Affaire Prodac: retour sur les lieux du crime

L’affaire des gros sous du PRODAC, soulevée par nos confrères de Libération, qui ont eu à publier le rapport de L’inspection générale des Finances est loin de connaître son épilogue.

Si les conclusions des enquêteurs du ministère des Finances met à nu des pratiques peu orthodoxes de l’ancien ministre de la jeunesse, Mame Mbaye Niang, elle cache de nombreuses zones d’ombre dont le premier responsable est le ministre des finances, Amadou Bâ. Enquête au coeur d’une mafia de haute facture.

Pour comprendre la gravité du scandale du Prodac, il faut remonter à l’an 2014 et la gestion du ministre, Benoît Sambou. En cette année-là, les partisans du président avaient réfléchi sur les voies et moyens de permettre la création d’emplois pour les millions de jeunes en attente de leur premier salaire. L’agriculture étant l’un des rares secteurs capables d’absorber autant de chômeurs, les équipes de Benoît Sambou -qui avaient présenté le projet au chef de l’Etat et obtenu son onction- s’étaient lancées dans une opération de recherche de financements.

« C’est en Corée du sud que nous avons trouvé un grand groupe capable de financer le projet. Ils ont mis 100 milliards de F CFA sur la table », a témoigné une source proche de Abdoul Mbaye qui croit que, de tous les acteurs politiques, l’ancien Premier ministre est le premier qui a cru en ce projet et apporté son soutien à Jean-Pierre Senghor et compagnie. « On était plein d’ambition pour ce pays, on voulait réaliser de grandes choses et permettre la réalisation des promesses du candidat Macky sall, en 2012. Voila le contexte dans lequel le Prodac a été mis en place. Et le partenaire que nous avions trouvé était très sérieux et déterminé à nous accompagner ».

Loin d’être un vil engagement, la volonté affichée du financier coréen était réelle et ses offres alléchantes. « Le prêt qu’il a concédé au Sénégal est donné au taux de 2%. Allongé sur 30 ans et, cerise sur le gâteau, il nous accordé un délai de grâce de 5 ans », a soutenu une source à la présidence ayant assisté aux tractations financières. Revenus victorieux de Séoul, les sénégalais ont rendu compte à la présidence de la République. « Et, le chef de l’Etat était tellement satisfait de cette offre qu’il avait fait venir le financier à Dakar. Il l’a rencontré en audience et instruit Amadou Bâ de faire le nécessaire pour finaliser le projet. »

Ayant trouvé le financier, il était temps de trouver un partenaire technique capable de réaliser ces projets de Dac dans un délai raisonnable de 2 ans. Ainsi donc, une course contre la montre s’est enclenchée. Et les fonctionnaires voulaient que le président puisse inaugurer ces domaines agricoles avant l’élection présidentielle de 2017. « Nous avons passé 3 mois à chercher le partenaire agricole capable de faire ce travail à temps. Et de tous, les Israéliens de Green 2000 avaient l’expertise. D’ailleurs, c’est sur internet que nous avions trouvé. » A déclaré un ancien du cabinet de Benoît Sambou, aujourd’hui dépité de voir ce que Mame Mbaye Niang et Amadou Bâ ont fait de leur « bébé ».

Parce que, si c’est Benoît Sambou et son équipe qui ont créé et mis en place ce projet, c’est son successeur, Mame Mbaye Niang, qui récoltera les fruits de ce labeur qui leur a pris des nuits et des jours de réflexion. Et, celà ils ont du mal à l’accepter même par devoir de solidarité gouvernementale et de parti, ils refusent de verser publiquement dans le débat.

C’est le remaniement de 2014 et son arrivée au ministère de la jeunesse qui a fait entrer Mame Mbaye Niang dans ce dossier à milliards. Projet 100% agricole, si le Prodac s’est retrouvé au ministère de la jeunesse, c’est que son coordinateur -qui est un proche de Benoît Sambou- a quitté le ministère de l’Agriculture avec son ministre pour se retrouver à la jeunesse. Au moment où Mame Mbaye Niang s’est retrouvé au ministère de la jeunesse, Jean-Pierre Senghor a hérité du statut de coordinateur du Prodac et placé sous la tutelle de Mame Mbaye Niang. A partir de ce moment avec Amadou Bâ, le duo va mettre en place un plan savamment orchestré pour faire du Prodac leur vache laitière.

« Alors que la délégation sénégalaise est attendue à Séoul pour signer un protocole d’accord avec le financier coréen, Mame Mbaye Niang s’est opposé à ce que le ministre du budget Birima Mangara -qui est un ancien de l’IGE-, fasse parti du voyage. » A soutenu une source anonyme au ministère des finances. Au retour de la délégation partie à Séoul, les fonctionnaires des finances, par solidarité pour Birima Mangara ou sur instruction de leur ministre, Amadou Ba, ont refusé tout bonnement de valider le partenariat. Nous avons cherché sur ce point à avoir la version de Amadou Ba. Mais, le ministre des finances n’a jamais répondu à nos sollicitations. Quoi qu’il en soit, c’est par cet acte qu’a débuté le contrôle parallèle du Prodac par la bande à Amadou Bâ. Et a commencé la descente aux enfers de ce projet salutaire qui devait permettre à des milliers de jeunes de trouver du travail.

La Rédaction