Ousmane Sow, le magicien de la glaise

Dakarmidi – 1999, Paris se réveille avec une drôle d’exposition. Les promeneurs sont alors saisis par ces sculptures géantes d’hommes mimant des scènes de guerre. Sur le pont des Arts, le sculpteur sénégalais Ousmane Sow expose Little Big Horn, l’histoire oubliée de la défaite du général Custer face à Sitting Bull et aux peuples amérindiens. Réalisée entre 1994 et 1999, elle comprend vingt-trois personnages et huit chevaux représentant des scènes de bataille avec des tribus africaines et amérindiennes : Masaï, Peul, Zoulou et Nouba.

« Le pont des Arts est un événement qui est resté dans les mémoires, dans tous les pays : les gens m’en parlent comme si c’était hier, en se trompant de date ou de pont de Paris, mais ils ont encore les yeux qui brillent », se plaisait-il à raconter. Ainsi était née la sculpture narrative. Un pari osé pour un artiste inconnu jusqu’à ses 50 ans. Mais, voilà, ce n’était pas le but. Le propos d’Ousmane Sow : « Ceux qui se soumettent sans rien tenter ne m’intéressent pas : j’aime souligner que les petits ont une chance contre l’asservissement. »

Un artiste qui a eu tout de suite la cote

Quelques années auparavant, il s’était déjà fait un nom dans son pays natal, le Sénégal. Un ami avait convaincu le Centre culturel français de Dakar de regarder de plus près les sculptures de Sow et celui-ci lui avait consacré une exposition en 1987. Un succès et le début d’une carrière fulgurante pour cet homme libre, qui, toute sa vie, a créé des ponts entre l’Afrique et l’Occident. Et aussi un « saut dans l’inconnu », qu’il représenta sur son épée lorsqu’il devint en 2013 le premier Africain à rejoindre l’Académie des Beaux-arts en tant que membre associé étranger. La série des Nouba, inspirée par les photos de Leni Riefenstahl, est présentée à la Documenta de Kassel en 1992, marquant l’entrée d’Ousmane Sow dans la cour des grands artistes contemporains.

Le sculpteur des « Grands hommes »

Trois ans plus tard, il expose au Palazzo Grassi, à l’occasion du centenaire de la Biennale de Venise. Il poursuit son exploration des peuples africains avec Les Masaï, Les Zoulous, puis Les Peuls, avant de s’intéresser aux Indiens d’Amérique à travers la mythique bataille de Little Big Horn. Ses sculptures monumentales aux tons brun-ocre, cet homme massif les crée à partir d’une mixture dont il détient seul le secret, macérée pendant plusieurs années et appliquée sur des ossatures de fer, de paille et de jute. Toujours sans modèle. « La kiné m’a libéré du corps parfait. Je peux me bander les yeux et faire un corps humain de la tête aux pieds », confiait le sculpteur, qui réalisait aussi des bronzes de ses œuvres. Ousmane Sow a aussi exploré la sculpture de grandes figures ayant marqué sa vie, Victor Hugo, de Gaulle, Mandela.

Décédé jeudi 1er décembre 2016, le sculpteur Ousmane Sow était « un géant » et « un monument » qui a fait honneur à toute l’Afrique. Connu pour ses sculptures monumentales de guerriers qui ont fait le tour du monde, Sow lui-même était un homme XXL, mesurant 1 m 93. Né le 10 octobre 1935 à Dakar, il n’est devenu artiste qu’à l’âge de 50 ans, après avoir exercé comme kinésithérapeute en banlieue parisienne et au Sénégal.

Lepoint