La cohabitation (Par Cheikh Sadibou Diop)

Dakarmidi – Le mot le plus présent dans le vocabulaire des hommes politiques, des activistes et acteurs de la société civile sénégaIaise est sans aucun doute: la cohabitation. La coexistence institutionnelle entre un chef d’Etat, et un chef du gouvernement (issu de la majorité parlementaire) politiquement antagonistes est appelée COHABITATION. Du Latin CUM, avec, et habitation, venant du Latin HABITO, habiter/résider.

C’est une situation politique dans laquelle le président de la République et le premier ministre appartiennent à des partis politiques opposés. Il est important de préciser avant tout que le Sénégal n’a jamais connu l’expérience d’une cohabitation parlementaire, même si pendant la crise de 1962 nous avions un régime parlementaire bicéphale. Alors les exemples qui nous sont les plus proches nous viendront de la FRANCE.

Celle ci fut expérimentée en réalité pour la première fois en 1986, même si sous la troisième république la FRANCE a connu deux cas quasi similaires avec Le président PATRICE MAC MAHON (1873-1879).

Peu après la mise en place de la troisième république alors que la nature du régime, monarchie ou république venait d’être tranchée (loi du 25 février 1875) un conflit éclata entre le président de la république le Maréchal MAC MAHON, et la majorité républicaine de la chambre des députés.

En mai 1877, les députés refusèrent leur confiance au gouvernement conservateur que le président avait appelé. Deux ans plus tard le 30 mai 1879, le président de la république démissionna.

En 1924, lors des élections législatives, les partis de gauche (socialistes et radicaux socialistes) victorieux refusèrent de former le gouvernement contrairement au souhait du président français de l’époque, ALEXANDRE MILLERAND.

ils lui reprochaient d’avoir, en Octobre 1923 prononcé un discours dans lequel il réclamait une révision de la constitution afin, de renforcer les pouvoirs du président. ALEXANDRE MILLERAND démissionnera plus tard.

Le mot cohabitation a connu tout son sens pendant la V éme (5 éme) république française
1986-1988
FRANCOIS MITTERRAND, président de la république
&
JACQUES CHIRAC
premier ministre

1993-1995
FRANCOIS MITTERRAND
président de la république
&
EDOUARD BALLADUR
premier ministre

1997-2002
JACQUES CHIRAC
président de la république
&
LIONEL JOSPIN
premier ministre

Depuis 2002, le passage du septennat au quinquennat de la durée du mandat du Président de la République et, l’organisation des élections présidentielles et législatives à quelques semaines d’intervalle annihile quasiment la probabilité d’une cohabitation à l’assemblée nationale française au profit de la concordance majoritaire.

Et enfin ce qu il faut retenir pour le cas du Sénégal à quelques semaines des législatives qui seront âprement disputées : les mots le plus absents du débat sont sans aucun doute :
PROGRAMME DE LÉGISLATURE/CONTRAT DE LÉGISLATURE (comprendra qui pourra) en ce qui concerne toutes les options de l’ensemble du prisme politique …et toutes tendances considérées : un mépris pour les citoyens et les activistes en première ligne du front libéral.

Les  » apéristes  » essayent vaille que vaille de polluer le débat sur la cohabitation en utilisant le fallacieux argumentaire de l’article 87 de la Constitution sénégalaise qui donne prérogative au président de la république de dissoudre l’assemblée nationale… mais seulement après deux ans d’exercice de celle ci ce qu ils oublient volontairement de dire.
CHEIKH SADIBOU DIOP
Citoyen senegalais
Esprit libre