Dakarmidi – Il n’y a pas de fracas quand Pape Faye entre dans une salle. Pas de projecteurs braqués, pas de discours. Juste un homme, droit, avec la gravité douce de ceux qui savent que les mots peuvent porter un peuple.
Dramaturge, poète, président de l’Association des Comédiens du Sénégal… mais au fond, Pape Faye c’est d’abord un passeur. Sa façon d’accomplir son métier est inimitable parce qu’elle n’est pas dans le geste, elle est dans l’intention. Il écrit avec les pieds dans la terre. Chez lui, le théâtre ne vient pas d’un manuel. Il sort de Sandaga, des concessions, des cours de récréation, des palabres sous le manguier.
Il prend la langue du quotidien, ce wolof francisé, ce français sali par la rue, et il la polit, sans la trahir. Ses pièces ne donnent pas de leçons. Elles posent des miroirs. Et devant, le public se reconnaît. Il dirige comme un grand frère. À la tête des comédiens du Sénégal, il n’est pas un patron. Il est un gardien. Il se bat pour que le métier d’artiste ait de la dignité, pour que les jeunes trouvent une scène et non des portes fermées. Il répète, corrige, recadre, mais toujours avec cette patience de professeur qui sait que le talent a besoin de temps. Il fait de la poésie une arme de paix.
Pour Pape Faye, la poésie sénégalaise n’est pas une exportation. C’est un pont. Dans ce Sénégal de Ndiadiane Ndiaye et de Kocc Barma Fall, de Senghor et Birago Diop et tant d’autres éminents dramaturges aux œuvres immortelles, Pape Faye fait vivre son art avec la même ardeur et la même constance que le soleil qui se lève chaque matin sur les vastes champs de mil. Son inimitable, c’est ça : il ne joue pas pour être applaudi. Il joue pour que quelque chose reste debout après l’applaudissement.
Une valeur. Une question. Une conscience. Il n’élève pas la voix. Il élève les autres. Il fait du théâtre pour nous donner le courage de faire face à la réalité, puis la force de la transformer. Pape Faye n’a pas inventé le théâtre sénégalais. Il l’a rendu responsable. Et c’est peut-être pour ça qu’on l’appelle « Président ». Pas parce qu’il commande. Mais parce qu’il tient.
Doyen Majib Sène
