Accusé d’avoir envoûté une fille, Mounass: le marabout d’Ama Baldé serigne Djily K. arrêté

Dakarmidi – Après l’arrestation du gérant de l’arsenal mystique d’Ama Baldé, pour trafic de chanvre indien supposé, voilà que le marabout du fils de feu Falaye Baldé vient de passer à la trappe. Le jeune sorcier du lutteur pikinois, nommé Djily K., a été en effet cité dans une présumée affaire d’acte de charlatanisme, d’enlèvement, de séquestration, de détournement de mineure et de viol de la fille M. D. G, 17 ans.

Le sort semble s’acharner sur le lutteur pikinois Ama Baldé, qui vient encore de «perdre» un autre élément pour le moins important de son dispositif mystique. Il s’agit de son marabout Djily K, qu’il a fait quitter Tivaouane pour l’emmener à Pikine, durant son victorieux combat avec Papa Sow de l’écurie de Fass. Le marabout du frangin de Jules Baldé a été interpellé, puis déféré au parquet, vendredi dernier, par les hommes du commissaire de police de l’arrondissement de Pikine, Adramé Sarr.

Comment la gamine de 17 ans a été piégée et prise dans l’engrenage mystique

Pendant le mois de Ramadan dernier, rapportent nos informateurs, le marabout téléphone à la fille M. D. G. et la met en rapport avec un certain Omar S, qui est un voisin de quartier de la demoiselle, qui a autorisé au marabout de communiquer son numéro de portable à son voisin. Lequel téléphone plus tard à la fille et l’invite à aller dans un endroit en ville pour un tête-à-tête. Mais, la fille s’emporte contre l’attitude audacieuse du jeune garçon et lui affirme être fiancée à quelqu’un. Omar continue malgré tout à harceler la gamine par d’incessants coups de fil et tombe un jour sur la mère de la petite, qui gronde de rage, hurle sur le bonhomme et lui demande de laisser tranquille son enfant.

Mais, le 25 juin dernier, la dame Ngoné G, à sa descente de travail, constate la disparition mystérieuse de sa fille qui, selon elle, n’a jamais quitté le cocon familial sans prévenir la famille. Mais, trois jours après sa disparition, la fille réapparait, accompagnée des nommés Mohamed, Babacar S. et leur voisin Omar S. Ceux-ci trouvent la mère de la gamine avec son mari dans le salon et leur disent avoir ramené à la maison l’adolescente – qui aurait fugué durant tout ce temps – pour éviter qu’elle ne s’égare. Ce qui du reste a paru bizarre et curieux pour la dame Ngoné. Qui apprécie tout de même le geste des jeunes garçons à sa juste valeur et les remercie. Elle se défoule ensuite sur la mineure et lui fait des réprimandes sur son attitude.

La fille disparaît à nouveau malgré tout, le 30 juin, vers 15h. Ses proches engagent des recherches et peinent à retrouver ses traces. Une voisine nommée Saly débarque chez les parents de la gamine et les informent que celle-ci a été séquestrée par son ex amant dans une chambre à Hamo 6 de Guédiawaye. Les parents se rendent à l’endroit et trouvent dans la maison une jeune femme, qui leur indique la chambre en question. La maman et le papa défoncent la porte, font irruption dans la pièce et tombent sur la gamine. Qui se trouvait dans un état traumatique, nue comme un ver et couchée sur un lit aux côtés d’Omar. Ses parents, quoique piqués au vif, se gardent de tabasser le jeune garçon, vont au commissariat de police de Pikine et déposent une plainte.

La mère lâche : «Djily K. a marabouté ma fille au profit d’Omar, à travers les bains mystiques qu’il lui faisait prendre»

Les hommes du commissaire Adramé Sarr entrent en action, lancent la traque au présumé kidnappeur doublé de violeur et finissent par coincer celui-ci avec son ami Babacar S. dans les rues de Pikine. «Omar S. est un voisin de quartier à Pikine rue 10. Mais, je l’ai toujours mis en garde, car ma fille est fiancée, mais il a toujours refusé de m’écouter et est allé jusqu’à marabouter mon enfant. Ma fille n’a jamais fugué ; elle n’a jamais été non plus maltraitée ni par moi-même ni par mon mari. Le marabout Serigne Djily K. qui est le petit-ami à la copine de ma fille et ami d’Omar S. me remettait des potions mystiques pour des bains pour ma fille, sous prétexte de protéger ma famille contre les esprits maléfiques et les mauvais sorts», a confié la mère de la fille à nos interlocuteurs.

