalents des cases des tout petits sont à Dakar depuis le 12 mai 2018. Nous sommes allés à deux reprises (les matins du 14 et 15 mai) au siège de l’agence nationale de la petite enfance et de la case des tout petits. Nous y sommes même allés une troisième fois et y avons passé la nuit de 21 heures à 10 heures (la nuit du 15 au 16 mai). A aucun de ces trois moments nous n’avons rencontré madame la directrice de l’agence nationale de la petite enfance. Voilà 11 jours que nous sommes à Dakar, en provenance de Salémata (85 kilomètres de Kédougou), de Tambacounda, de Sédhiou, de Kolda, de Bignona, de Mbour…et que nous n’avons pas rencontré notre directrice qui ne semble pas avoir du temps pour nous rencontrer mais qui a le temps de désinformer le peuple sénégalais sur la situation scandaleuse des animateurs polyvalents que nous sommes, nos revendications et notre lutte.
Contrairement à ce que dit la directrice, nous n’avons pas débarqué brusquement à l’agence. Nous sommes venus comme nos autres collègues qui se sont battus avant nous pour être envoyés en formation. Nous sommes venus à Dakar comme nos autres collègues qui se sont battus pour percevoir leur salaire une fois leur formation effectuée.
Nous n’avons pas débarqué brusquement comme le dit la directrice car nous lui avons adressé une demande de rencontre datant du 09 mai 2018. Demande de rencontre restée sans réponse.
Enfin, quand la directrice allait-elle prendre l’initiative de nous contacter pour abréger notre souffrance ?

SUR LE FONDS

1-Qui sont les animateurs polyvalents des cases des tout petits ?
Les animateurs polyvalents des cases des tout petits sont des enseignants qui travaillent dans le préscolaire public. Tout ce que font les autres enseignants, les animateurs polyvalents des cases des tout petits le font. Nous tenons des classes, faisons des fiches journalières, assistons aux cellules pédagogiques, remplissons les rapports de rentrée et de fin d’année, nous demandons des permissions avant de nous absenter…comme tous les autres enseignants. Mais nous ne sommes jamais payés. Et cela depuis des années.

L’Etat, avant 2012, en mettant en place les cases des tout petits avait dit à celles et ceux qui deviendront les animateurs polyvalents des cases des tout petits qu’ils auraient dans un premier temps un statut de bénévole pris en charge par les communautés en majorité villageoises. Mais que ce bénévolat n’excéderait pas deux années. Que cela soit sous l’ancien président comme sous l’actuel, l’écrasante majorité des animateurs polyvalents, pour ne pas dire la totalité, a fait plus de trois ans. Certains totalisant entre 05 et 10 ans de bénévolat. L’Etat n’a donc pas respecté son engagement alors que les animateurs polyvalents ont plus que respecté le leur. Les animateurs polyvalents ne doivent rien à l’Etat. Mais l’Etat leur doit, dès la fin des deux ans de bénévolat, une formation diplomante et des salaires.
Autrement dit, il y a des enseignants au Sénégal qui ont totalisé plus de sept (07) ans de bénévolat du fait de l’Etat. Cela veut dire que si les animateurs polyvalents sont des enseignants, ils sont des enseignants entièrement à part car exploités par l’Etat du Sénégal qui les fait travailler sans leur payer de salaire. Et cela ne peut plus continuer.

2-419 animateurs polyvalents formés par l’Etat une victoire insuffisante de notre lutte
C’est pour mettre fin à cette injustice que les animateurs polyvalents des cases des tout petits se sont battus pour mettre fin à cet esclavage. Ainsi dans cette lutte nous pouvons rappeler que neuf (09) animateurs polyvalents de Tambacounda ainsi que le coordonnateur du M23 de Tambacounda avaient été arrêtés lors d’une manifestation, gardés à vu pendant deux jours au commissariat avant de passer cinq jours à la maison d’arrêt et de correction de Tambacounda et d’être présentés au juge qui dira « légitime mais pas légal » avant de les libérer. Nous pouvons également rappeler la nuit presque passée à la place de l’Obélisque par les animateurs polyvalents avant que l’actuelle directrice ne vienne leur demander de ne pas passer la nuit et qu’elle les recevrait. C’est cette lutte des pères, mères et soutiens de famille sans salaire que nous sommes qui a donné comme résultat la décision du gouvernement de former les animateurs polyvalents qui étaient dans les cases des tout petits avant 2011. Le recensement a donné 419 animateurs qui ont été formés en deux cohortes de 200 et 219 respectivement en 2016 et 2017. Notons que dans ces 419, il y a des animateurs polyvalents qui remplissaient les critères et qui ont été omis et d’autres qui ne remplissaient pas les critères (être dans les cases des tout petits jusqu’en 2011) qui y ont été introduits.

