Les critères à respecter pour désigner l’imam qui dirige la prière

Dakarmidi – Avant de rentrer dans le vif du sujet j’aimerai souligner deux points :

  • –         Le mot imam est le nom donné à celui qui dirige la prière (salât) faite en groupe (jamâ’ah). Ce n’est pas le titre de celui qui a fait des études en sciences musulmanes, comme le croient trop souvent certaines gens (parfois des musulmans eux-mêmes !)
  • –         La prière est valable qu’on l’accomplisse sous la direction d’un imam qui est pieux ou qui ne l’est pas (fâsiq). At-Tahâwî a écrit : « Nous considérons (valable) la prière sous la direction de tout musulman (ahl al-qibla), qu’il soit pieux ou fasse de grands péchés… » (Al-‘aqâida at-tahâwiyya). As-Sayyid Sâbiq dans son livre ( Fiqh us-sunna)  écrit : « Le principe général établi par les savants est que celui dont la prière est valable lorsqu’il la fait seul, la prière qu’il dirige pour d’autres est également valable » Cela c’est clair.

Les priorités à respecter pour choisir l’imam ne sont donc applicables que si on a le choix de désigner celui qui va diriger la prière. Si celui ci est désigné (par exemple par les responsables de la communauté) pour remplir cette tache, la question  de choix ne se pose plus.

S’il n’y a personne qui soit désigné ou si celui-ci est absent, alors c’est celui qui connaît le plus le Coran, s’ils sont pareils à ce sujet c’est celui qui connaît le plus la Sunna (hadîths), puis (…) c’est celui qui est le plus âgé. Ceci est le sens global d’un hadîth rapporté par Mouslim.
En plus de ces critères, doit-on également tenir compte du critère d’un minimum de moralité, ou bien cela n’est-il pas nécessaire ? En fait oui, cela est nécessaire, car un Hadîth existe où il est rapporté que le Prophète, après avoir vu le imam d’un groupe de gens cracher dans la direction de la Kaaba, a dit à ces gens : « Que cet homme ne vous dirige plus lors de la prière » (rapporté par Abou Dâoûd). Les juristes musulmans, se fondant sur ce Hadîth, ont donc établi que lorsqu’on a le choix de la désignation, il est déconseillé (mak’rûh) de désigner comme imam un musulman qui fait des grands péchés (fâsiq) sans se repentir. Cependant, ces juristes ont également établi qu’étant donné ce que nous avons vu plus haut, si un musulman qui fait des grands péchés (fâsiq) sans se repentir a quand même été désigné (par exemple par des responsables) comme imam, alors la prière faite sous sa direction est totalement valable ; et puis il ne faut pas être cause de division. C’est là l’exemple qu’ont laissé des Compagnons du Prophète eux-mêmes : Ibn Omar a ainsi fait la prière sous la direction de al-Hajjâj, Abou Sa’îd al-Khud’rî sous la direction de Marwân. (Voir Fiqh us-sunna).

Trois points complémentaires :

Comme nous venons de le voir, quand on a le choix pour désigner un imam, il faut en désigner un qui ne fasse pas de grands péchés. Cependant, il faut se souvenir que c’est à partir du Hadîth cité plus haut (et qui concerne le fait de cracher en direction de la Kaaba) que les juristes ont établi comme principe général qu’il est déconseillé de désigner comme imam celui qui fait publiquement des actes interdits sans se repentir. Ce principe a été ensuite appliqué à d’autres cas, dont celui de ne pas garder la barbe voulue. Il ne faudrait pas ignorer ce principe général, qui a été extrait du Hadîth et à partir duquel ce cas particulier a été établi et se mettre à croire que le fait de garder la barbe constitue le seul critère à vérifier quand on veut choisir un imam.

D’autres choses apparentes sont au moins aussi graves que le fait de ne pas garder la barbe voulue. Le fait de mentir sans vergogne et aussitôt que ses intérêts sont en jeu est, par exemple, un grand péché. Il est certes interdit en islam d’aller fouiller dans la vie de quelqu’un pour découvrir ses péchés et ses défauts cachés (le Prophète l’a interdit : Sunan Abou Daoud, hadith n° 4888, et aussi hadith n° 4890). Mais ce n’est ici pas le cas : mentir non pas une ou deux fois (nul n’est infaillible) mais sans vergogne et aussitôt que ses intérêts sont en jeu, est un péché apparent chez quelqu’un, un péché qui d’ailleurs fait que les gens qui fréquentent une telle personne le savent tous et qu’ils ne tiennent ensuite plus compte de ses propos.

Il faut cependant souligner ici, comme je l’ai écrit plus haut, qu’il est, en islam, interdit d’aller fouiller dans la vie de quelqu’un pour découvrir ses péchés et ses défauts cachés. C’est le Prophète qui l’a interdit (Sunan Abou Daoud).

Le troisième point que je voudrais rappeler ici est le suivant : certes, les juristes ont extrait du Hadîth cité plus haut, le principe général disant qu’il ne fallait pas, quand on en avait le choix, désigner comme imam un musulman qui se laisse aller à faire continuellement de grands péchés en public. Cependant, le degré de prise en compte de ce principe peut-il changer en fonction du moment et du lieu dans lequel les musulmans se trouvent ? C’est aux muftis de voir. Peut-on leur suggérer humblement ces lignes d’Ibn al-Qayyim :

« L’idéal est une chose, le réel est autre chose. Le juriste est celui qui fait le lien entre l’idéal et le réel et applique l’idéal en fonction des possibilités. Ce n’est pas celui qui jette l’inimitié entre l’idéal et le réel. L’application de certains règlements peut être différente à différentes époques. En effet, les hommes ressemblent plus à leur époque qu’à leurs ancêtres. Lorsque les péchés sont commis de façon généralisée par les gens de la terre, si on interdit quand même le fait qu’un musulman qui fait des péchés soit imam, ou témoigne (…), alors les règlements ne pourront plus être appliqués, l’organisation de la société s’en trouvera perturbée et la plupart des droits seront inappliqués. Malgré tout, il est nécessaire de se rapprocher de l’idéal dans la mesure du possible [par rapport à cette époque et ce lieu donnés] » (A’lâm ul-muwaqqi’în, tome 4 p. 169). C’est aux muftis compétents qu’il revient de prendre la décision.