La décision N° 8/2017 du Conseil constitutionnel, un artifice juridique pour écarter les jeunes du scrutin

Dakarmidi – Le 30 juillet prochain, les sénégalais choisirons leurs 165 représentants qui siégeront dans la 13ème législature pour une durée de 5 ans. Pour permettre aux milliers de sénégalais privés de cartes d’électeurs de voter le jour du scrutin, le conseil constitution autorise ces derniers à remplir leur devoir civique avec les récépissés d’inscription accompagnés de tout document d’immatriculation présenté par l’électeur : permis de conduire, passeport, ancienne carte d’identification ou tout autre document pouvant permettre son identification. Cette décision N° 8/2017, loin de son objectif de rétablir le citoyen dans ses droits, constitue un artifice juridique pour écarter à nouveau les jeunes en particulier les primo inscrits de prendre part aux élections. Lors du référendum de 2016, le prétexte fut une machine tombée en panne pour empêcher ces jeunes de voter. Ils étaient des milliers à ne pas avoir entré en possession de leurs cartes d’électeur.
Pour les législatives, le président de la République a mis à contribution ses sept sages, puis que c’est de ça qu’il s’agit, pour neutraliser les jeunes qui sont prêts en a découdre avec son régime. En effet, demander aux sénégalais de voter avec des permis de conduire ou des passeports est une manière subreptice de priver ces millions de sénégalais composés en majorité de primo inscrits, d’un droit constitutionnel. Car, combien de sénégalais sont détenteurs de ces sésames. Ma foi, ils sont infimes. Pis, il n’est fait mention aucune sur les récépissés pouvant indiquer le centre et le lieu de vote pour les primo-inscrits. Ces jeunes, vont-ils faire le tour des centres et bureaux de vote de leurs collectivités locales pour être orientés.
La boite de pandore pour une crise post électoral sans précédent au Sénégal est l’acceptation par le conseil constitutionnel de « tout document pouvant permettant l’identification de l’électeur » dans le lot des documents à présenter pour voter. Puis qu’il n’est pas précisé, des interrogations nous taraudent la tête, Monsieur le Président de la République gardien de la constitution. De quel genre de document il s’agit ? Les cartes de membre d’Association, d’ASC, de Dahira seront-elles acceptées ? Et les autres diplômes, tels que le CFEE, BFEM, BAC, Attestation de réussite, puis que le permis de conduire en est un ? Pourrais-je voter avec mon certificat de mariage ou de divorce ? Quelle est l’autorité dans le centre de vote compétente pour accepter ou non les divers documents qui seront présentés par les électeurs ?
En outre, le conseil constitutionnel, par sa énième décision scandaleuse rendue au nom du président et non à celui du peuple, viole notre constitution pour sauver la face d’un régime incompétent et incapable d’organiser des examens de fin d’année à fortiori des élections libres et transparentes. Les circonstances exceptionnelles évoquées dans cette décision imputables au gouvernement et particulièrement au ministre de l’intérieur ont été créées à dessein pour crédibilisés les résultats préfabriqués dans les grands centres urbains comme Dakar, Touba, Thiés, Zinguinchor etc. Fortes de toutes ces irrégularités, cette élection, qui se tiendra le dimanche prochain, n’en est pas une dans l’histoire politique du Sénégal depuis 1960. Les règles du jeu, pour rappel, ont été édictées, toutes sans exception aucune, via la procédure d’urgence : le vote du code électoral, la modification de l’article L78 du code électoral et la décision du conseil constitutionnel N° 8/2017 qui consiste à faire voter les électeurs sénégalais qui n’ont pas pu entrer en possession de leurs pièces d’identification numérisées CEDEAO. Tout ceci s’est passé au courant de l’année 2017 dans un intervalle de 8 mois sans concertation aucune avec les autres acteurs.
Gade KOUTA
PEM 2 / 2
DESC en communication
Militant du Parti socialiste
Coalition Mankoo Taxawu Sénégal