France: Pierre Menes met le groupe Canal+ dans une mauvaise posture

Ce lundi midi, le mot dièse #PierreMenesOut était en tête des sujets les plus discutés sur Twitter. Plus de 16.500 tweets (à 13 heures) en faisaient mention. La plupart des internautes expriment leur indignation quant aux révélations – ou rappels – des agissements du journaliste sportif à l’égard de ses consœurs. Beaucoup demandent également qu’il soit évincé du groupe Canal+ qui l’emploie. Contacté par 20 Minutes, le groupe audiovisuel a simplement répondu : « Nous ne faisons pas de commentaires. » Dimanche à 18 heures, Canal+ diffusait Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste, réalisé par Marie Portolano.
Cette dernière – qui vient de quitter la chaîne cryptée pour rejoindre M6 – a recueilli les témoignages de femmes journalistes qui exercent ou ont travaillé au sein de rédactions sportives. Elles y évoquent la condescendance, le mépris, la remise en cause des compétences, les vexations, les remarques sur le physique, voire le harcèlement et les agressions auxquelles elles ont du faire face. Un documentaire édifiant qui suscite des réactions majoritairement enthousiastes du public sur les réseaux sociaux, les internautes saluant le courage des femmes qui ont accepté de témoigner de ce qu’elles ont vécu. « La question la plus pourrie, c’est toujours elle [qui la pose] » Avec un parfait sens du timing, Les Jours publie dans la foulée de la diffusion de Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste, un article révélant que Canal+ aurait censuré deux séquences mettant en cause son consultant maison, Pierre Ménès.
L’un de ces extraits concerne la manière dont le spécialiste du ballon rond a embrassé, par surprise, sa collègue Isabelle Moreau sur le plateau du Canal Football Club en 2011. La journaliste, selon nos confrères, après avoir revisionné ce passage explique, « en larmes » à Marie Portolano que cela a « [ruiné] dix ans de sa carrière : ce qu’on attendait d’elle sur ce plateau, c’était qu’elle soit cette fille qui se laisse embrasser, pas son travail ni son expertise journalistique. » Marie Portolano a ensuite montré à Pierre Ménès, via une tablette, la réaction d’Isabelle Moreau. Il se serait emporté, mettant en cause l’ère #MeToo et assurant qu’elle était consentante. Ce passage a été caviardé. Ne subsiste dans le documentaire qu’une brève archive montrant Isabelle Moreau s’adresser à Samir Nasri en plateau et, alors que celui-ci ne sait que répondre, Pierre Ménès lance : « La question la plus pourrie, c’est toujours elle [qui la pose] ».
Marie Portolano, elle-même concernée directement par l’autre séquence expurgée – Pierre Ménès lui assurait, selon Les Jours, ne pas comprendre pourquoi elle s’est sentie humiliée par le fait qu’il a un soir, après un tournage, soulevé sa jupe – a réagi à la montée de la polémique. Dimanche soir, elle écrivait sur Twitter : « l’essentiel, c’est la parole des femmes qui a été intégralement respectée par Canal+. S’il vous plaît, ne l’oubliez pas ». La journaliste n’a pas donné suite aux demandes d’interviews de 20 Minutes. Par ailleurs, ce lundi, une autre vidéo refait surface en ligne. Dans un extrait de Touche pas à mon sport, ancienne émission diffusée sur C8, on voit ainsi Pierre Ménès se lever et embrasser sur la bouche, sans la prévenir ni se préoccuper de son consentement, la chroniqueuse Francesca Antoniotti. Tandis que celle-ci apparaît mortifiée, il se justifie en expliquant qu’il avait fait « un pari » dans les loges. « Les personnes présentes sur le plateau et les téléspectateurs ont assisté ici à une agression sexuelle caractérisée », a commenté ce lundi l’ex-ministre Cécile Duflot au sujet de ces images.