L’OPPOSITION PERD SES MILLE ET UNE BATAILLES

Les dés sont enfin jetés ! – Tous les candidats à la succession du président sortant, Macky Sall au fauteuil présidentiel doivent se lancer, dès ce lundi 27 août, dans la collecte officielle de signatures de parrains

A partir de lundi 27 août prochain, tous les candidats à la candidature de la présidentielle du 24 février 2019, se lanceront officiellement dans la collecte de signatures des parrains, conformément au Code électoral. Ainsi donc, le système de parrainage, qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive, passe malgré toutes les tentatives initiées par l’opposition sénégalaise pour barrer la route à ce système de filtre. De la bataille de l’opinion à celle diplomatique, en passant par celle parlementaire, ou encore celle de la rue et celle juridique, le chef de l’Etat, Macky Sall a été intransigeant sur la nécessité de rationnaliser les candidatures aux prochaines joutes.

Les dés sont enfin jetés ! Tous les candidats à la succession du président sortant, Macky Sall au fauteuil présidentiel doivent se lancer, dès ce lundi 27 août, dans la collecte officielle de signatures de parrains, pour espérer prendre part à la présidentielle du 24 février 2019. Il faut à chaque candidat au moins 53.000 signatures, à savoir 0,8% et au plus 67.000 signatures, soit 1% des inscris sur le fichier électoral. Cela, en raison de 2000 parrains dans au moins 7 régions du Sénégal. Ce qui signifie que toutes les batailles initiées par les pourfendeurs du système de parrainage, qui ont multiplié les stratégies de lutte contre ce dit filtre, ont finalement été vaines.

LA BATAILLE DE L’OPINION : l’opposition boycotte les concertations

En Conseil des ministres du lundi 19 mars dernier, le chef de l’Etat, Macky Sall adopte des projets de lois portant modification du Code électoral et de la Constitution. Ces adoptions font suite à la réception du rapport des travaux de la Commission de concertation dirigée par l’ambassadeur Seydou Nourou Ba. Ainsi donc, le président de la République tranche en faveur du pôle de la mouvance présidentielle, sur la question du parrainage qui n’avait pas trouvé de consensus entre les pôles présents lors des discussions, en l’absence de l’opposition dite «significative». La mouvance présidentielle, rappelant la pléthore de listes lors des législatives du 30 juillet 2017, a avancé la nécessité de rationnaliser les candidatures. Un argument qui ne pouvait passer pour les pôles de l’opposition et des non-alignés présents aux discussions, ainsi que les partis de l’opposition qui ont tout bonnement boycotté ce cadre de concertation. Tous y voyaient une volonté manifeste du régime actuel de barrer la route à certains de ses adversaires politiques à la présidentielle prochaine, en invalidant leur candidature pour défaut de signatures. L’immixtion de la société civile, sur invitation du président de la Commission de concertation, Seydou Nourou Ba, n’y fera rien. Toutes les parties restent figé sur leur position de départ. L’opposition fait ainsi planer le spectre du 23 juin-bis, le jour du vote de la loi, prévue le 19 avril dernier.

LA BATAILLE PARLEMENTAIRE : les tentatives d’ajourner la séance échouent

Appelés, le 19 avril 2018, à statuer sur le projet de loi N°13/2018 portant révision de la Constitution pour y introduire le parrainage pour tous à toute élection, les députés de l’opposition ont tenté en vain de retarder le vote de ladite loi. Sentant que les carottes étaient cuites, avec une majorité «mécanique» qui rejetait sans fioriture toutes les questions préalables soulevées pour chercher à ajourner la séance, les députés de l’opposition et les non-inscrits ont déployé moult stratégies, allant de l’occupation musclée du parloir à la multiplication des questions préalables, en passant par la prise de parole sans autorisation. Ce sera sans compter avec la détermination des parlementaires de la majorité qui a procédé au vote «sans débats» de la loi sur le parrainage, sur proposition du député Moustapha Cissé Lo. Par conséquent, la majorité a donc adopté ladite loi avec le dépassement du quorum de 3/5 requis pour toucher à la Constitution par voie parlementaire. Cela, en l’absence de leurs adversaires politiques, qui ont tout bonnement boudé la séance.