Des animateurs ont été appelés lors de la 2e cohorte le 8 juin 2017 à 14 heures 39 minutes (téléphone 70 654 07 14 Mr Soumboudou de l’agence nationale) pour leur demander d’envoyer leurs dossier pour faire partie de la vague de formation du 03 juillet 2017 à Kolda. Ainsi, dans le département de Bignona nous étions 17 animateurs polyvalents à avoir été appelés et ayant déposé leur dossier. Finalement seuls 04 ont effectivement été formés et 13 ont été lésés sans aucune explication jusqu’à ce jour.
La directrice déclare que rien ne nous lie à l’Etat. Mais chaque case des tout petits est créée avec l’accord des coordonnateurs régionaux.
La création des cases des tout petits répond au besoin de réduire les effectifs pléthoriques dans les zones où existaient déjà une maternelle en créant une nouvelle case d’une part ou répond à la demande des populations dans une zone vierge sur le plan préscolaire d’autre part.
Comment pouvons-nous travailler dans ces cases sans qu’il n’y ait un lien entre nous et l’Etat ? Que la Directrice nous montre ce qui liait nos 419 collègues ayant bénéficié de la formation à l’Etat. Que la directrice sache qu’un contrat de travail n’est pas forcément écrit.

3-Qui sommes-nous ?
Nous sommes en majorité les animateurs polyvalents qui sommes dans les cases des tout petits de 2012 à maintenant, des animateurs polyvalents omis des deux cohortes formées, les victimes du système que l’on veut continuer à presser comme du citron. Et cela nous ne l’accepterons pas. Nous représentons beaucoup d’autres animateurs polyvalents, nos collègues et camarades, qui n’ont pas pu venir pour cause de moyens financiers (prix du voyage, frais de séjour à Dakar).
Dans sa communication, la directrice de l’agence nationale de la petite enfance insiste sur le chiffre de 36 animateurs polyvalents que nous serions pour montrer que nous ne sommes pas nombreux. Nous informons l’opinion publique que nous animateurs polyvalents non formés et donc non payés depuis des années sommes : 12 dans le département de Sédhiou ; 78 dans la région de Kolda ; 59 dans le département de Bignona ; 25 dans la région de Kédougou ; et plus de 70 dans la région de Tambacounda. Ce qui fait déjà 244 animateurs polyvalents. Ces chiffres sont le résultat de nos propres investigations. La réalité est certainement plus importante que cela. Car nous n’avons pas pris en compte plusieurs autres départements et régions.

