LE POLICIER, LE CASQUE ET LA GIFLE

Dakarmidi – Ce matin tout un pays se réjouit de la mise à pied de l’agent de police ayant administré une gifle à un jeune homme à Zinguinchor. Il convient naturellement de dénoncer cet abus de pouvoir et d’exiger les sanctions disciplinaires qui s’imposent en pareille circonstance.

Cela dit, il convient d’analyser froidement la situation au-delà de l’émotion légitime suscitée. Il est en effet établi que l’altercation est partie d’un contrôle de routine pour défaut de port de casque sur une moto. Et si on parlait un peu de ce problème ? Je fais souvent le tour de nos villes et sur 100 motocyclistes pas plus de 2 n’arborent le casque, pourtant obligatoire. Nous sommes malheureusement un peuple qui fonctionne souvent sous l’effet de l’immédiateté, occultant les problèmes fondamentaux qui le minent. Je n’ai certes pas connaissance des causes directes ayant conduit à cette gifle, mais peut-être que si le motocycliste avait porté son casque comme le code de la route l’y oblige, on n’en serait pas là, même si la gifle ne se justifie d’aucune manière.

Au lieu de cette analyse de fond, toute la blogosphère jubile ce matin parce que le policier en question a écopé d’une mise à pied. D’aucuns demandent même sa radiation. Rien que cela ! J’estime, pour ma part, que cet agent ne devrait pas être l’agneau du sacrifice. Tout sénégalais sait à quel point nos relations avec les forces de l’ordre sont dissymétriques. Les dérapages sont nombreux et prennent source dans une relation de parfaite sujétion que nous avons avec l’autorité publique. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Penser que la radiation d’un pauvre agent de police réglera le problème c’est se méprendre lourdement. L’urgence, me semble-t-il, est que nous devons réapprendre ce que recouvre la citoyenneté en termes de droits et d’obligations. Nous souffrons d’une grande carence dans ce domaine. Et c’est cette carence qui a conduit aux deux fautes qui font l’actualité ces derniers jours au Sénégal : le non-port du casque et la gifle infligée.

En définitive, notre pays a mal à sa citoyenneté et ce n’est pas en se réjouissant pendant une semaine de la radiation d’un agent de police que ce fléau sera résolu. Hélas j’ai l’amer sentiment que l’essentiel des gesticulations observées sur cette affaire vise moins à régler un problème fondamental de citoyenneté qu’à contenter une opinion déchaînée par la force des réseaux sociaux.

Pour terminer, je souhaiterais m’adresser à mes concitoyens, à qui je demande de ne pas jeter l’opprobre sur toute la profession des forces de police parce que simplement un agent s’est mal comporté. Le maintien de l’ordre est l’une des fonctions les plus nobles et les plus impérieuses dans une République, surtout dans un contexte où la sécurité de nombre de pays est clairement menacée. Nos forces de l’ordre exercent leur métier dans des conditions souvent très difficiles. Sachons donc raison garder.

Aux autorités étatiques de mon pays, je demande de garder la distance nécessaire pour gérer ce genre de dossiers sans passion et sans épouser le temps médiatique qui pousse souvent à des décisions précipitées et dommageables.

Bon dimanche.

Seydina Omar Ba