Réflexion: Le «3D» du maintien de l’ordre sans armes

Dakarmidi – Maintenir ou rétablir l’ordre est l’une des missions historique de l’Etat. L’état a la lourde responsabilité de faire assurer le maintien de l’ordre public et la sécurité, tout en protégeant les droits individuels. Ce qui constitue aussi  pour les forces de l’ordre un défi permanent. Pour y parvenir, la police et la gendarmerie doivent, individuellement et collectivement, agir en tout temps avec le professionnalisme et la discipline qu’exigent leurs fonctions.

Au moment où  nous observons de plus en plus de manifestations  de foules non armées se terminer dans la tragédie, force est de reconnaitre que le moment est venu de nous pencher sur la question du maintien d’ordre qui n’en finit pas avec ses dérapages et ses  folies meurtrières. Pour éviter de citer les nombreux cas de morts survenus au cours du maintien de l’ordre, je n’en citerai que le plus récent, encore fraiche dans non mémoires, et qui continue de défrayer la chronique :

Certes, on ne condamnera jamais  assez la mort du jeune Fallou SENE brutalement arraché à l’affection des sénégalais. Mais le coup est déjà parti et il ne nous reste qu’à tirer  toutes les conséquences d’un si tragique évènement.

Ayant passé une bonne partie de ma carrière de gendarme à la LGI (légion de Gendarmerie d’Intervention) de Mbao, j’ai souvent été amené à affronter des foules hostiles et très déterminés à en découdre avec les forces de l’ordre.

Mais, dans biens des cas, la situation peut tourner mal et devenir très complexe, presque incontrôlable. Ce fut le cas à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, où, des actes individuels venant de manifestants ou des forces de l’ordre ont créé un cercle vicieux d’actions et de réactions, générateur de violence. Ce qui a débouché inévitablement sur une confrontation physique entre les deux groupes opposés, donnant lieu à une autre scène de brutalité où les sentiments de panique surviennent.

Ce qui nous amène à soulever l’intérêt de prévenir ces crises à répétition autant que possible. Pour cela nous proposons la méthode 3D qui a déjà fait ses preuves dans d’autres grands pays : C’est-à-dire le Dialogue, le Désamorçage et l’action Directe – qui favorise le dialogue pour tout rassemblement public. L’une des tâches des cadres de la police nationale péruvienne dans ce domaine est expliquée dans un fascicule destiné aux agents de police déployés pour maintenir l’ordre : « Coordination permanente lors des interventions des forces avec l’autorité administrative qui a requis les troupes, les autorités politiques et militaires d’une part et d’autre part les représentants et responsables reconnus des groupes souhaitant manifester. Cette méthode permet de prévenir des actes de violence, de fixer les itinéraires et les horaires, de déterminer les mesures à prendre et de les informer des droits des participants, y compris des limites de ces droits et de leurs obligations par rapport aux droits des autres personnes.

Au Sénégal, nos forces de maintien de l’ordre ont tendance à avoir un point de vue différent de celui des défenseurs des droits humains. Parfois, elles emploient un langage différent lorsqu’elles parlent du même problème et tirent des conclusions divergentes sur les causes et les effets. En Autriche, le Programme Police et droits humains a pour objectif d’améliorer, au sein d’Amnesty International et de la communauté plus large des défenseurs des droits fondamentaux, la compréhension du fonctionnement de la police et de son travail, afin d’accroître l’efficacité des approches touchant à la police, en matière de maintien de l’ordre. Certains organes de police ont même créé des services ou des unités spécialisés dans le dialogue, comme l’Unité de la paix à Amsterdam, les policiers de dialogue qui portent des gilets spéciaux en Suède ou les équipes anti-conflit dans certains länder d’Allemagne que l’on reconnaît à leurs vêtements spéciaux. Des agents de liaison engagent le dialogue avec les organisateurs et les manifestants par exemple au Royaume-Uni et en Hongrie.

D’autres organes de police ont choisi une approche plus générale et prévoient que tout agent doit avoir suivi une formation à la communication et au dialogue et doit utiliser cette compétence lorsqu’il maintient l’ordre dans un rassemblement. Après les violentes manifestations qui ont secoué Göteborg en 2001, la police suédoise s’est rendu compte qu’elle devait trouver une nouvelle approche tactique pour gérer les manifestations et les foules, en mettant davantage l’accent sur la communication, au lieu de la confrontation et de la répression. Elle envoie désormais sur le terrain, et ce depuis début 2002, des policiers de dialogue, spécialement formés à la gestion des manifestations.

Ces policiers de dialogue jouent un rôle important dans le désamorçage des situations tendues. Leur tâche consiste à établir le contact avec les manifestants avant, pendant et après la manifestation, et à faire le lien entre les organisateurs et les commandants de la police. Ils portent des gilets spéciaux fluorescents arborant l’inscription « police de dialogue » sur le dos, ce qui leur donne une visibilité renforcée. Par la négociation, les policiers de dialogue aident à trouver des compromis et des accords entre la police et les manifestants. Par exemple, nous avons constaté qu’en Autriche, au Danemark, aux États-Unis et en Hongrie des systèmes ou des centres de communication coordonnés étaient mis en place pour certains événements nécessitant l’intervention de différents organes. Aux Pays-Bas, les policiers ont reçu une formation complémentaire à l’utilisation d’un nouveau système interne de communication et au Wendland (Allemagne)

Que le Sénégal que nous aimons tous puisse s’inspirer de ces méthodes innovantes et salutaires.

Source : Dialogue Police – Experiences, observations, opportunities RPS rapport 2010.

Mamour BA, écrivain :

– LA FEMME DU DIABLE publié chez Harmattan-

-LE POUVOIR DES RUES publié par Edilivre- France

-Ex. Sous Officier de Gendarmerie-Sénégal

-Médaillé Union Africaine pour Maintien de la Paix au Darfour-Soudan-Membre Cercle des Ecrivains et Poètes de Saint-Louis.

-E-mail : niorodurip123@yahoo.fr  –