Mauvais comportements dans les mosquées : la parole aux fidèles

Dakarmidi – Les comportements peu musulmans dans les mosquées ne laissent pas indifférent le Sénégalais lambda. Les jeunes accusent les vieux qui, à leur tour dénoncent un procès d’intention. Tous militent pour une redéfinition des critères de l’Imamat.

Les insultes, les bagarres, les coups bas et cabales dans les mosquées ne sont pas du goût des musulmans. Saliou Dia est un fidèle trouvé dans les rues de Guédiawaye. D’après lui, il faut arracher la gestion des mosquées des mains des personnes du 3ème âge qui, de son point de vue, ne sont même pas capables de s’occuper de leurs propres maisons. ‘’Pourquoi on laisse les vieux gérer les mosquées ? C’est la question que je me pose. Il faut les mettre loin de la gestion. Un Imam doit être quelqu’un qui travaille. C’est seulement au Sénégal qu’on trouve des gens qui ont pour profession Imam’’, fulmine-t-il. Ce jeune maçon fait remarquer que même ceux qui travaillent ne peuvent pas satisfaire tous leurs problèmes financiers, à plus forte raison ceux qui chôment.

A côté de lui, une dame intéressée par le sujet finit par y ajouter son grain de sel. Son nom est Abibatou Diallo. Selon elle, si les mosquées sont pleines de personnes du 3ème âge, c’est parce qu’elles y trouvent leur compte. ‘’Fréquenter une mosquée, c’est un business juteux au Sénégal. On y gagne beaucoup de choses : de l’argent, de la nourriture et du sukëru koor (sucre du mois de Ramadan). Il est temps de dire basta à cela’’, s’exclame-t-elle. Cette dame estime que les mosquées doivent être confiées à des gens qui inspirent confiance. Et pour y arriver, elle suggère qu’il y ait un vote pour désigner les gestionnaires. ‘’Les vieux qui ont plus de 80 ans ne peuvent plus gérer de tels postes de responsabilités. On doit mettre en avant d’autres critères tels que la foi, la maîtrise du Saint Coran. Malheureusement, on s’appuie actuellement sur la parenté, la proximité, les connaissances. Dans chaque mosquée, il y a des pros X ou des contre Y. Alors que c’est le même Dieu,  la même Qibla (direction) et le même Prophète’’, s’offusque-t-elle interrogé par le quotidien « Enquête ».

Un groupe de retraités trouvés à la Médina balaie d’un revers de main les accusations qui sont faites sur eux. ‘’On nous accuse à tort. C’est un mauvais procès qu’on nous colle. Dans le lot des retraités, il y a des gens qui maîtrisent le Coran comme dans l’autre partie il y en a qui ne maîtrisent même pas 30 versets’’, rétorquent-ils presque en chœur. Ces patriarches estiment que le sujet est complexe. Ils préconisent une solution d’ensemble puisque « c’est un comportement qui met tout le monde mal à l’aise’’. Ils sont d’accord comme les jeunes qu’il faut mettre en avant la foi et rien d’autre, pour donner à la mosquée sa vraie valeur. « Ce n’est ni un ring encore moins une arène de lutte pour enregistrer des combats et/ou des pluies d’insultes. En fin de compte, on est tous coupable. Et c’est une honte pour nous tous’’, admettent ces vieux très intéressés par le débat.

CHEIKHOUNA MBACKE AWA KEBE (ETUDIANT A L’UNIVERSITE AL-AZHAR DU CAIRE)

« Les qualités qui sont recherchées chez un imam »

Cheikouna Mbacké Awa Kébé est étudiant à l’université d’Al Azhar. Il revient ici sur les critères de sélection d’un Imam et les qualités qui sont attendues de lui.

Cheikhouna Mbacké Awa Kébé étudie à l’université Al Azhar du Caire. Selon lui, il faut d’abord définir le vocable pour savoir qui a le bon profil. Le mot Imam, explique-t-il, renvoie à la personne désignée pour diriger la prière et non celui qui a fait des études dans les sciences islamiques, comme le croient beaucoup de personnes. ‘’Pour désigner un Imam, il y a neuf conditions requises’’, soutient le jeune religieux. Il faut avant tout être un musulman ; être pubère car un enfant ne peut pas diriger une prière ; jouir de ses facultés mentales (car la prière d’un Imam ivre ou fou n’est pas valable).

