Journée du 19 avril : comment des leaders de l’opposition ont été amenés à partager la même cellule

Arrêtés jeudi matin lors des manifestations contre une révision de la loi électorale, six responsables de l’opposition et de la société civile se sont retrouvés pendant près de 20 heures dans la même cellule du commissariat central de Dakar. Ils ont été libérés vendredi matin.

Ils se sont retrouvés côte à côte pendant près de 20 heures d’affilée, dans une même pièce du commissariat central de Dakar. Il y a là le président du Grand parti Malick Gakou, le leader de Agir Thierno Bocoum, le rappeur et activiste de Y’en a marre Kilifeu, le chef du parti MCSS Abdoulaye Mamadou Guissé, Cheikh Alassane Sall Sène, un candidat indépendant à l’élection présidentielle, et Assane Bâ du Front démocratique et social (FDS).

Tous ont été arrêtés jeudi matin en marge de la contestation contre le vote du projet de loi sur les parrainages.Seul Idrissa Seck manquait à l’appel. Interpellé lui aussi dans la matinée, l’ancien maire de Thiès et chef du parti Rewmi a été conduit pour sa part au commissariat du quartier de la Médina.

« Une interpellation illégale »

« Un véritable kidnapping », s’insurge aujourd’hui Thierno Bocoum. Jeudi, en chemin pour l’Assemblée nationale, où les députés s’apprêtaient à voter le texte controversé, le leader d’Agir s’est retrouvé face à une dizaine de policiers. Les images de son interpellation montrent l’ancien bras droit de Idrissa Seck se faire embarquer sans ménagement dans un véhicule de la police. « C’était une interprétation illégale, estime-t-il. Le règlement de l’Assemblée nationale permet à n’importe quel citoyen d’assister aux plénières de l’Assemblée. »

Même scénario pour le leader du Grand parti, interpellé aux alentours de 9 h du matin avec son chef de protocole dans une rue attenante à l’Assemblée. « Les forces de l’ordre m’ont intimé l’ordre de rebrousser chemin, explique à Jeune AfriqueMalick Gakou. J’ai refusé, en arguant de mon droit presque constitutionnel (sic) d’assister aux plénières. » Qu’importe, les policiers l’emmènent dans leur véhicule, direction le commissariat central.

Les autorités avaient interdit la veille le rassemblement prévu sur la place de Soweto, où se trouve l’Assemblée nationale. Pour justifier cette interdiction, le préfet de Dakar avait mis en avant l’arrêté Ousmane Ngom, qui interdit depuis 2011 tout rassemblement politique dans le centre-ville.

Le début d’une longue attente

Pour la brochette de six opposants, leur interpellation marque le début d’une longue attente. Au-dehors, notamment dans les quartiers de Sandaga et de la Médina, des échauffourées opposent manifestants et forces de l’ordre, qui se sont déployés en nombre dans la capitale sénégalaise. Au total, plus de 100 personnes seront arrêtées dans le courant de la journée, selon un décompte de l’opposition.

« À notre arrivée au commissariat, un procès-verbal collectif nous a été présenté, qu’il fallait signer, rapporte Malick Gakou. Ce que nous avons refusé de faire. » Pendant les 20 heures d’attente, le petit groupe ne sera jamais interrogé, ni même informé sur les raisons de leur interpellation. « On a patienté jusqu’à notre libération le lendemain à 10 h du matin, explique Thierno Bocoum. Les policiers nous ont simplement demandés de partir. »

« Notre interpellation était illégale, juge Malick Gakou. Nous réfléchissons à porter plainte collectivement contre l’État du Sénégal pour arrestation arbitraire. »