4-Le cas des animateurs polyvalents à la fois agents de sécurité de proximité (ASP)
L’irresponsabilité de l’Etat a mis les animateurs polyvalents dans une situation de vulnérabilité extrême et de désespoir grandissant. Certains pour survivre ont fait d’autres boulots. Il en est ainsi de nos collègues qui se sont insérés dans la sécurité de proximité. Cela devrait être une honte pour l’Etat du Sénégal de voir des enseignants être contraints pour survivre de quitter les salles de classe pour être ASP. C’est une honte que l’Etat du Sénégal n’ai pas pensé, parallèlement à sa politique de règlement du chômage avec entre autres la sécurité de proximité, à relever le taux brut de préscolarisation qui est à moins de 20% en payant les animateurs polyvalents ce qui les maintiendrait dans les cases des tout petits. C’est une honte pour l’Etat du Sénégal que d’utiliser cet argument contre des concitoyens qui ont plus de 5 ans d’expérience dans le préscolaire. Avant de chercher d’autres nouveaux animateurs polyvalents la logique et la justice voudrait que ces animateurs polyvalents soient pris. Comment l’Etat peut-il avoir utilisé pendant près d’une décennie ces concitoyens dans les cases et leur opposer cet argument ? Ce qui est en cause ce n’est pas la légitime tentative de survie de nos collègues mais l’irrespect par l’Etat de ses engagements, sa politique de bénévolat sans fin. Pour service rendu à la nation par ces animateurs polyvalents il est même indécent que la directrice nationale de la petite enfance, pour affaiblir notre lutte, se ligue avec son collègue directeur général de l’agence nationale d’assistance à la sécurité de proximité pour faire pression sur nos camarades. Et c’est ce qu’elle a fait.

En outre, nous refusons le jeu de l’Etat consistant à mettre dans les cases des tout petits des citoyens qui ont le niveau du BFEM et revenir après pour dire que l’un des critères pour être envoyés en formation, recrutés dans la fonction publique et donc payés par l’Etat c’est d’avoir au moins le niveau du baccalauréat. Quand il n’y a personne pour aller dans les cases l’Etat prend tous les niveaux et au moment de payer l’Etat, souvent pour des raisons politiciennes et clientélistes, veut jeter comme du papier toilette celles et ceux parmi nous qui sont détenteurs du BFEM.

5-Que voulons-nous ?
Nous demandons :
-le paiement de salaire aux animateurs polyvalents par l’Etat qui du fait de ses propres turpitudes n’a pas respecté ses engagements en attendant de nous amener en formation
-l’envoi en formation de tous les animateurs polyvalents des cases des tout petits dans l’année 2018
-la suppression du bénévolat au niveau des cases des tout petits
-que le même traitement soit réservé aux animateurs polyvalents ASP. Leur nombre n’est d’ailleurs pas important. Et l’augmentation du taux brut de préscolarisation encore très faible exige le recrutement de beaucoup d’animateurs polyvalents.

6-Qu’allons-nous faire ?
Devant l’inertie des autorités nous avons annoncé que nous allions aller au conseil des ministres du mercredi 16 mai 2018 pour exposer nos revendications. Nous nous sommes arrêtés à 200 mètres du palais présidentiel. Quatre (04) animateurs polyvalents des cases des tout petits et un membre de la campagne « Pour la souveraineté monétaire FRANCE DEGAGE », qui nous soutient, ont été arrêtés et gardés à vue pendant 31 heures.
Le procureur de la république a classé sans suite le dossier de nos 05 camarades arrêtés le 16 mai dernier devant le palais présidentiel. Si le classement sans suite du dossier des 05 arrêtés par le procureur, donc par le gouvernement, est une mesure d’apaisement, le véritable apaisement pour nous animateurs polyvalents des cases des tout petits est d’être payés et de bénéficier d’une formation diplomante. C’est pourquoi, la lutte va continuer.
Si d’ici le dimanche 27 mai 2018 rien n’est fait, nous retournerons devant le palais présidentiel dès la semaine prochaine.
Dans cette perspective, nous allons prendre contact, à partir d’aujourd’hui, avec les organisations de droits de l’homme, les syndicats de travailleurs, les partis politiques, les leaders d’opinion, les chefs religieux…pour demander leur implication, leur mobilisation.

Ce qui est en jeu, c’est le préscolaire public. C’est-à-dire le préscolaire des filles et fils des masses populaires. Il est question de sa qualité, du maintien et de l’augmentation de son taux brut de préscolarisation. Ce n’est pas parce que celles et ceux qui y vont, les tout petits, ne vont pas en grève du fait de leur âge qu’il doit être saboté. Prendre en considération ce préscolaire c’est aussi mettre dans les meilleures conditions de formation, de salaire…les travailleurs de ce secteur, c’est-à-dire les animateurs polyvalents des cases des tout petits.

Dakar, le 22 mai 2018

Contacts :
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