PRÉSIDENTS D’AFRIQUE, VOS PEUPLES VOUS REGARDENT…

La maturité des peuples d’Afrique et leur esprit de discernement sont édifiants, sauf pour celui qui a le nez dans le guidon et se laisse griser par ses propres certitudes.
Les chutes de grands de ce monde qui se croyaient intouchables parce qu’au firmanent de leur gloire devraient édifier nos présidents africains dont certains régnent depuis plusieurs décennies, tandis que d’autres ont succédé à leurs péres sur le fauteuil présidentiel, à la faveur d’un couronnement par un simulacre d’élections dont l’issue était connue d’avance. Et d’ailleurs quelque soit la manière dont ils seraient parvenus au pouvoir, l’Histoire devrait leur servir de leçon.
La légitimité du peuple et sa mobilisation d’une manière ou d’une autre scelleront leurs destins, comme ce fut le cas de certains de leurs prestigieux prédécesseurs, qui ont pourtant marqué leur époque d’une marque indélébile.
Chanté et célébré comme le héros de la deuxième guerre mondiale dont la détermination sauva l’Humanité du joug nazi, Churchill fut remercié sans ménagement par les britanniques, désireux de tourner la page et d’embrasser l’avenir avec un regard et un discours neuf. Churchill ne se releva pas de ce revers.
Il en fut de même pour De Gaulle. Il sortit par la porte de la défaite à un referendum, lui le libérateur de la France, père de la 5ème République.
Pompidou l’inattendu lui succéda. Il avait raison quand il déclarait qu’il n’avait pas d’avenir politique, mais un destin national.
Les destins des peuples basculent souvent au sortir de grands bouleversements naturels ou sociaux.
C’est que ces moments sont des périodes de prise de conscience, comme des éclairs de lucidité qui donnent à voir une réalité dont les peuples décident de changer les régles, où les acteurs, pour s’aménager par eux-mêmes de nouvelles perspectives plus porteuses d’espoir, ou de justice ou de stabilité.
Les princes engoncés dans leurs certitudes et leurs fauteuils douillets sont toujours surpris quand arrive la vague furieuse du désir de changement charrié par leurs concitoyens.
Ils peuvent tout prévoir ou même bénéficier d’un état de grâce qui n’a d’égal que la légitimité de leurs positions, mais quand on fait de l’injustice et du népotisme le lit de son pouvoir, et que l’on pousse ses aises jusqu’à vouloir usurper ce que le suffrage universel vous a confié et le détourner au service d’une famille et pour la cause d’un clan, l’on se réveillera irrémédiablement sous le feu d’un autodafé national dont la seule issue sera, pour les veinards seulement, l’exil !
Quant à celui qui devra répondre de ses actes devant la justice des hommes en attendant celle de Dieu, ce sera le passage obligé à la case de la reddition des comptes !
Ne nous trompons pas sur la placidité des peuples d’Afrique si débonnaires et philosophes qu’on les croirait capables de tout endurer sans broncher.
Il ne faut surtout pas provoquer la colère de ces honnêtes gens.
Elle sera terrible !
Cissé Kane NDAO
Président A.DÉ.R