Après Jammeh, Kémy Séba si vous permettez (Par Mouth Bane)

Dakarmidi – C’est avec un grand intérêt que nous avons lu votre contribution sur la situation politique regrettable qui règne en Gambie. Il faut le reconnaitre, le pouvoir est vacant à Banjul. Un pays deux Présidents ou sans Président.
Encore une fois, nous sommes intrigués par vos plaidoiries à charge contre les Occidentaux et leurs auxiliaires africains. Certes, vous méritez  notre approbation car, la remarque immuable c’est que certains de nos dirigeants (Opposant-Pouvoir) suivent les instructions de leurs Grands Maitres occidentaux dans la gestion de nos affaires purement africaines. Alors, faudrait-il le récuser en politique et l’accepter en économie, sécurité ou en santé ? Mais bon, en vérité, cet aspect de votre contribution ne motive pas notre présente réaction fraternelle.
Vous écrivez : «Le premier responsable de l’impasse politique qui se déroule actuellement en Gambie s’appelle monsieur Barrow. Quand un despote (car Jammeh l’est, nul ne sert de le nier) accepte pacifiquement de quitter le pouvoir (alors qu’il avait toutes les armes en mains pour le garder), après 22 ans, se déclare même prêt à accompagner le futur président, et que ce dernier, trop content de sa victoire appelle ses sponsors occidentaux et déclare qu’il va rejoindre la CPI (retour à l’esclavage juridique) et retourner dans le «commonwealth» (retour à la plantation politique), que pensez-vous que Jammeh  va  faire ?  Échanger son boubou contre une tenue de prisonnier et se faire juger par la marionnette de la Cpi nommée Fatou Bensouda ? ».
Monsieur Séba, nous voudrions juste vous rafraîchir la mémoire à propos de la Cour Pénale Internationale. Dans son exposé des motifs, le législateur vise les crimes suivants : génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. En somme, il s’agit de lutter contre l’impunité commise dans un Etat-Partie. Contrairement à ce que vous écrivez, la CPI n’est pas de «l’esclavage juridique». C’est une juridiction et chaque Etat est libre d’y adhérer sans aucune forme de contrainte. L’adhésion à la Cpi est libre et gratuite, sa dénonciation aussi.
Kémy, vous semblez défendre Yahya Jammeh qui a pourtant signé le statut de Rome le 7 décembre 1998 pour adhérer à la Cpi. C’est-à-dire 04 ans après son arrivée au pouvoir. La Gambie a déposé son instrument de ratification du Statut de Rome le 28 juin 2002. La Cpi est entrée en vigueur le 01 juillet 2002. Allez demander à Jammeh pourquoi il avait ratifié le Statut de Rome. Donc le dictateur de Kanilay fait partie des parrains de «l’esclavage juridique » (la Cpi) pour reprendre votre expression.
Il est trop simpliste de critiquer l’Occident avec des formules volcaniques dictées par un tempérament de jeune non averti. Le subjectivisme actif et les fausses présomptions entachent la pertinence des actions de l’activiste. Analysons les faits avec une rigoureuse lucidité dépassionnée.
Les pays africains sont prompts à signer des Conventions et des Traités sans en mesurer les conséquences. A nos jours, 124 pays sont États Parties au Statut de Rome de la Cour pénale internationale. Parmi eux, 34 pays africains, 19 pays asiatiques,  18 pays de l’Europe Orientale, 28 pays de l’Amérique Latine et 25 pays de l’Europe occidentale. Comme vous pouvez le constater, l’Afrique est le continent qui compte le plus d’Etats-Parties à la Cpi. Alors qui a tordu le bras aux africains pour qu’ils adhérent au Statut de Rome ? Mêmes les Usa qui ont signé le Statut ne l’ont pas encore ratifié depuis 1998. Aujourd’hui, dire que la Cpi ne poursuit que les africains c’est se comporter en petit africain naïf qui refuse d’assumer ses actes. Quand on ratifie un Traité c’est pour le respecter dans toute sa rigueur. La Cpi ne poursuit que les africains parce que la majeure partie des pays africains l’ont ratifiée.
Le 28 juin 2002, Yahya Jammeh a fait adhérer son pays à la Cpi pour annoncer son retrait  14 ans après, c’est-à-dire ce mardi 25 octobre 2016. Sachez que, Jammeh n’a pas encore déposé ses instruments de retrait de la Cpi au Secrétariat général de l’Onu. Donc la Gambie est toujours membre de cette Cour pénale.
Adama Barrow ne peut être responsable des actes posés par Jammeh himself. La décision du nouveau Président Gambien de réintégrer la Cpi n’est qu’une volonté politique d’un pays souverain. Même si la Gambie ne «réintégrait» pas la Cpi, Jammeh ne pourrait pas se soustraire à la Justice gambienne ou à la Justice internationale. La dénonciation du Statut de Rome n’empêchera pas la poursuite pénale, puisque le retrait ne deviendra effectif qu’un an après l’avoir  notifié au secrétaire général de l’ONU. Par conséquent, Jammeh est toujours dans le box. La ratification des Statuts de Rome de 1998 par la Gambie, octroie toutes les compétences à la Cpi pour poursuivre Jammeh.
Toute personne accusée de crimes internationaux doit rendre des comptes quelle que soit sa nationalité mais dans le cadre d’un procès équitable. Malheureusement, les compétences de la Cpi sont limitées à la condition de sa ratification.
La non ratification du Statut de Rome ne devrait soustraire à la justice les auteurs de ces crimes commis en Irak par les Usa, en Syrie, en Libye, au Rwanda par la France.
L’activisme passif (spectateur) qui consiste à peindre tout en noir ne doit pas nous soustraire de la rigueur dans l’analyse et dans l’appréciation. L’activisme aveugle débridé ne profite pas à l’Afrique. Essayons de participer à la définition des politiques publiques pour changer la donne, c’est cela le vrai activisme utile.
Les africains doivent engager la bataille sur la réforme de la Cpi dont les compétences devraient être applicables sur tout Etat membre des Nations Unies sans aucune condition de ratification.
Enfin, il faut aller vers la création d’une Cour Pénale Africaine (CPA).  Nous avons connu les décevantes Chambres Africaines Extraordinaires (CAE) qui ont malheureusement perdu toute leur petite crédibilité avec le procès d’Hissein Habré.
M. Mamadou Mouth BANE
Chercheur en Criminalité, Terrorisme et Sécurité
Président du Mouvement citoyen «Jubanti Sénégal»
Ancien Conseiller du Président Hissein Habré