Un discours de technocrate qui évite les sujets qui fâchent

Dakarmidi – Ceux qui s’attendaient à un Gouvernement de technocrates, ont, à travers le discours servi hier, un début de satisfaction. Macky nous a servi un discours de technocrate, dépourvu de réflexions profondes sur sa vision de gouvernement, de la manière dont l’économie, la politique et le système socio-politique évolue.

Il s’est contenté de dire ce qu’il a fait durant les sept dernières années et ce qu’il aura à faire durant les cinq ans qui seront entamés à partir de maintenant.

Bien sûr, auparavant, il a tenté de légitimer sa victoire et est revenu sur des slogans en fin de discours comme ‘’un Sénégal de tous, un Sénégal pour tous’’.

Un ami politologue qui m’a interpellé hier, après le discours, s’est un peu offusqué que le Président se soit contenté d’être, selon lui, ‘’un coordonnateur de projets publics’’. Il pense que la fonction présidentielle vaut plus et qu’il faille laisser certaines tâches au futur Premier ministre.

Dans ce même sillage, il a fait remarquer qu’il y a trop de ‘’répétition dans les discours’’, que les mêmes choses reviennent à chaque fois avec la même litanie sur le PUDC, les bourses familiales, la carte d’égalité des chances, etc. Sans oublier le PSE.

Mais c’est là son bilan. Et il ne saurait ne pas en faire cas, parce qu’il pense, dur comme fer, que c’est ce bilan que les Sénégalais ont sanctionné, positivement.

Et ce que mon ami ignore ou n’a pas dit, c’est que depuis Léopold Sédar Senghor, nous n’avons plus ces discours de réflexion philosophique et doctrinale sur la gouvernance publique, ses orientations possibles avec des analyses prospectives globales.

Cela peut s’expliquer par le fait qu‘Abdou Diouf qui lui a succédé est un technocrate. Il s’embarrasse peu de doctrine, de philosophie. Il est resté pratique et parfois pragmatique.

C’est exactement ce que fait Macky. Une grande partie de son discours d’hier était un discours-programme avec des priorités notamment les jeunes, leurs emplois ou leur employabilité, les femmes, leur épanouissement, l’habitat, l’environnement, la lutte contre l’insalubrité, le ‘’PSE-Vert’’ qui va se consacrer au reboisement, la lutte contre la spéculation foncière, etc., et enfin à la quatrième priorité qui est la modernisation de l’administration en luttant contre les lenteurs, l’archaïsme qui bloque ses performances.

Rien sur les crises récurrentes dans les secteurs névralgiques que sont l’éducation et la santé.

Rien sur le processus électoral. Rien sur l’indépendance de la Justice, rien sur le partenariat qui n’est pas toujours gagnant-gagnant. Rien sur le pétrole et le gaz…

En fait, Macky a évité les sujets qui fâchent. Il a servi un discours destiné à la consommation étrangère. Il est resté un grand chef de projets.

Ce 03 avril, bien entendu, il va aborder toutes ces questions cruciales et bien d’autres. Et là, son discours sera vraiment adressé à ses compatriotes.

Il restera ‘’technocrate’’, mais au moins avec la possibilité d’aborder certaines questions qui intéressent la nation qui attend les prémices d’une réconciliation nationale entre tous les acteurs.

On attend que Khalifa Sall retrouve sa mère et Karim Wade son père. Des réformes structurantes doivent être engagées, notamment pour ce qui concerne le statut de l’opposition voté par référendum, le toilettage des textes régissant des juridictions comme la Crei, l’organisation des élections, le processus électoral, l’énormité des charges publiques avec une pléthore de Ministres, les institutions budgétivores et peu utiles, etc.

Ce mardi, il s’est adressé à ses hôtes et au monde, et ce mercredi, il le fera aux Sénégalais. Et là, il n’y aura pas de sujets tabous. Du moins, on l’espère…

Car, dans un post envoyé dans les réseaux sociaux, un leader comme Thierno Bocoum proche d’Idrissa Seck pense que ‘’ce discours assoit les bases d’un troisième mandat’’. dakarmatin nous apprend

Comme quoi, le Président doit, une fois pour toute, évacuer toutes les questions qui fâchent afin de désamorcer une tension qui persiste malgré tout.

La redaction