Mame Abdoulaye Niasse, le dôme de l’âme du lexique Soufi (Par Sheikh Alassane Sène)

  • Dakarmidi- Père de l’homme qui a le plus de disciples dans la Tarikha Tijaniya, repère de son histoire et sa terre de prédilection,
    Mame El Hadji Abdoulaye Niass a brillé sur l’univers depuis Kaolack, en établissant son sanctuaire à Léona pour préparer la rentrée mystique de son illustre fils, à Madinah, Baye ainsi nommé, cet être merveilleux qui fera naître sur injonction divine la Fayda Tijaniya, complément inéluctable de cette voie sacrée.

Mame Abdoulaye s’est dévoilé à la mystique soufie dans toute sa splendeur avec une épiphanie des plus intelligibles à travers une incarnation de l’âme chargée de la riposte aux espaces intermédiaires.

La prédisposition scripturaire dans laquelle va pénétrer Mame Abdoulaye Niasse (ra) a fini par révéler les scènes mystiques humectées avec de fines gouttes de Kawthar qui ont dévoilé le miracle de Taïba et la lumière de Madinah Baye.

Il [Mame Abdoulaye] a permis à l’initié de se projeter sur sa metanoia au delà de toute immersion introspective pour passer du terrestre au celeste. Il lui a aussi appris à pénétrer l’univers des formes subtiles et les mondes physique et supraformal.

Mame Abdoulaye était un maître dans l’art de la haute poésie, saint homme d’une culture extrêmement raffinée dont les textes épluchés dans les plus grandes universités ont séduit toutes les sommités.

Il s’est dissout dans Aboul Abass pour observer son Illustre fils Cheikhal Islam s’éteindre en lui [Cheikh Tijan]. Il a pris le chemin qui mène à Seidna Cheikh détruisant à ses tréfonds toutes les lignes de séparation. Son amour pour lui était immense, d’une densité immarcescible.

C’est à Léona que Dieu lui a indiqué d’arroser les pétales mystiques qui devaient annoncer la venue du détenteur de la Fayda Tijaniya à Taïba Niassène.

C’est à Taïba Niassène que Mame Astou Diankha (ra) a été préparée pour accueillir Baye, l’ombre du procédé mystique de la venue sur terre du meilleur des hommes (psl), un voeu de Cheikhou Tijan exaucé par Dieu, le plein de sagesse.

La venue de Baye était aussi annoncée depuis les hautes sphères, Mame Abdoulaye était le sublime garant de cette phase décisive du déclenchement de la Fayda, une induction vers Dieu.

Une de ses modulations est sa projection [Dieu] visible chez un initié de la Tarikha Tijaniya. Les enseignements de Mame Abdoulaye étaient une sorte de tapisserie où chaque fil atteste un message divin, où chaque motif apporte une vibration sélective de l’esprit et où chaque mixage de couleurs indique Baye, le noble fils libérateur, détenteur du code secret du mystère de la Fayda.

Dans les nuages qui sont astreints entre les cieux et la terre, dans l’échange des fourmis, dans le quadrillage des espaces intermédiaires, dans les coins les plus reculés du monde, dans les pluies et dans leur processus d’évaporation, Mame Abdoulaye avait posé de puissants jalons sur les chemins transversaux qui mènent vers le Prophète Muhammad (psl).

Des corps de lumière, voilà ce que l’illustre saint homme a fait de ses disciples, leurs cœurs ont laissé germé la foi en Dieu et l’amour en Aboul Abass Ahmada Tijani, noble petit-fils du Saint Illustre (psl).

L’ivresse contrôlée et la lucidité appuyée tel un relent d’espoir ont éloigné le mal, le désordre, la mésintelligence au profit de l’immense mystique organisée depuis la haute Khadara dans les voies célestes. En ces terres le rythme puissant fécond témoigne du débat du corps et de l’âme sous l’oeil avisé de l’esprit. Ici, il n’est point matière, il affirme la centration de l’âme en Dieu, le Magnanime!

Léona avait connecté Taïba à Madinah Baye en passant par Kossi, Cheikhal Islam était encore sous la couveuse hibernale divine.

C’est à Léona que le Saint Coran a été honoré dans la permanence des élus, cette effluve gnostique qui décortique les Hadiths du Prophète (psl) défrichés en haut lieu.

C’est à Léona que Aboul Abass a donné autorisation à Mame Abdoulaye pour rendre fertile chaque parcelle de cet univers que Baye foulera à l’heure du déclenchement de la Fayda.

Cette forme de contemplation de Aboul Abass rappelle Abdul Moutaleb contemplant les étoiles, se souvenant de son rêve, de cet arbre gigantesque qui jaillissait de son ventre et où chaque branche atterrissait dans un espace spécifique céleste. Elle rappelle le pogrom de Nejran, la manifestation de l’amour de Dieu à tout prix.

Une progression du corps vers son effacement pour laisser place à l’esprit puis à l’âme vers Dieu, elle cherchait uniquement à se manifester.

L’essence des dogmes entretient une reconstitution de la voie que le maître soufi emprunte pour déclencher l’incarnation de Dieu dans un corps humain. Le corpus mystique le plus profus nous est parvenu de la Khadara de Mame Abdoulaye depuis Léona, Niassène au décryptage.

Un grand événement survint en 1930, la parution de « Al-juyush al-tulla’ bi muhrafat al-quta’ lia Ibn Mayaba akhi al-tanattu’ (Les armées d’avant-garde aux sabres tranchants à l’assaut de Ibn Mayaba l’arrogant). Une réponse à la critique de la Tijâniya, qui effaçait les accusations grotesques d’hétérodoxie encourues dans le Sahara occidental et en Afrique subsaharienne par les confréries soufies. Un tel chef-d’œuvre fut produit par Mame Khalifa Niasse (ra) le courtois, le digne gardien du temple, éminent maître de la pensée, un des sublimes héritiers de Mame Abdoulaye Niasse le dôme inaltérable.

Au dialectique du Soufi, l’idée de se déployer à l’extinction pour une surrection du corps et une résurrection de l’âme a été rendue possible grâce à l’ingéniosité sans commune mesure de Mame Abdoulaye Niasse (ra).

Le Saint homme avait une double vocation poétique et esthétique, ontologique et métaphysique qui lui a permis d’apprendre à ses disciples comment parvenir à la Maârifa (la gnose) sans mettre en conflit son esprit et son corps.

Les manifestations et les non manifestations relatives à l’univers, aux esprits, aux formes subtiles et physiques, avec, à l’arrivée, l’initié devenu parfait, sans tâche. Mame Abdoulaye Niasse a conduit les siens à s’éteindre dans les rives de lumière de Aboul Abass. Et Baye a enlevé tout voile qui les empêchait de se rapprocher de Dieu. La Fayda était alors en marche!

Cette forme d’originalité de l’homme soufi à ses heures d’apprentissage est unique, déployée depuis les prairies de Seidna Cheikh, le point d’impulsion de l’être et dans les haltes de ce dernier devant Dieu. Mame Abdoulaye a infusé à chacun de ses disciples cette noble activité mystique, assimilée uniquement par les démiurges.

Léona est une terre d’exégèse où la jurisprudence est d’une telle impersonnalité, accompagnée d’une rhétorique châtiée et façonnée par une métrique ponctuée. Elle est aussi une terre de mysticisme, on y apprend à aimer Dieu, à s’approcher de Lui, à le connaître, à le sentir, à ne jamais douter de Lui, à le fréquenter en permanence et à s’éteindre en Lui.

Shasty