FACE A NOTRE DESTIN : C’EST LE TEMPS DU BIEN FAIRE, ET DE LA FIN DU BIEN DIRE

Dakarmidi –  Le talent fait toujours la différence.
Le génie d’un homme s’exprime en effet par son talent et s’affirme par ses compétences.
Quand l’on acquiert par là son statut d’intellectuel, quel que soit ce à quoi l’on touche, le succès est garanti, le leadership est légitimé par le mérite, et sublimé par une exemplarité de bon aloi parée des grands principes qui sont le socle de la stature d’un homme de valeur. Sans hommes de valeur, pas de grande nation. Ni de développement économique et social.
Il n’y a pas de secret.
Tous les pays qui ont privilégié le bien-dire au bien-faire sont les plus pauvres et les plus sous-développés de la terre.
Nous avons le malheur d’en faire partie.
« De sacs à parole » entretenant par la langue uniquement la mémoire de nos héros disparus, au lieu de nous inspirer de leurs actes et d’agir pour changer notre vie, nous sommes devenus « les hommes de la danse dont les pieds reprennent vigueur en frappant le sol dur ».
Ce n’est pas pour rien qu’on nous appelle le continent de l’oralité. Tant que nous accepterons ce statut et pousserons le ridicule jusqu’à le revendiquer au cœur de nos plus hautes instances universitaires, nous serons les damnés de la terre, méditant toujours sur le pourquoi de la raison est hellène, tandis que l’émotion est nègre !
Ne nous étonnons pas de la situation de notre continent. Les causes de notre sous-développement chronique sont culturelles et donc d’ordre civilisationnel. Historiquement, toutes les sociétés où le travail et le mérite présidaient à la promotion sociale ont été infiltrées et déstabilisées par le colonisateur en passant par les maillons faibles de ces peuples : les classes moins impliquées dans la production économique ou la protection de leurs concitoyens.
Ils ont été les plus prompts à répondre à l’appel du missionnaire, et à œuvrer pour la déstructuration d’une culture qui leur empêchait toute forme de promotion sociale car ils étaient peu enclins à l’effort et préféraient vivre de la sueur des autres.
Parcourez Le Monde s’effondre de Chinua Achebe et vous en seriez édifiés.
Cette société de l’oralité a fomenté une subversion des mœurs qui ravale le mérite, la compétence, l’honnêteté et le culte du travail bien fait au rang de mythes, ou de mirages passés d’époque.
Chez nous, il en est ainsi des expressions « mieux vaut la chance qu’une licence, on n’acquiert pas l’argent par le travail, mais par le deal » et j’en passe !
Les grands principes qui président à la construction d’une société de valeurs sans laquelle il n’y pas de développement ni de progrès social sont combattus et rangés aux oubliettes.
Le pouvoir est devenu un enjeu que les gens conquièrent par des moyens qui donnent chaque jour la preuve éclatante à notre jeunesse qu’il n’est point besoin d’être bien formé, ou d’être courageux au travail et honnête dans la vie pour avoir ce que l’on mérite, ou être responsabilisé.
Le cercle du pouvoir qui devait impulser la réhabilitation de nos valeurs devient au contraire le champ de démonstration de la vacuité des principes intangibles qui sont porteurs de développement.
Notre société est plus que jamais réfractaire aux grands idéaux sans lesquels tout peuple basculera irrémédiablement dans l’avilissement, et donc la disparition inéluctable.
Parler d’un Nouvel Ordre Mondial à un peuple sans conscience ni éthique revient à prêcher dans le vide.
Notre situation de sous-développé trouve ses origines au plus profond de notre déliquescence sociale, voulue et entretenue par une classe de plus en plus proliférante qui s’affirme par la fatuité de biens matériels et la superficialité d’un état d’esprit mues uniquement par la célébration d’une existence basée sur la vanité d’une revanche sur un passé ou une histoire peu glorieuse.
Notre continent et notre pays en particulier auraient pu agir comme par exemple la France, au lendemain de nos indépendances : la révolution française a abouti à la fin de la stratification sociale, la suppression des privilèges, une affirmation des libertés fondamentales et une promotion de l’entreprenariat servie par une bien tombée révolution industrielle.
La bourgeoisie principale bénéficiaire de cette révolution a su capitaliser sur ces acquis sociaux pour contribuer à l’essor économique de l’Europe.
Nous avons accédé à l’indépendance, et avons hérité d’états stables, d’administrations compétentes et de richesses nationales de toutes sortes.
Malheureusement, au lieu de travailler à l’émergence de nos pays, nous avons choisi la promotion de contre valeurs charriées par les successeurs des serviteurs de la colonisation, et des collaborateurs de ces pilleurs de royaume dont ils furent les complices actifs.
Accepter le statut de continent de l’oralité en cette période où chacun théorise le Nouvel Ordre Mondial, c’est œuvrer fondamentalement pour le néocolonialisme, et pour la perpétuation d’un système corruptogène et antidémocratique qui finira forcément par un chaos social qui nous plongera dans l’anomie, au grand bonheur du reste du monde.
Cissé Kane NDAO
Président A.DÉ. R