Rupture à la Macky

Dakarmidi – Un des termes, en 2012, qui ont amené les Sénégalais, dans un soulèvement populaire, à élire le président de la République Macky Sall est bien celui-ci : Rupture.

« Rupture » avec certaines pratiques du gouvernement de son prédécesseur Maître Abdoulaye Wade. Sans programme convainquant, Macky Sall, en bon coryphée, a scandé sur toute l’étendue du territoire ce vocable. Les dés furent alors pipés ; puisque rares sont les Sénégalais qui s’intéressent aux programmes.

Mieux, l’homme était devenu, naturellement, la coqueluche des média avec des concepts éminents : la justice équitable, la bonne gouvernance, la démocratie, la tolérance, la liberté… Le peuple était aux anges et dans un grand espoir ; puisque les citoyens aspiraient à un changement radical.

Mais, aujourd’hui, le constat est amer, les pratiques du gouvernement du président Sall sont aux antipodes des concepts qu’il a beau théorisés. Paradoxe : il y a un grand fossé entre ce qui se dit et ce qui se fait dans notre pays. Nous sommes dans une sorte de mouvement spiraloïde où tout tourne autour de concepts vides. Or, on ne peut construire un pays dans des simulacres.

En lieu et place de faire face à la question lancinante du taux de chômage dans notre pays qui monte crescendo, à la problématique de l’éducation et de la santé, le président de la République offre un spectacle désolant de notre pays avec des accusions montées de toute  pièce contre de potentiels adversaires politiques.

Rigoureusement, on n’a pas besoin d’être analyste politique pour comprendre que Karim Wade a été accusé à tort, libéré dans un schéma mûrement réfléchi puis contraint à l’exil. On n’a nullement besoin d’être politologue pour décrypter que le maire Khalifa SALL est victime de ses ambitions de briguer l’élection présidentielle et de ne pas courber l’échine pour amener à l’hégémonie le Parti Socialiste. Un démocrate, disait Babacar Justin NDIAYE, ne doit pas être un alarmiste, un démocrate ne doit pas paniquer. Quand on opte pour la démocratie, on opte pour les emmerdements qui lui sont consubstantiels.

Certes, l’opinion est souvent envoûtée par la fourberie de certains des communicants du pouvoir ; mais toujours est-il que la vérité, pour reprendre Jacques Lacan, c’est ce qui se tient à côté de la doxa, s’en écarte d’elle. Les hommes avertis savent démettre le grain de la paille. On se rend compte, au fil des années, que toutes les promesses s’envolent au gré des dirigeants.

Les stratégies feintes du président qui consistent à écarter machiavéliquement les adversaires politiques de tailles seraient peaufinées en manipulant la justice dont l’indépendance n’est que théorique. La justice, il faut le clamer, demeure le maillon faible de la démocratie.

Du point de vue théorique, nos institutions sont parfaites ; mais les personnes qui les animent ne sont souvent pas mues par l’esprit de celles-ci. Robert Badinter avait raison de dire que « le juge constitutionnel doit exercer un devoir d’ingratitude en vers celui qui l’a nommé ». C’est-à-dire que lorsque la vérité est en jeu, lorsque l’avenir de la démocratie est en jeu, il doit se départir de ce qu’il doit à l’autorité publique pour dire le droit.

Véritablement, le Sénégal ne manque pas d’hommes politiques brillants, compétents qui connaissent réellement les enjeux du développement. Mais  la source du malheur de notre pays se trouve dans la manière de faire ce qui doit se faire. Car au Sénégal, pour reprendre Voltaire, « les hommes ne font des lois que pour les violer, et ce qu’il y a de pis, c’est qu’ils les violent en conscience. Ils ne se servent de la pensée que pour autoriser leurs injustices, et n’emploient les paroles que pour déguiser leurs pensées ».

Le malheur de notre pays est que la majeure partie de nos hommes politiques sont doués en art de tourner en dérision les concepts qui constituent la clef de voûte du développement. Ahmadou Kourouma l’a dit, même s’il faut relativiser sa pensée, en politique, le vrai et le mensonge portent le même pagne. Cette pensée trouve son siège dans la scène politique sénégalaise.

La majeure partie de notre classe politique est dans des débats de bouteille à moitié vide et à moitié pleine. Ils prennent la politique comme un art de convaincre sans avoir raison, de mentir avec élégance et de promettre avec audace. Ce constat est regrettable car leurs promesses on sait ce qu’en vaut l’aune.

Ceux qui sont appelés à conduire la destinée de notre pays doivent être des modèles tant par la morale que par l’éthique. La question fondamentale que nos hommes politiques doivent régler c’est bien celle de l’éthique : l’éthique dans la pratique, l’éthique dans le travail, l’éthique dans l’engagement…

Quand on incarne des principes, l’éthique voudrait qu’on soit le premier à être en phase avec ces principes. Mais on ne peut pas prétendre prêcher des concepts tout en s’inscrivant en porte à faux avec ceux-ci. C’est là tout le paradoxe du gouvernement de Macky Sall. On ne peut pas se développer dans ce schéma.

Le sens de la responsabilité, le sens élevé de la morale, le respect de la parole donnée, doivent être le fil conducteur de nos hommes politiques. La politique ne doit point être un art de duperie et d’hypocrisie tel que perçu par certains citoyens. Parce qu’autant les citoyens perçoivent la politique de la sorte autant ils se désintéressent du débat public.

Au bout du compte, cela installe en eux un sentiment de mépris envers tous les hommes politiques ; qu’ils soient sincères ou fourbes. Sur ce, nous avons l’habitude d’entendre certains sénégalais dire que « tous les politiciens sont les mêmes ; ils ne sont là que pour voler l’argent du pays ». Ceux-là ne s’intéressent donc pas aux questions portant sur la destinée de notre pays. Et c’est extrêmement grave quand on a une telle perception de la politique. Cela dit que les hommes politiques doivent vraiment s’interroger sur leur sort.

La politique, je pense, doit être un moyen d’atteindre des objectifs précis en termes de développement. Elle doit être un moyen, par excellence, de servir dans la dignité, dans l’éthique et dans le respect des droits des citoyens. Il faut que nos hommes politiques apprennent à lier la parole à l’acte pour installer un rapport de confiance avec la population sans la volonté de qui nul ne peut gouverner.

El Hadji Omar Massaly

Rédacteur web

La rédaction