Sénégal: Vocables et promesses politiques

Dakarmidi – Nous avons l’habitude de dire, même si l’histoire ne se répète pas tous les jours, acceptons tout de même qu’elle bégaie le plus souvent du temps.

En pleine apogée de sa carrière, Feu Mamadou Dia a été président du Conseil du Gouvernement du Sénégal, dès les premiers jours de notre indépendance. Tout-puissant en ces temps, il eut, dans une témérité qui l’a jamais quitté, à tancer les citoyens d’alors de notre terroir, en ces termes : << Si vous faîtes les ânes, je m’érigerai en bergé-laobé >>. Dans notre culture traditionnelle, cette ethnie poular est réputée élever l’animal aux grandes oreilles. Une sortie historique du Chef du Gouvernement en 1960, qui fut l’objet de commentaires les plus inimaginables.

Historique, inimaginable, extraordinaire… les qualificatifs ne seraient pas exhaustifs, face à une des vérités indélébiles avec Léopold Sédar Senghor. Le premier sénégalais locataire du palais présidentiel, sis à l’avenue qui porte son nom. Plus poète, plus artiste que Chef d’Etat, après trois jours d’orage de mai 1968, il s’adressait à un peuple qui semblait vouloir finir avec son régime, en ces termes : <<Vouloir partir ne permet pas de partir, c’est pouvoir partir qui permet de partir >>.

Notre agrégé en grammaire, toujours lui, eut également manifesté, en un moment donné, une virulence et un mépris envers de jeunes étudiants gauchistes des années 1970, qui voulant se faire entendre, mirent le feu au Centre Culturel Français de cette époque. Dans un ton chantant, le natif de Joal fulminait à l’endroit des incendiaires : << Les cancres et les pétroleurs ne sont qu’une minorité>>.

Nous sommes en 1988. A quelques jours d’une élection présidentielle. Bousculé et hué dans les rues de la ville rebelle de Thiès, et plus précisément à la Place de France, Abdou Diouf Président de la République, candidat sortant, craquait tristement devant l’opposition d’alors, en laissant entendre : <<….Ces voyous…. ces bandits de grand chemin, je les ai dans mon collimateur…>>.

Et la jeunesse y eut sa part du gâteau, traitée de malsain. Il s’en est suivi des leaders politiques devenus taulards, tenez-vous bien, avant la proclamation des résultats de cette compétition électorale de 1988. Alors, n’avait-il pas raison ce très connu philosophe allemand, enseignant : << Les choses appartiennent à ceux qui les rendent meilleures >>. Car, souvent le langage politique non-contrôlé sous-tend ou convoque un futur pas du tout agréable.

1993. Toujours avec Abdou Diouf qui, en pleine fièvre d’un nouveau mandat de sept ( 07 ) ans, promettait à sa jeunesse en cas de victoires : 20.000 (Vingt-mille) emplois par an, ceci pendant sept (07) ans. La multiplication de 20.000 par 7 avait fait brunir les jeunes de Dakar, Saint-louis et autres villes du pays. De facto, le mot « IMPOSSIBLE » devint leur épée de chevet, comme toute réponse à cette utopique promesse.

Quant à Maître Abdoulaye Wade, Avocat, Économiste et homme politique devenu Chef d’Etat en Mars 2000, la fin de son pouvoir a été polluée par une maladresse communicationnelle, en pleine boulimie d’un troisième mandat. Pour justifier une médisance inhérente à une décision d’avoir bouclé dans la Constitution, le mandat présidentiel à deux (02), nous gratifiait de ce fameux  » WAKH-WAKHETE ». Une judicieuse balle que l’opposition, « Y’en a marre », les syndicats, la société civile de M23 et autres détracteurs, saisissaient au rebond, comme cheval de bataille, convainquant ainsi les sénégalais dans leur majorité à le bousculer vers la porte fatidique de sortie.

Depuis 2012, une deuxième alternance démocratique porte l’empreinte du Président Macky sall. Un homme politique qui incarne dans tout son contenu la contradiction parfaite et ineffaçable gisant entre la conquête du pouvoir et la gestion de celui-ci.

 » Un gouvernement de 25 Ministres » ,  » une gestion sobre et vertueuse », « Je ne protégerai personne »,  » la patrie avant le parti »,  » la transhumance est une mauvaise chose pour notre démocratie »,  » je réduirai mon mandat de 7 à 5 ans »…. voilà des sorties, des slogans, des prises de décision et autres promesses à l’antipode du triste vécu affublé aux sénégalais que nous sommes. Même s’il est dit que les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient, il y’a le minimum de valeur et de grandeur humaine dont un être, fût-il dirigeant, devrait être signataire, à travers ses expressions. Faire ce que l’on dit.

Nous ne terminerons pas sans citer des noms : Souleymane Ndéné Ndiaye, Marie Thérèse Diédhiou, Pape Samba Mboup, Farba Senghor, Serigne Mbacké Ndiaye et tant d’autres, qui ont bel et bien tympanisé, en claironnant : << il n’y a qu’une seule constante au Pds, c’est Maître A. WADE>>. Comment aujourd’hui le décrivent-ils, après le clin d’œil à Macky ?

Raison pour laquelle, nous inspirant de ces hirondelles politiques, à la recherche de leur printemps ( prébendes, avantages matériels et financiers étatiques ), permettez- nous ce soupir :  » Ah! pouvoir, quand tu nous tiens !

Elhadj Yvon Mbaye
Journaliste-formateur
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