« La liberté d’expression c’est plutôt le respect des croyances des autres. »

Dakarmidi  – La tension couve entre la France et nombre de pays musulmans. Depuis que le président Macron a déclaré que son pays ne renoncerait pas aux caricatures dites du prophète Mohammad (PSL), plusieurs actes ont été posés du côté des musulmans. Officiant au département d’arabe de l’Université Cheikh Anta Diop de dakar (Ucad) et ancien ambassadeur du Sénégal en Egypte, le Pr Babacar Samb décortique les pans de ce conflit naissant.

Quelle analyse faites-vous de cette situation qui prévaux aujourd’hui entre la France et les pays musulmans sur la question des caricatures?

L’implication personnelle du  président Macron a donné un caractère officiel à ces caricatures. Ce qui heurte le monde musulman. L’Oci est obligé de réagir, la Turquie  d’Erdogan vous avez suivi sa réaction. C’est tout le monde musulman qui se trouve aujourd’hui heurté par les caricatures offensantes et par l’implication de tout l’appareil d’Etat français. Effectivement, cela provoque la haine, le rejet de la France. Cela peut même aller jusqu’au rejet de la France par les pays musulmans et les organisations musulmanes comme l’Oci.

« Les musulmans français modérés peuvent être amenés  à se radicaliser « 

Quid de l’a déclaration de l’Oci ?

L’Oci a fait une déclaration où il dénonce l’amalgame répété et dire que l’islam est loin du terrorisme. Une déclaration quand même intéressante. Mais qui est un peu tardive. C’est la Turquie qui, toujours, monte au créneau le plus tôt possible pour dénoncer cette mascarade et cette offensante caricature qui heurte la croyance des musulmans de manière générale. Mais surtout les musulmans français modérés peuvent être amenés  à se radicaliser contre des caricatures répétées de Charlie Hebdo. C’est comme si c’est quelque chose qui est orchestré, non pas contre les musulmans, mais contre l’Islam-lui-même.

L’Oci n’a plus l’aura qu’il avait avant. Qui était une organisation  qui  regroupe tous les pays musulmans, organisation tolérante, compréhensive par rapport à l’évolution du monde et qui est pour la coopération entre musulmans et non musulmans. Mais depuis quelques temps, l’Oci n’a plus cette position de prise en charge du monde musulman face à l’occident.

Le mutisme de nos chefs d’Etat africains comme, Macky Sall, est aussi pointé du doigt…

Quand il y a eu l’attaque de Charlie Hebdo on avait invité presque l’ensemble  des chefs d’Etat africains à Paris pour manifester contre l’intolérance et le terrorisme. Le président Macky Sall était le seul qui avait réagi clairement condamnant les caricatures. Et aujourd’hui on n’entend plus personne parce que nos pays, peut être avec la situation de pandémie et les situations politiques qu’on  connait dans la sous régions avec la Guinée et la Cote d’Ivoire, il n’y a pas de réaction spontanée et tout le monde adopte une attitude de repli. Ne  pas condamner veut dire qu’on est d’accord ou bien condamner veut dire qu’on est contre. Ce n’est pas cela. C’est de faire l’indifférences pour montrer  qu’on est effectivement comme tous les pays musulmans d’accord avec ce que dit l’Oci on n’a pas besoin de dire autre chose je pense que c’est ainsi qu’on pourrait l’interpréter.

« La liberté d’expression c’est plutôt le respect des croyances des autres. »

La France, elle, évoque la liberté d’expression…

La liberté d’expression c’est surtout le respect des croyances des autres. Car la croyance c’est  autres chose. On peut être libre de parler  du temps qu’il fait, de la politique économique et sociale, mais il n’y a pas de liberté absolue sur la croyance des autres. Ce qui se passe aujourd’hui s’inscrit vraiment dans des relations entre  la France, en tant que puissance, qui veut imposer une certaine volonté à certains pays. Regardez ce qui s’est passé au Liban où Macron a dit ‘‘formez-moi un gouvernement dans une semaine sinon je vais arrêter tout’’. Aujourd’hui, même les pays musulmans, producteurs de pétrole, qui étaient très forts dans les années 70 après la guerre Israélo-arabe, où ils pouvaient imposer leur volonté à l’occident, aujourd’hui sont en position de faiblesse.

Comment cela ?

Ils sont surtout des pays qui cherchent plutôt l’appui de l’occident comme le fait Salmane d’Arabie Saoudite, les Émirats, le Bahreïn et même entre les pays arabes. Il n’y a plus cette unité. Le Qatar est mis en quarantaine, l’Egypte, l’Arabie saoudite, les Émirats Arabe Unis qui font la Guerre au Yémen etc. On n’a plus un monde arabe compact, plus une organisation de la ligue des États arabes qui pouvait réagir sur le problème Palestinien, le problème d’agression d’un pays arabe ou même sur le problème de la religion.

Le boycott des produits français dans certains pays arabes ?

C’est difficile à mettre en œuvre en réalité. Cela existait dans les années 60-70 quand il y  avait le Boycott des produits venant d’Afrique du Sud, d’Israël ou des pays de dictature comme l’argentine etc. Mais aujourd’hui avec la mondialisation, rien qu’au Sénégal, si vous voulez que personne n’aille à Auchan, à Casino etc. Tous les produits importés de l’extérieur à 80% viennent de la France. Ce qui veut dire qu’il y a une certaine classe sociale qui serait concernée plus que d’autres. Quand on voit, cependant, comment ces magasins se sont arrangés pour vendre même de petites quantités comme les boutiques, alors cela concerne tout le monde. Donc c’est extrêmement difficile à mettre en œuvre.

Comment le réussir ?

Il faut qu’on ait des associations de consommateurs favorables à ce boycott, que les associations de défense des droits de l’homme s’impliquent pour expliquer, sensibiliser la population. Ce qui est difficile quand il s’agit de religion, d’avoir l’unanimité autour de cette question.