La fille déclare : «Omar m’a kidnappée, séquestrée durant trois jours à Pikine et quatre jours à Hamo 6 ; il me servait de la bière, me faisait fumer du chanvre indien et me violait»

La demoiselle confirme la déposition de sa génitrice, charge le marabout et Omar et indique avoir obéi à celui-ci au doigt et à l’œil, ceci après avoir pris les bains mystiques recommandés par le sorcier du lutteur Ama Baldé. «Omar est venu me chercher devant notre maison et m’a conduite chez lui à Pikine rue 10, où il m’a séquestrée durant trois jours et m’obligeait à prendre des bains mystiques. Il m’a remis aux nommés Babacar S. et un certain Mohamed, qui m’ont ramené à la maison. Omar m’a appelé pour me dire que j’étais maintenant dans l’obligation de venir le trouver partout où il se trouve.

Il m’a prise devant chez à bord d’un taxi et conduite à Hamo 6. Il m’a fait manger de la grillade de tête de mouton arrosée avec de la poudre rouge. Il m’a ligoté les jambes avec une corde et s’est mis à me frapper avec un fil, menaçant de me tuer si jamais je le dénonce. Il me servait de la boisson alcoolisée, me droguait avec du chanvre indien et me violait durant mes quatre jours de séquestration. Omar partageait la chambre où il m’a séquestrée avec son frère, à Pikine rue 10. Je voyais une dame faire la lessive sous la véranda, mais je ne pouvais pas me confier à elle de peur d’être battue à mort par Omar. J’étais inconsciente raison pour laquelle je me pliais aux quatre volontés d’Omar. Qui m’a atteinte mystiquement grâce aux bains que me faisait prendre le marabout Serigne Djily K», a déclaré la fille à nos sources.

Le marabout d’Ama Baldé et ses deux acolytes plaident non coupables et parlent de contrevérités

Omar S, son ami Babacar S. et le marabout d’Ama Baldé ont réfuté en bloc les accusations sans pour autant convaincre les enquêteurs sur leur bonne foi. Le premier nommé dit avoir retenu chez lui la fille, sur sa demande, car celle-ci lui a fait part de ses misères du fait que sa mère se prostituait. «Je n’ai pas marabouté la fille, qui était couchée sur moi pendant j’étais ivre. Je ne l’ai pas non plus violée. Elle est ma petite-amie. C’est plutôt sa mère qui la violentait, qui la poussait à fuguer souvent. Je suis innocent. C’est une cabale montée contre moi par la maman, qui était contre notre relation d’amour», a-t-il indiqué. Babacar S. dit avoir été cité par la mère de la fille simplement parce qu’il avait refusé de communiquer le numéro de téléphone de son ami Omar S. à la mère de la gamine, lorsque cette dernière a constaté la disparition de son enfant. Il dit ignorer toutefois que l’adolescente était avec son pote pendant ce temps quelque part à Hamo 6.

Des proches d’Ama Baldé, notamment El Hadji Ndiaye, au commissariat de police pour s’enquérir des motifs de l’arrestation

Quant au nommé Serigne Djily K, il dit être le marabout du lutteur Ama Baldé qui, selon lui, l’a fait quitter Tivaouane pendant son combat avec Papa Sow pour l’emmener à Pikine et qu’il l’aide mystiquement à gagner le face-à-face. «J’ai communiqué le numéro de téléphone de la fille, avec sa permission, à Omar S. La mère de la petite m’a contacté aussi pour que je lui fasse des potions magiques aux fins de conjurer le mauvais sort et protéger ses enfants, notamment sa fille, des mauvais esprits», s’est défendu le marabout, qui a été dénoncé, puis mis aux arrêts, lors de sa venue au commissariat de police de Pikine aux fins de s’imprégner des motifs d’arrestation d’Omar S. et de son ami Babacar S. Tous les deux ont été présentés vendredi dernier devant le procureur du Tribunal de grande instance de Pikine/Guédiawaye.

Le marabout est poursuivi pour actes de charlatanisme. Tandis qu’Omar S. et Babacar S. sont respectivement mis aux frais pour enlèvement, séquestration, détournement de mineure et viol ; et complicité. Des proches collaborateurs du lutteur Ama Baldé, notamment El Hadji Ndiaye, ont été aperçus à la police lors de la garde-à-vue des mis en cause.