Comment Sidy Lamine a fait de Tandian un patron de presse

DakarmidiIl y a des moments, vous avez l’impression que le monde s’écroule sous vos pieds, car la disparition subite de Sidy Lamine en est une illustration. Sidy, on l’aime ou on ne l’aime pas, reste le grand patron de presse du Sénégal, le lion de la presse, l’homme par qui la presse s’est développée à pas de géants sans en avoir l’air. Aujourd’hui, j’ai décidé de rendre à César ce qui appartient à César.

Sidy restera à jamais un incompris, un grand monsieur. Personnellement il a galvanisé la presse  écrite, audio, et télévisuelle. Il a formé un nombre incalculable de journalistes de tous genres.

Je me souviens en 1993, il a claqué les portes des NIS (Nouvelles imprimeries du Sénégal) pour refuser le diktat de Mme Simonet alors directrice des NIS, structure appartenant à l’époque au tout puissant groupe Hersant, exerçant un terrible monopole car ayant la seule rotative au Sénégal. Je fus contacté par Mansour Dieng Dg de Icône, à l’époque responsable commercial des NIS sauf qu’on n’avait pas de rotative, mais des machines offset à feuilles, malgré cet handicap et la lenteur d’une presse offset par rapport à la rotative 20 fois plus rapide, il avait décidé de ne pas retourner aux NIS. Malgré les sollicitations des responsable des NIS car Sidy était un très bon client et très bon payeur, à l’imprimerie, on a décidé de relever le défis.

Je ne savais pas en acceptant de tirer Walf sur mes machines offset, il allait faire de moi un patron de presse. L’histoire mérite d’être racontée. Après deux ans d’impression de Walf dans nos locaux, à l’issue d’une réunion, il m’a persuadé à acheter une rotative. Il avait promis que si je faisais cet investissement, il allait doubler son tirage et surtout que tous les autres journaux viendront compte-tenu de la qualité d’impression. Alors j’ai décidé sans hésiter avec l’appui de notre banque d’acheter une rotative, une première pour le Sénégal et pour un Sénégalais.

Quand cette roto est arrivée, Sidy a multiplié son tirage par 3 car on avait gagné en rapidité, et par miracle tous les autres journaux sont venus nous rejoindre à l’époque. Ils étaient 5 (Walf, Sud, Témoin, Soleil et le Cafard).

Un an après, Sidy nous a quittés pour monter sa propre imprimerie. Alors il fallait trouver une solution à ce départ car le manque à gagner était énorme, surtout pour faire face au remboursement du crédit bancaire.

Après de mûres réflexions, j’ai décidé au mois de janvier 1997 de créer le quotidien le Matin qui est devenu le quatrième quotidien édité tous les matins et tirer à plus de 20 000 exemplaires. C’est ainsi comme je le disais au début de mes propos, Sidy venait de me faire rentrer dans la galaxie des patrons de presse du Sénégal, et j’en étais très honoré.

Au bout deux mois, Bara Tall me rejoint dans l’aventure ensuite ce fut Cheikh Tall Dioum et Youssou Ndour. C’est ainsi que les grands noms de la presse d’aujourd’hui sortis tout fraîchement du Cesti ont pris d’assaut la rédaction du Matin. C’était un immense plaisir que je vais en citer quelques-uns, il s’agissait  feu Alain Agoton, Pape Samba Kane, Yoro Dia, Alassane Samba Diop, Ali Bandel Niang, Alioune Ndiaye, Yakham Mbaye, Mamadou Ibra Kane (Stades), Cheikh Diallo, Diaw Mbodj, Alassane Diallo, Abdou Karim Diarra Alioune Fall, Massamba Mbaye, Soulemane Kandji, Thierno Talla, Samboudian Camara.

Tous ces journalistes étaient dirigés par deux maestros de la presse en l’occurrence Boubacar Boris Diop puis par Mame Less Camara. Assurément, l’arrivée du Matin a été saluée par le directeur du Cesti à l’époque qui estimait que le journal offrait enfin aux étudiants de la presse écrite de nouvelles perspectives en termes d’emplois.

Un an après, la direction du Matin éclate Bara Tall, Cheikh Tall Dioum et Youssou Ndour quittent le Matin pour créer le groupe Com 7 (Info 7, Tract et le Populaire). Encore une année après, une  nouvelle scission éclate au sein du Groupe Com 7 : Cheikh Tall Dioum et Youssou Ndour quittent à leur tour pour aller créer chacun de son côté son propre groupe de presse. Pour CTD, il créera la presse des Almadies avec le quotidien Volcan et un hebdo Terminal quand à Youssou, il a créé une radio (Fm Sport) qui deviendra l’aujourd’hui le groupe Futurs Média.

Voilà l’œuvre de Sidy hors de Wal fadjri. Que dire de son propre groupe qui était devenu une école et lieu de recrutement pour les meilleurs qui partaient de Walf. J’adresse mes sincères condoléances à sa famille, ses enfants, au Khalife des niassènes, à son grand-frère, Ahmed Khalifa Niass. Que Le Tout Puissant l’accueille dans son paradis.

Baba Tandian, président du groupe Tandian Multimédia

 

 

Auteur: Baba Tandian

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