INSÉCURITÉ, INONDATIONS ET MANQUE D’EAU / Serigne Abdou Samad Souhaïbou trouve que les populations de Touba sont abandonnées à leur sort

Pour Serigne Abdou Samad Mbacké, fils de Serigne Souhaïbou Mbacké, Touba est une ville qui souffre. Après avoir revendiqué ce statut de résident de la ville sainte et celui de talibé de Serigne Touba, le Mbacké-Mbacké a jugé utile, vu la situation qui prévaut dans la cité, « de prendre sa plume pour faire une analyse profonde de deux problèmes majeurs que vivent au quotidien, dit-il, les populations. »

Visiblement écœuré, Serigne Abdou Samad Souhaïbou confiera que la cité de Bamba est confrontée à deux problèmes majeurs. Il s’agit, selon lui, de l’insécurité et de la problématique du défaut d’assainissement et du manque d’eau. « Force est de constater que le problème sécuritaire a toujours existé à Touba où des agressions nocturnes étaient constatées. Depuis un certain temps, la recrudescence des violences physiques, des braquages armés, des meurtres a atteint un niveau extrêmement élevé et dangereux. Des actes de barbarie d’une violence inouïe sont perpétrés de jour comme nuit contre des populations impuissantes et abandonnées à leur sort. Les couches les plus vulnérables composées des femmes, des jeunes, des ndongos sont fortement exposées et un sentiment d’insécurité général règne actuellement dans la ville sainte. Cette absence totale de sécurité commence à prendre des proportions inquiétantes qui nous interpellent tous. »

Cette situation d’extrême insécurité est la résultante, selon le chef religieux, d’une explosion démographique sans précédent. « La ville de Touba est habitée à date par pas moins de deux (2) millions de personnes sans compter le flux important de fidèles qui séjournent temporairement dans la ville. »

Ainsi, met-il l’Etat devant ses responsabilités. « La sécurité de ces personnes et de leurs biens incombe à l’Etat qui est le garant de la sécurité intérieure. L’Etat a certes déployé un dispositif sécuritaire porté par la gendarmerie nationale à Ngabou à l’entrée de la ville sainte. Mais ces dispositifs mis en place sont insuffisants et ne sont pas en adéquation avec la taille, le prestige et la dimension démographique et spirituelle de la ville sainte. Je préconise fortement que cette présence salutaire de la Gendarmerie à l’entrée de la ville située à Ngabou soit dupliquée dans les différentes voies d’entrée de la ville, à savoir Darou Rahman, la route venant de Darou Mousty, celle venant de Dahra Joloff. Le quadrillage des quatre entrées et sorties de la ville sainte de Touba avec un nombre important d’escadrons de la Gendarmerie nationale dotés de moyens humains et matériels suffisants, ferait baisser de manière significative l’insécurité qui règne actuellement et cela permettrait d’éviter que les malfaiteurs viennent se réfugier à Touba. Ces malfaiteurs sont potentiellement la source de tous les faits de violence, crimes, agressions qui font légion dans la ville sainte. »

Partant du constat selon lequel le travail de la gendarmerie se limite à l’extérieur de la ville, Serigne Abdou Samad Souhaïbou souhaitera que la Police Nationale travaille à davantage sécuriser l’intérieur de la ville de Touba.  » Des postes de police devraient être érigés dans tous les grands quartiers de la ville avec un nombre important d’éléments dotés de moyens matériels et logistiques pour qu’ils puissent se déplacer dans les moindres coins et recoins de la ville afin d’endiguer les faits de violence et de troubles. La méthode expérimentée et appliquée durant la période d’état d’urgence pour lutter contre la pandémie du coronavirus devrait être continuée car l’insécurité est semblable à une maladie qui ronge actuellement les fidèles talibés mouride qui ont choisi d’habiter et de travailler dans la ville sainte de Touba ».

EAU ET ASSAINISSEMENT

L’autre pan de la réflexion du chef religieux a intéressé l’inexistence d’un performant réseau d’assainissement à Touba en plus des récurrents manques d’eau. « En effet, martèle-t-il, les inondations et les eaux stagnantes autour de la grande Mosquée de Cheikhoul Khadim et un peu partout dans la ville sainte ont été constatées. Certaines zones de la ville sont inaccessibles en certaines périodes. À soixante douze (72) jours du grand Magal de Touba qui sera célébré cette année en plein hivernage, aucune action de l’Etat n’est visible pour résorber ce déficit en assainissement d’eaux pluviales. L’accès en eau potable est un problème d’une importance capitale car de plus en plus de quartiers de la ville de Touba n’ont pas accès à l’eau en quantité et en qualité suffisante. »

Il fera un clin d’œil à l’association Touba Ça Kanam. Pour lui, cette structure « demeure aujourd’hui une référence dans la prise en charge des préoccupations de la communauté mouride avec divers domaines d’intervention pour essentiellement le bien être des talibés mouride. Ils consentent à faire des efforts considérables pour lutter avec leurs moyens limités contre le problème de l’assainissement à Touba ; il en de même pour l’accès à l’eau potable ».