LA BATAILLE DE LA RUE : les populations ne s’emballent pas

Les quelques militants et sympathisants de l’opposition, qui voulaient manifester dans les rues du centre ville, ont vite été dispersés par les forces de l’ordre déterminés à permettre un vote avec quiétude de ladite loi. Pendant que les parlementaires de la 13ième législature étaient en pleine plénière, le lundi 18 juin,  pour voter la modification du Code électoral afin d’y apporter les mesures d’application du système de parrainage, une partie de l’opposition sénégalaise, regroupée autour du Front démocratique et social de résistance nationale (Frn) faisait face à la presse. Le député-coordonateur national adjoint du Parti démocratique sénégalais (Pds), Oumar Sarr et compagnie ont ainsi annoncé une kyrielle d’actions à dérouler pour barrer la route au système de parrainage. Parmi ces actions à mener, figure la grande journée de mobilisation le 13 juillet, sur tout le territoire national et dans la diaspora. L’idée, selon les membres du Frn, est de montrer leur détermination à faire face par rapport à la situation actuelle. Malgré la forte mobilisation du jour de l’opposition, ainsi que tous les slogans hostiles au pouvoir, le régime ne bouge pas d’un seul iota.

LA BATAILLE JURIDIQUE : les «7 Sages» s’en lavent les mains

Au delà de la communication large que le Front envisage de mener, ses membres prévoient, en outre, de saisir le Conseil constitutionnel, même s’ils ont quelques appréhensions par rapport à cette Institution juridique. Ils avertissent, par conséquent, les «7 Sages» du Conseil constitutionnel qu’il n’était pas question d’accepter qu’ils se déclarent systématiquement incompétents devant les saisines de l’opposition au moment où ils acceptent de se substituer aux législateurs, comme cela a été le cas lors des législatives de 2017. Hélas, les avertissements et mises en garde du Frn ont semblé tomber dans l’oreille d’un sourd, dans la mesure où ledit Conseil s’est déclaré incompétent sur son recours pour annulation de la loi sur le parrainage. Pour autant, ledit front qui regroupe des partis de l’opposition, des membres de la société civile, tout comme des organisations syndicales ne s’avouent pas vaincu et porte l’affaire devant la Cour de justice de la Cedeao. Cette instance n’a pas encore rendu son avis sur le sujet.

LA BATAILLE DIPLOMATIQUE : Macky Sall refuse toute ingérence

Dans la lutte contre le parrainage instauré par le régime de Macky Sall, le Frn n’a pas laissé en rade les guides religieux et chefs coutumiers. Ainsi donc, la quasi-totalité des foyers religieux du pays, ainsi que l’Archevêque de Dakar, Mgr Benjamin Ndiaye, ont tous reçu la visite de l’opposition, décidée qu’elle était à faire revenir à «la raison» le pouvoir actuel sur le système de parrainage. Mieux, l’opposition multiplie les actions diplomatiques, en rencontrant la Délégation de l’Union européenne à Dakar, ainsi que certaines représentations diplomatiques de pays étrangers au Sénégal. Partout où le Frn passe, il attire l’attention sur les menaces qui pèsent sur l’absence de consensus entre les acteurs autour du processus électoral, ainsi que sur les «dérives» du régime de Macky Sall. Toutes ces démarches et tentatives initiées par l’opposition regroupée autour du Frn n’y feront rien. Le chef de l’Etat, Macky Sall et sa mouvance présidentielle, qui tenaient coûte que coûte au système de filtre du parrainage pour tous, s’arcboute dans le refus de toute ingérence.

Reste à savoir ce qu’il adviendra de la collecte des signatures qui doit démarrer officiellement ce lundi 27 août, jusqu’au jour de dépôt des candidatures, le 11 décembre prochain. Le moins que l’on puisse dire,  c’est que le compte à rebours a commencé, quand on sait qu’en cas de signatures multiples, celle de la liste déposée en premier, reste la seule valable. Ça risque de se bousculer aux portes du greffe du Conseil constitutionnel le 11 décembre prochain.

La Rédaction