Les vraies raisons de la tentative d’évasion de la fille de l’Émir de Dubaï

Après le décès suspect du fils de l’Émir de Dubaï en 2015, la récente tentative d’évasion d’une de ses filles a encore mis les Émirats arabes unis dans une position inconfortable. Pressée par l’ONU de fournir des explications sur cette nouvelle disparition, la pétromonarchie traverse actuellement une période compliquée sur le plan diplomatique.

L’affaire a fait grand bruit de Londres à New Dehli, digne d’un scenario hollywoodien qui ne dirait pas son nom. Le 24 février, la princesse Latifa, fille du puissant Émir de Dubaï, Mohammed ben Rachid al-Maktoum, aurait tenté de fuir les Émirats arabes unis pour l’Inde en passant par l’Oman voisin puis en embarquant discrètement dans un yacht piloté par un Français de 62 ans, Hervé Jaubert. Partie en compagnie d’une amie finlandaise, Tiina Jauhiainen, la jeune femme de 32 ans souhaitait demander l’asile diplomatique à Goa, sur les côtes indiennes, se plaignant d’être enfermée et torturée par son père.

Mais à seulement une cinquantaine de kilomètres du but, l’équipage aurait été intercepté par un bateau militaire indien dans les eaux internationales, détenu puis renvoyé aux Émirats. Dans une vidéo de 39 minutes publiée le 8 mars sur les réseaux sociaux, la princesse a ensuite expliqué être en grand danger et craindre pour sa vie dans sa résidence de Dubaï, où elle vivrait sous l’emprise de son père, par ailleurs Premier ministre et vice-président des EAU.

Alertées par ce témoignage glaçant, les ONG Detained in Dubaï et Human Right Watch ont porté l’affaire devant les médias, tandis que l’agence onusienne spécialisée dans les disparitions suspectes (UNWGEID) a demandé des explications à l’Inde et aux Émirats pour justifier l’invention militaire dans les eaux internationales et s’assurer de la sécurité de Latifa.

Ses compagnons d’aventure ont, quant à eux, été expulsés mano militari du pays. Hervé Jaubert, un ancien agent des services secrets français, aurait été contacté par la princesse en sa qualité d’auteur du livre Escape from Dubaï, publié en 2009, dans lequel il raconte comment il a échappé aux poursuites de la justice émiratie. Ayant pris fait et cause pour sauver la jeune femme de sa triste situation, il a été assisté par un autre Français de 40 ans, Christian Elombo, qui a aidé Latifa et Tiina à fuir clandestinement les Émirats par Oman. Arrêté au Luxembourg suite à l’émission d’un mandat d’arrêt international à son encontre, ce dernier a finalement été remis en liberté. Jointe récemment par une responsable de Detained in Dubaï, la princesse serait, elle, apparue dans un état de grande détresse et de panique, laissant craindre le pire sur ses conditions de détention…

Émirats : une image de plus en plus lésée à l’international

Dans un pays où l’or noir a rendu ses dirigeants riches jusqu’à l’indécence, le sort de la fille de l’Émir de Dubaï rappelle celui, moins enviable encore, de son fils Rachid al-Maktoum, décédé dans ses circonstances suspectes en septembre 2015. Connu pour ses excès en tous genres (fêtes, sexe, alcool et drogue), l’ex-second à la succession du Cheikh Mohammed ben Rachid al-Maktoum été retrouvé mort chez lui à l’âge de 33 ans, officiellement des suites d’une crise cardiaque.

Difficile, dans ces conditions, de ne pas penser à une mise à l’écart en règle du jeune prince, dont les frasques nuisaient ostensiblement à la réputation de l’Émir. Ce dernier l’avait d’ailleurs écarté de sa position initiale de premier héritier suite au meurtre présumé de son assistant, qui aurait été couvert par l’ambassade des États-Unis à Dubaï. Jusque-là prompt à passer l’éponge sur les réactions autoritaires du dirigeant émirati, Washington semble à présent perdre patience vis-à-vis de son précieux – pétrole aidant – mais encombrant allié. Une nouvelle fois écornée suite aux révélations de l’affaire Latifa, l’image des Émirats arabes unis n’en finit pas de se dégrader à l’international, poussant ses partenaires historiques à hausser de plus en plus le ton.

En première ligne, avec l’Arabie saoudite, du blocus imposé au Qatar depuis plus d’un an, les EAU entretiennent depuis quelques mois des relations particulièrement tendues avec la Somalie en raison de sa position neutre dans le conflit secouant le Golfe. Pour faire pression sur Mogadiscio, les Émirats ont mis fin à leur programme de coopération militaire, arrêté le financement d’un hôpital de la capitale et suspendu les visas accordés aux Somaliens.

Ses dirigeants brandissent même la menace de cesser les importations de bétail en provenance de Somalie. Devant les proportions prises par l’embargo sur le Qatar, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a appelé, lors d’une visite expresse à Riyad, ses homologues saoudiens et émiratis à renouer avec le voisin qatari, signe de l’impatience de Washington devant cette situation qui met en péril la paix dans la région. Également impliqués dans le conflit armé au Yémen mené par l’Arabie saoudite, les EAU ne font décidément rien pour redorer leur image. Du côté des pétromonarchies, il n’y a guère que les cours du pétrole qui demeurent à la hausse ces derniers mois…

La Redaction