Il faut être exempt de tout ce qui a trait à la perversité  (la prière d’un imam pervers, buveur de vin ou fornicateur n’est pas valable. L’Imam doit avoir la capacité d’accomplir les actes fondamentaux de la prière. Il doit avoir la pureté rituelle à l’instant de la prière. Dans la doctrine malikite suivie au Sénégal, il doit être de sexe masculin (dans certaines doctrines, une femme peut diriger la prière d’autres femmes). Il est quelqu’un qui doit mémoriser et pouvoir bien lire, d’une manière nette et claire, les versets ou sourates qu’il récite. Un Imam ne doit pas non plus être dirigé par un autre Imam, ‘’sinon la prière n’est plus valide’’.

Par ailleurs, au cas où tous ceux qui sont présents peuvent être Imam, les critères sont bien hiérarchisés, explique-t-il. ‘’Les savants du rite malikite disent qu’on doit désigner l’Imam ratib pour diriger la prière. S’il est absent, on prend celui qui maîtrise le plus la jurisprudence. Si ce dernier n’est pas présent, on choit parmi les restants celui qui maîtrise le plus les sciences de Hadith. A l’absence de ce dernier, on désigne celui qui maîtrise le plus le Saint Coran. Après celui-là, vient le plus probe, le plus sincère. S’ensuit la personne dont nul ne doute de sa foi. Si on ne le connaît pas, on choisit celui qui incarne le plus les valeurs cardinales dignes d’un musulman’’, détaille-t-il. C’est seulement à partir de ce moment que l’on chute vers d’autres critères. Ainsi, en l’absence de toutes ces qualités, on choisit celui qui a l’habillement le plus correct.  Après lui, c’est la personne qui a tourné le dos à toutes les activités mondaines. ‘’Si aucune des conditions ne peut les départager, on passera à un tirage au sort, ou à un concours. La personne qui verra son nom sortir sera l’imam’’, dit-il.

‘’Certains imams ne semblent pas comprendre le lourd poids et la grande responsabilité qui pèsent sur eux’’

D’après notre interlocuteur, il y a une place importante que l’Islam accorde à la fonction d’Imamat. C’est l’Imam qui fait revenir le gens à la raison quand ils perdent le droit chemin’’, a précisé notre interlocuteur. Il en veut pour preuve les serments de la prière du vendredi. Des moments qui montrent d’ailleurs le rôle qu’un Imam doit jouer dans la société. En effet, au-delà des actes de dévotion, quand il y a des divergences ou des problèmes au sein des familles, tout le monde pense à l’Imam. ‘’Bien sûr qu’il n’est pas donné à n’importe qui d’être Imam. Pourtant, on a tendance à voir des gens sans foi ni loi prétendre être dignes de la fonction’’, constate-t-il avec regret. D’après lui, un imam doit avoir un grand cœur, savoir pardonner.

‘’L’esprit de dépassement et la bonne parole qui sont des valeurs morales et spirituelles doivent aussi être incarnés par lui. Les disputes, les bagarres et les injures qui se sont passées dans les mosquées ces derniers jours signifient que jusqu’à maintenant, certains Imams ne semblent pas comprendre le lourd poids et la grande responsabilité qui pèsent sur eux. Dans un hadith, Aïsha (RTA) rapporte que ‘’…le Prophète (PSL) ne répondait pas au mal par le mal, mais il pardonnait et ne tenait pas rigueur…’’, rappelle-t-il.

Autre critère attendu de l’imam, l’humilité. En effet, il peut arriver qu’il fasse des erreurs dans la récitation du Coran, mais cela ne signifie aucunement qu’il ne mémorise pas ce qu’il récite. ‘’Si l’un de ses subordonnés le corrige, (c’est d’ailleurs ce que nous apprend l’Islam), il n’a qu’à continuer sa prière sans pour autant lui en tenir rigueur’’. L’imam est aussi appelé à la droiture, à la sagesse dans l’acte et la parole mais aussi à l’indulgence. Toutes ces vertus dignes d’un bon musulman, selon lui, doivent être le comportement de la personne désignée pour diriger les gens dans leurs prières et pour leur apprendre ce qu’est le droit chemin.

La Rédaction