Il poursuit : « L’ensemble de la communauté mouride doit s’atteler à renforcer les moyens de Touba sa Kanam et ainsi appuyer le Khalife Général des Mourides à disposer de moyens de financement de ses projets dans le domaine de la santé, du social, de l’éducation, de l’assainissement,… Nonobstant les cotisations actuelles de 1.000 FCFA par mois, je préconise que chaque mouride puisse consentir une cotisation supplémentaire de 5.00 FCFA par mois, soit 6.000 FCFA par an qui seraient exclusivement dédiés à l’assainissement et à l’adduction en eau potable pour la ville sainte de Touba. Cette cotisation supplémentaire est à mon avis à la portée de chaque mouride quelle que soit sa position sociale. La foi et la croyance en Serigne Touba susciteront chez les mourides cette envie de travailler pour le Saint Homme et pour eux mêmes avec une amélioration conséquente de leur cadre de vie.

Cette contribution supplémentaire de cinq cent (500) FCFA, rapportée à trois (3) millions de mourides générerait la somme de dix huit (18) milliards FCFA par an mis à la disposition du Khalife Général des Mourides et exclusivement consacrés aux problèmes liés à l’assainissement et à l’adduction en eau potable.

Tout cet écosystème et architecture sera sous la supervision et le pilotage de Touba Sa Kanam aidé par les techniciens de MAOU qui collectera les fonds et sera maître d’oeuvre de cette important projet.

Ces dix huit (18) milliards FCFA collectés annuellement par les soins de Touba Sa Kanam avec un budget de quinze (15) milliards exclusivement dédiés à la construction de routes aux normes avec assainissement, éclairage public, panneaux de signalisation, trottoirs. À titre indicatif, un (1) kilomètre de route à l’instar de ce qui se fait au Maroc ou en Afrique du sud, coûte en moyenne un (1) milliard. Quinze kilomètres de route pourraient être ainsi réalisés chaque année dans la ville sainte. Avec ce modèle économique, en dix (10) ans, la ville sera entièrement dotée de routes praticables.
Les trois (3) milliards restant permettront d’accroitre l’adduction en eau potable dans la ville sainte en garantissant une eau potable en qualité et en quantité suffisante. »

LA VOLONTÉ MOURIDE !

Serigne Abdou Samad Souhaïbou de déclarer, en passant, que l’apport des bonnes volontés ne devrait nullement dispenser l’Etat de ses obligations envers la ville de Touba. Toutefois, il demandera aux talibés mourides, à l’image de Cheikh Mouhamadou Moustapha Mbacké (avec le travail qu’Il a accompli malgré l’hostilité des colonisateurs avec l’ensemble des talibés avec la construction de la ligne du chemin de fer essentiel aux travaux de la Grande Mosquée de Touba) à prendre en charge ce problème et l’Etat suivra forcément derrière.

« La communauté mouride a toujours eu le courage de porter à bras le corps ses problèmes et d’y apporter des solutions concrètes sous la houlette de nos vénérés Khalifes Généraux tels Serigne Mouhamadou Fadel, Serigne Abdou Ahad, Serigne Abdou Khadre, Serigne Salihou, Serigne Mouhamadou Lamine Bara, Serigne Sidy Mouhtar et Serigne Mountakha. La crédibilité, l’expérience et le savoir faire de Touba Sa Kanam devront être mis à profit pour que la Communauté Mouride puisse disposer d’une ville avec tous les moyes nécessaires à un épanouissement physique, sanitaire et spirituel. »

Le fils de Serigne Souhaïbou ne manquera pas rappeler que les populations qui vivent à Touba sont guidées par leur foi et leur espoir placé en la Personne de Serigne Touba. « Les talibés mourides ont quitté leurs villes d’origine pour venir s’installer et travailler dans la ville de Touba. Cet espoir ne devrait nullement être mis en cause par l’insécurité qui y sévit. Nous sollicitons davantage l’appui de l’Etat qui dispose de moyens pour venir à bout de ce problème d’insécurité que nous subissons au quotidien… »