Mbeubeuss: L’énigme de Malika

Dakarmidi – Objet de curiosité, sujet de recherche et d’expériences diverses ; la gigantesque décharge, sauvage de Mbeubeuss est un lieu de réceptacle d’ordures ménagères située à Malika Montagne depuis 1968.

Comptant plus de 2500 récupérateurs, Mbeubeuss  est une décharge constituée d’une unité de coordination des déchets ménagers, sous la tutelle du Ministère des collectivités locales. Assistant de cette coordination, Serigne Mbacké SOW, trouvé dans un bureau à l’entrée de Mbeubeuss avec d’autres collègues nous donne un aperçu de l’état des lieux « A Mbeubeuss non y décharge uniquement les déchets ménagers  différents de ceux qui lui sont assimilables c’est-à-dire les produits chimiques, les biomédicaux … . Nous travaillons 24h sur 24 de 7h30 à 19 ». Il invoque aussi le cas des incendies fréquents dans ce lieu dus au mélange des ordures et à leur brulure.

La communauté des récupérateurs se compose d’hommes, de femmes et d’enfants  dont Abdou DIENG âgé de 15ans. Trouvé à Darou Salam à l’intérieur de la décharge, assis sur un pneu en face d’un lieu carbonisé qui a subi un incendie le vendredi 2 Juin 2017  raconte comment il est passé d’élève à récupérateur : « J’ai arrêté les études en classe de 4eme primaire, je faisais l’école buissonnière et je me retrouvais à ici à Mbeubeuss pour ramasser des objets. Au début c’était juste pour m’amuser ». Ce passe-temps deviendra sa profession, sa vie. Et quelle vie «  après une décharge, on trie les ordures pour récupérer les ferrailles, les aluminiums, les sachets et les bouteilles en plastique. Pour les ferrailles et les aluminiums, le prix varie entre 2000 et 3000FCFA et pour les bouteilles et les sachets ceste entre 300 et 500 FCFA. On gagne bien notre vie ».

Pour affirmer que la vente de ferrailles est une source de revenu, Mamadou MBENGUE quitte l’Allemagne ou vive sa famille pour revenir au bercail investir sur les ferrailles  « je suis rentré depuis 2004, étant en collaboration avec des chefs  d’entreprise indes ; je charge des conteneurs de ferrailles en direction de l’Inde. Je les achetais partout au Sénégal, parfois même j’achetais des voitures en panne délaissées pour les découper. Je rentrais avec  100 000f chaque  jour  et je payais 2500 par jour à mes employés qui étaient au nombre de 20 ». Avec la privatisation des ferrailles par l’état pour les vendre aux chinois, Mamadou MBENGUE a quitté le monde des ferrailles pour se retrouver dans celui du poulailler.

Mbeubeuss n’aime pas les intrus, il faut de la patience et un intermédiaire « local » pour établir des passerelles de dialogue entre le visiteur et la communauté autour de la décharge pour percer hermétisme des lieux. Étant une zone délimitée avec beaucoup de risques, les jeunes parviennent à y tirer leur épingle du jeu afin d’éviter de sombrer dans le banditisme.

IMPRESSIONS

Pour moi Mbeubeuss était juste un dépotoir d’ordures, mais quand je suis allée sur  le terrain et que j’ai vu des gens qui y travaillent, ça m’a vraiment étonné. En plus avec la saleté ; les récupérateurs se portent bien.  Mbeubeuss aurait dû être clôture, pour qu’il y ait plus de sécurité car les gens qui passent par là-bas pour regagner leurs maisons courent de grands risques avec les sdf qui y logent. Ce qui m’a le plus frappé c’est les femmes qui travaillent là-bas, car je les trouvent courageuses de ne rien sous-estimer pour vivre dignement.

Ramatoulaye Gueye