Le BAC, les fuites et nous (Par Omar Ba)

Dakarmidi – Ces derniers jours, des fuites à l’examen du baccalauréat au Sénégal occupent la Une des journaux obligeant le Directeur de l’Office du bac à communiquer sur ce qu’il est convenu d’appeler un vrai scandale. De prime abord, il convient d’avoir une pensée pour les honnêtes élèves et sérieux examinateurs qui se sont préparés comme il se doit, et ce, pendant de longs mois, pour être fin prêts le jour de l’examen. Cette affaire appelle certainement des sanctions lourdes envers tous ceux qui sont impliqués dans la chaine de responsabilité.

Néanmoins nous passerions à côté de l’essentiel si nous restons accrochés à la déferlante populaire, voire populiste, qui accuse les autorités – et singulièrement la personne du Directeur de l’Office du Bac – d’être les uniques responsables dans cette affaire.

J’estime qu’en plus de savoir raison garder, il est nécessaire de faire preuve d’un minimum de sérieux et de rigueur dans cette affaire. Et puisqu’il est question du Baccalauréat, sésame qui ouvre les portes de l’Université, lieu de la réflexion par excellence, il n’est pas inutile de faire fonctionner nos esprits au-delà de l’émotion légitime et de la colère justifiée.

La première question à se poser est celle de savoir s’il est possible dans notre pays, voire dans le monde, d’organiser un examen, quel qu’il soit, sans qu’à un moment donné des individus, mandatés pour ce faire, manipulent, sélectionnent, classifient et décident des épreuves à soumettre aux élèves. La réponse est évidemment NON ! En clair, rares sont les actions dans ce monde pouvant totalement se passer d’une intervention humaine.

Une fois ce préalable posé, il apparait donc clairement que c’est de l’humain dont il est question; le Sénégalais dans le cas d’espèce. Un individu dont il convient de questionner la mentalité.

Le scandale des fuites au Bac interroge d’abord notre rapport à la morale, à la rigueur, à l’endurance, à la dignité, au mérite et au goût de l’effort. À la question de savoir si ces valeurs sont aujourd’hui promues dans notre pays, tous les esprits sincères répondraient par la négative. C’est donc faire preuve d’une grande hypocrisie que de voir dans ce qui arrive une simple irresponsabilité des organisateurs. En réalité, jamais un examen ou un concours ne se déroule dans notre pays sans qu’y pèsent des soupçons de fraude, à tort ou à raison. Le sentiment est largement partagé que les résultats de nombre de concours qui ouvrent les portes de la Fonction publique sont connus d’avance. Pire, quoi de plus scandaleux que d’entendre des soupçons de fuites sur le prestigieux Concours général, ce moment solennel à l’issue duquel la Nation tout entière célèbre ses meilleurs élèves.

À y être attentifs, nous sommes donc face à un goulot d’étranglement solidement ancré et dont la résonance s’entend jusque dans les entrailles de note société. À mon humble avis, c’est de cela dont il s’agit au premier chef.

D’aucuns réclament la tête du Directeur de l’Office du Bac sur qui sont déversées les plus dures insanités. Sans doute qu’il devra tirer les conséquences de cette affaire, mais avons-nous sérieusement des raisons objectives de douter de son intégrité ? Dois-je rappeler que depuis au moins 20 ans il est à la tête de l’Office du Bac. Son nom et sa signature figurent sur des dizaines de milliers de diplômes dans notre pays. Le jeter en pâture serait d’autant plus injuste que M. Diaham ne dispose sans doute pas tous les moyens nécessaires pour l’organisation sincère et transparente d’un tel examen.

Faire preuve de sérieux dans cette affaire, c’est d’abord nous remettre en cause en tant que Sénégalais, dans notre rapport avec la rigueur et le mérite. Nous pourrons toujours couper des têtes à chaque fois que survient un scandale de cette nature, mais le système restera vicié aussi longtemps que nous fermerons les yeux sur le fait qu’en réalité le vrai problème c’est NOUS !

Seydina Omar Ba